Modifié le 20 mai 2018 à 18:20

"On peut faire de Sion 2026 un instrument de transition écologique"

Serge Métrailler, président du PDC du Valais romand.
Serge Métrailler, président du PDC du Valais romand. [Olivier Maire - Keystone]
Le président du PDC du Valais romand Serge Métrailler en est convaincu: l'organisation des Jeux olympiques d'hiver 2026 à Sion est une opportunité à ne pas manquer à la fois pour son canton et pour la Suisse entière.

Les résultats du sondage des médias valaisans montrent un net clivage. L'organisation des JO n'est pas gagnée.

C'est normal que la campagne soit clivante, cela fait partie de la démocratie. C'est surtout lorsqu'il sera accepté - et j'espère que ce sera le cas - que le projet deviendra fédérateur. Il a l'avantage de fixer une date butoir et, ainsi, de concrétiser des idées. Cela va nous obliger à travailler ensemble.

Tous les Valaisans ne bénéficieront pourtant pas directement des JO...

Il est évident que certains corps de métiers seront davantage impactés que d'autres. Mais n'oublions pas que les principaux bénéficiaires réinvestiront d'une manière ou d'une autre dans l'économie valaisanne, sans oublier toutes les opportunités professionnelles nouvelles pour les jeunes.

Est-ce réaliste de parler de création d'emplois sachant que la manifestation ne durera que quelques semaines?

L’étude de la HES Lucerne parle de la création de 6000 emplois. J’ajoute à cela le maintien des emplois. Car les JO donnent des perspectives directes et indirectes aux entreprises.

Les JO donnent des perspectives directes et indirectes aux entreprises

Serge Métrailler

Zermatt, Verbier ou Crans-Montana rayonnent déjà mondialement. Le Valais a-t-il vraiment besoin de publicité?

La concurrence touristique est mondiale aujourd’hui. Y situer le Valais n’est pas toujours simple. Une telle manifestation donne une résonnance mondiale à notre région. C’est une opportunité unique.

Imaginez un hiver sans neige en 2026. Cela porterait un grand coup en termes d'images. Qu'est-il prévu?

Nous devrons avoir recours à l'enneigement artificiel. C'est un élément qui est pris en compte dans le budget. Et Crans-Montana est déjà bien équipé en canons à neige.

Compter sur les canons à neige ne s’inscrit pas dans une logique durable. Or la durabilité constitue l'un des arguments principaux pour les JO.

Je ne crois pas que, d’ici 2026, les saisons s’inverseront.

Le CIO semble manquer cruellement de confiance en Valais, selon les sondages. Pourquoi faudrait-il lui faire confiance?

Le Comité international olympique a entamé une profonde mutation ces dernières années. Je le crois sincère dans sa volonté de réformes baptisée Agenda 2020. Quoiqu’on puisse penser du CIO, il redistribue 90% de ses revenus aux sportifs.

L'organisation de ces JO devisés à près de deux milliards de francs est-elle une priorité pour le Valais?

Le Valais ne se résume évidemment pas qu’à ce projet. Le Valais est pluriel. Ces jeux peuvent être un moteur important de ces prochaines années pour mettre en avant un Valais innovant, qui a confiance en lui et qui ose.

Les opposants affirment qu'il y aura "inévitablement des dettes". Comment les rassurer?

Il faut différencier les notions de déficit et de dette. Le premier correspond au budget opérationnel. L'histoire a montré qu'il y a toujours eu un quasi équilibre de ces budgets, voire mêmes des bénéfices. Les dettes, elles, concernent les investissements dans les infrastructures. Or, le projet Sion 2026 prévoit de louer des ouvrages existants. La patinoire qui sera construite à Lausanne, par exemple, n'a pas été conçue pour les JO mais pour les besoins de la région. Il n'y aura donc pas de dettes imputables aux jeux.

Les JO peuvent être un moteur important de ces prochaines années pour mettre en avant un Valais innovant, qui a confiance en lui et qui ose

Serge Métrailler

Comment garantir qu’il n’y aura pas de surcoûts?

Le CIO s’est engagé à assumer les éventuels coûts supplémentaires liés par exemple à une nouvelle norme à respecter ou un nouveau sport à inclure.

Est-il normal que le Conseil fédéral s'oppose à un vote national sur le milliard accordé par la Confédération?

Oui. Le référendum financier n’existe pas au niveau national, contrairement à l'échelle cantonale. Et cela signifierait que, dorénavant, chaque ligne du budget fédéral peut être contesté.

Les partisans affirment que rien ne sera construit. Pas même un parking?

Nous misons beaucoup sur les transports publics. Les entreprises de transport seront des acteurs majeurs dans la mise sur pied de cadences et de capacités adaptées durant la phase des jeux. Le prix moyen du billet pour une manifestation est de 100.- transport compris.

Donc pas de nouvelles routes?

Non pas de nouvelles routes. Il faudra cependant rafraîchir certaines routes d’accès aux sites. Comme les mesures incitatives d’utilisation des transports en commun séduiront les spectateurs, il est essentiel que ces transports puissent se faire en tout sécurité et dans de bonnes conditions.

Les Sédunois doivent-ils s'attendre à une hausse du trafic aérien?

Le gros du trafic aérien se fera entre Genève et Zurich. Cela dit, l'aéroport de Sion a besoin de générer du trafic, surtout depuis le départ de l'armée. S'il peut développer son volume d’affaire par les JO, tant mieux.

Les partisans disent que rien ne sera construit pour la manifestation. Pouvez-vous assurer aux écologistes qu'aucun arbre ne sera coupé?

Je ne peux pas faire des affirmations aussi péremptoires. Mais si un arbre devait-être coupé, dix seront replantés. Ensemble on peut faire de ces jeux un véritable instrument de transition écologique.

Au total, 300 nouveaux logements sont envisagés pour le village olympique. Qu'en adviendra-t-il après les jeux?

La ville de Sion, au terme d’un appel d’offre et d’un concours d’urbanisme, accordera un droit de superficie à des investisseurs privés pour construire un écoquartier. Le but est de louer à terme ces logements à des familles ou à des étudiants. La capitale Valaisanne offre déjà beaucoup d’atouts. Avec la présence de l’EPFL et des hautes écoles, elle devient un pôle toujours plus attractif.

>> L'interview de Jean-Pascal Fournier, président des Verts valaisans et opposant au projet, sera publié la semaine prochaine.

Propos recueillis par Mathieu Henderson

Publié le 20 mai 2018 à 17:06 - Modifié le 20 mai 2018 à 18:20