Modifié

Il y a 50 ans, Lucens vivait le pire accident nucléaire de l'histoire suisse

50 ans après l’accident nuclaire de Lucens, l’ancien directeur de la centrale veut rétablir sa vérité [RTS]
50 ans après l’accident nuclaire de Lucens, l’ancien directeur de la centrale veut rétablir sa vérité / 19h30 / 2 min. / le 21 janvier 2019
L'accident nucléaire le plus grave de l'histoire suisse s'est produit il y a 50 ans à Lucens (VD). L'ex-directeur de la centrale veut aujourd'hui rétablir sa vérité: les tests effectués avant l’accident étaient de grande qualité et suivis de près par les Soviétiques.

La valeur des tests nucléaires effectués dans la centrale expérimentale de Lucens avant l'accident du 21 janvier 1969 a trop longtemps été sous-estimée, estime Jean-Paul Buclin, ex-directeur de la centrale nucléaire de Lucens, lundi au micro du 19h30: "Même les personnes du métier en Suisse ne s’y sont pas intéressées. Pourtant, jusqu'au fin fond du Japon ou en Russie, ils savaient tout sur Lucens."

Au moment de l'accident (voir encadré ci-dessous), le monde est en pleine Guerre froide. La Suisse veut prendre part à la compétition atomique. En toute discrétion, les premiers "stress tests" nucléaires sont effectués à Lucens. Moscou suit tout cela de très près.

La salle de contrôle de la centrale nucléaire de Lucens en 1969. [PHOTOPRESS-ARCHIV - Keystone]La salle de contrôle de la centrale nucléaire de Lucens en 1969. [PHOTOPRESS-ARCHIV - Keystone]"Pour certains essais, qu'on a appelé essais de refroidissement de secours, nous sommes allés à Lucens dix fois plus loin que n’importe qui d’autre au monde", révèle Jean-Paul Buclin sur la RTS.

Personne n'a été touché dans sa santé

Il s’agit de tests très sensibles, connus des seuls experts. L’objectif est de parvenir à garantir l’alimentation électrique de la centrale afin de pouvoir assurer, en toute situation, le déclenchement du système de protection.

"Ces essais que nous avons réalisés doivent être considérés avec l’accident que nous avons vécu et qui est classé parmi les 5-6 plus sévères que le monde ait connus. Nous sommes parvenus à faire en sorte que tous les systèmes de sécurité fonctionnent. Personne dans le public et même dans le personnel d’exploitation n’a été touché dans sa santé par cela."

Demande d'aide après Tchernobyl

Des employés de la centrale de Lucens (VD) en 1969. [PHOTOPRESS-ARCHIV - Keystone]Des employés de la centrale de Lucens (VD) en 1969. [PHOTOPRESS-ARCHIV - Keystone]En Suisse, l’accident met fin au rêve d’un nucléaire 100% suisse. À l’étranger pourtant, la gestion de cette crise est perçue différemment.

"Quand il y a eu Tchernobyl, peu de temps après, on prend contact avec nous, confie Jean-Paul Buclin. Vous avez maîtrisé cela comme ça, est-ce que vous pouvez venir nous aider, nous demande-t-on. Ils nous ont engagés pour les aider. Ils nous ont obligés à porter des habits militaires russes. Ou ukrainiens si vous voulez, c’est bien égal. Des habits de là-bas parce qu’ils ne voulaient pas montrer qu’il y avait des experts étrangers."

Cinquante ans après, le bâtiment a été racheté par le canton de Vaud, qui en a fait un dépôt pour ses biens culturels. Le musée de zoologie y entrepose ses animaux empaillés et d’autres salles accueillent des objets précieux à protéger en cas de conflit ou de sinistre.

>> La réaction de Christian Van Singer dans le 19h30:

Christian Van Singer : "La sécurité doit être prioritaire et pas les intérêts économiques des exploitants" [RTS]
Christian Van Singer: "La sécurité doit être prioritaire et pas les intérêts économiques des exploitants" / 19h30 / 2 min. / le 21 janvier 2019

Claude-Olivier Volluz/boi

Publié Modifié

L'accident nucléaire de Lucens

En janvier 1969, la centrale expérimentale de Lucens connaissait l'accident nucléaire le plus grave de l'histoire suisse avec la fusion partielle du coeur de réacteur expérimental à la suite d'un problème de refroidissement.

La caverne de 25 mètres de haut sur 20 mètres de diamètre dans laquelle était installé le réacteur a subi une contamination radioactive massive. La radioactivité était à un tel niveau qu'elle dépassait la valeur maximum des instruments de mesure, mais la construction souterraine a empêché une diffusion massive.

Mais la caverne du réacteur n'était pas complètement étanche: les radiations se sont propagées jusqu'à 100 mètres de la salle de contrôle. Dans la caverne la plus proche du réacteur, une équipe impliquée dans l'arrêt de la turbine a été irradiée. Comme les douches de décontamination étaient inutilisables, les travailleurs ont dû trouver une solution de remplacement et se sont douchés sans eau chaude.

L'installation n'était pas non plus complètement hermétique vis-à-vis de l'extérieur. La radioactivité a faiblement augmenté dans les villages voisins, sans toutefois atteindre des valeurs dangereuses, selon la Commission fédérale pour la surveillance de la radioactivité.

L'usine a été démantelée en 1973, les matières radioactives ont été en partie laissées sur le site et en partie transportées au centre d'entreposage temporaire des déchets nucléaires à faible radioactivité de Würenlingen (AG). (ats)