Modifié le 09 juin 2017 à 11:11

La Fraternité Saint-Pie X reconnaît une "erreur" dans une affaire de pédophilie

Document: un prêtre d'Ecône jugé pour pédophilie à Bruxelles
Document: un prêtre d'Ecône jugé pour pédophilie à Bruxelles 19h30 / 4 min. / le 04 juin 2017
Alors que le procès en appel d'un abbé valaisan de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, accusé d'actes pédophiles, s'est ouvert mercredi à Bruxelles, la congrégation a accepté pour la première fois de s'exprimer sur cette affaire.

Le procès en appel de l’abbé A., prêtre valaisan de la Fraternité Saint-Pie X, a repris mercredi dernier à Bruxelles. A 39 ans, l'homme est accusé d’atteinte à la pudeur avec violence ou menace sur trois garçons de moins de seize ans.

Les faits se seraient déroulés au cours de l’année scolaire 2009-2010, à l’école Notre-Dame de Sainte Espérance, gérée par la Fraternité Saint-Pie X, dans le quartier d’Ixelles à Bruxelles. Le procès-verbal du premier procès, que s'est procuré la RTS, comprend notamment le témoignage d'un garçon de 11 ans qui fait état d'abus sexuels commis dans un dortoir.

Premier procès en 2015

Le 7 avril 2011, alerté par les parents, le supérieur de l’abbé A. a informé la police des faits, ce qui a donné lieu à un premier procès en 2015. L’abbé A. a toujours réfuté les accusations et son avocat a refusé tout contact avec la presse.

En première instance, le prêtre suisse a été acquitté, car les témoignages de certains enfants ont varié dans le temps. Mais le procès en appel pourrait bien prendre une toute autre tournure. Car une première alerte avait déjà été lancée en Suisse contre cet abbé en 2005, ce que la justice belge ignorait lors du premier procès.

Abus sexuel signalé

En été 2005, la Fraternité Saint-Pie X avait organisé un camp de vacances pour des jeunes de 7 à 12 ans. L'abbé A., fraîchement ordonné, faisait partie des encadrants. Quelques semaines après le camp, une enquête préliminaire avait été ordonnée par la fraternité, et un juge nommé, après un appel d'une famille suisse auprès d'Ecône pour signaler un supposé abus sexuel.

Faute de preuve, l'affaire avait été classée mais un document interne détaillait les mesures drastiques prises à l'encontre de l'abbé A., dès 2006: "l'abbé sera surveillé sur ses faits et gestes dans ses relations avec les enfants ou adolescents pendant une période de 10 ans. L'usage d'internet lui est interdit", décrivait notamment le document.

Une affaire traitée en interne

L'affaire a été traitée en interne et la justice suisse n’a jamais été saisie, ni par la famille de la victime, ni par la fraternité. Pour son Secrétaire Général, Christian Thouvenot, tout a été fait dans les règles: "les supérieurs ont consulté un homme de loi, nous n'étions pas sous le coup de l'obligation légale de dénoncer, donc il n'y avait pas à le faire d'un point de vue strictement légal. Et surtout la famille ne le voulait pas et ne le voudrait toujours pas je crois. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas poussé plus loin et nous n'avons pas dénoncé auprès du ministère public valaisan".

Il assure toutefois que la politique de la fraternité a changé depuis: "Aujourd'hui nous ferions certainement comme nous avons fait à Bruxelles, en signalant aux autorités le cas".

Contacts directs avec les enfants

En 2009, la fraternité a transféré l’abbé A. en Belgique, où il s'est retrouvé dans un centre abritant une école. Il a même été parfois chargé de la surveillance des dortoirs: "C’est tout à fait anormal, cela n’aurait pas dû se produire", regrette Christian Thouvenot.

"Nous assumons bien sûr nos responsabilités il n’y a pas eu de contournement des mesures. Simplement, on l'a mis dans un apostolat avec l'interdiction de s'occuper d'enfants, d'avoir trop de promiscuité ou trop de rapports proches avec des enfants (...) La seule erreur de jugement qui pourrait être reprochée est le lieu d’affectation de l’abbé A., la proximité de l’école avec le prieuré n’apportant pas toutes les garanties qu’il aurait fallu", explique Christian Thouvenot.

L'abbé A. libre et reclus

Pour Ecône, cette affaire tombe au plus mal. Un autre prêtre de la fraternité vient d’être condamné à 16 ans de prison pour viols aggravés et un troisième attend son procès. De quoi compromettre le processus de rapprochement avec le Vatican entamé par la Fraternité: "La simple idée d’avoir des prêtres liés de près ou de loin à des affaires de ce style est un motif de scandale et de honte pour nous, parce qu'ils salissent le sacerdoce, l'Eglise, et notre fraternité", admet Christian Thouvenot.

L’abbé A. est aujourd'hui libre et vit reclus en Valais dans l’attente de la reprise de son procès, fixé au 11 octobre prochain. La Fraternité assure que, même en cas d’acquittement en appel, un procès canonique sera ouvert à son encontre dès la fin de la procédure civile.

Cécile Tran-Tien et Dimitri Zufferey/hend

Publié le 04 juin 2017 à 19:02 - Modifié le 09 juin 2017 à 11:11

Rapprochement entre la Fraternité Saint-Pie X et Rome

Fondée en 1970 par Mgr Lefebvre à Fribourg, la Fraternité Saint-Pie X pratique un culte très traditionnel et célèbre ses messes en latin. Elle acquiert en 1974 Econe (VS) pour en faire son séminaire.

Cette communauté a rompu avec Rome en 1988, mais des rapprochements sont en cours entre le pape François et Mgr Bernard Fellay, qui pourrait obtenir une prélature personnelle, c’est-à-dire le même statut que celui accordé à l’Opus Dei.

Existe-t-il une obligation de dénoncer?

"Au-delà des obligations morales, il n’existe pas d’obligation légale de dénoncer des infractions. La seule obligation qui existe dans le droit pénal c’est de ne pas se rendre complice par omission de la commission d’une infraction", explique Timothée Bauer, avocat à Genève.

Et d'ajouter: "donc, si des enfants sont en danger, toute personne même couverte par le secret professionnel comme le secret de la confession pour les ecclésiastiques, doit dénoncer les faits pour protéger les enfants".