Modifié le 26 avril 2016 à 12:17

L'aventurier valaisan Jean Troillet a honte de "ce qui se passe à l'Everest"

Jean Troillet.
L'invité de la rédaction - Jean Troillet L'invité de la rédaction / 22 min. / le 06 avril 2016
Trente ans après avoir gravi la face nord de l'Everest avec Erhard Loretan en 43 heures aller-retour, l'alpiniste et guide suisse Jean Troillet a évoqué mercredi pour la RTS ses exploits sportifs et son approche de la montagne.

Interrogé dans le Journal du matin sur son opinion à propos des expéditions commerciales à l'Everest, avec oxygène, cordes fixes et sherpas, le Valaisan n'a pas caché sa gêne. "Ce qui se passe à l'Everest, j'en ai un peu honte", a-t-il confié.

"On est peut-être un peu responsable parce qu'on a ramené de belles images", s'interroge Jean Troillet. "Maintenant, les gens veulent y aller, à n'importe quel moment et dans n'importe quelles conditions".

Ne pas choisir les voies faciles fait partie de ma vie

Jean Troillet, alpiniste

Revenant sur le rôle considérable des sherpas dans l'Himalaya, l'aventurier avoue également son incompréhension face à ce Japonais de 72 ans qui s'est fait porter au sommet du toit du monde, à 8848 mètres d'altitude. "C'est bizarre de se contenter de ça", commente le montagnard aujourd'hui âgé de 68 ans.

Un rapport particulier à la souffrance

Lui, il préfère la souffrance. "Ne pas choisir les voies faciles fait partie de ma vie", explique-t-il sur La Première. Avec son ami, le Fribourgeois Erhard Loretan, ils sont partis affronter la face nord de l'Everest - soit deux jours d'effort intense - sans oxygène, avec une barre chocolatée et un demi-litre d'eau froide.

"S'il n'y avait pas cette souffrance pour arriver au but qu'on s'était fixé et qu'on redescend au camp de base, ce n'est pas ce que je cherchais. Le sommet n'était pas important. Moi, si on avait bien souffert, si on avait dû se battre dans la tempête sans atteindre le sommet, j'étais un homme heureux", explique Jean Troillet.

Au sommet de l'Everest, on ressentait une présence sans pouvoir l'expliquer

Jean Troillet, alpiniste

Mais cette souffrance procure une expérience quasi-mystique. "Là-haut, on passe des minutes tellement exceptionnelles qu'on ne les trouve pas en bas. On est près de l'au-delà. Au sommet de l'Everest, avec Erhard, on ressentait une présence sans pouvoir l'expliquer", se souvient celui pour qui regarder sa montre à l'arrivée serait un calvaire.

Non, en vrai poète de l'exploit sportif, Jean Troillet préfère ressentir ce qu'il a pu donner sur la montagne. Et souvent, d'après ses dires, c'est le meilleur de lui-même.

jgal

Publié le 06 avril 2016 à 10:51 - Modifié le 26 avril 2016 à 12:17

Un livre et un film en l'honneur du héros d'Entremont

A l'occasion des trente ans de son exploit sur l'Everest, aux côtés d'Erhard Loretan, le Valaisan Jean Troillet fait l'objet d'un livre et d'un film en son honneur.

Le livre, "Jean Troillet, une vie à 8000 mètres", doit sortir aux éditions Guérin de Chamonix en mai 2016. L'auteur Pierre-Dominique Chardonnens dresse un portrait du Valaisan qui fut parfois un peu dans l'ombre d'Erhard Loretan. Il présente aussi ce regard si frais sur les êtres, les choses et les événements de sa vie.

Quant au film, "Jean Troillet, toujours aventurier", un documentaire de Sébastien Devrient, il se veut une plongée dans les temps forts de la vie de l'homme aux dix huit mille. Onze projections sont prévues en Suisse romande dont trois en Valais (les détails de la tournée peuvent être consultés sur vertigesprod.ch).


Teaser "Jean Troillet, toujours aventurier" from Vertiges Prod on Vimeo.