Modifié le 13 juillet 2014

Le distributeur Denner suspend ses contrats avec Giroud Vins

Denner AG était l'un des principaux clients des marques de Giroud Vins SA (photo d'illustration anonymisée).
Denner AG était l'un des principaux clients des marques de Giroud Vins SA (photo d'illustration anonymisée). [Gaetan Bally - ]
Denner AG n'achète plus son vin à Giroud Vins SA ni à son successeur, Château Constellation SA. Le distributeur a suspendu ses relations commerciales avec la société valaisanne, annonce dimanche la RTS.

Denner AG est l'un des principaux clients des marques du Groupe Giroud (Giroud Vins, Cave des Combins, Albert Biollaz, etc.), désormais renommé Château Constellation SA. Selon des experts contactés par la RTS, les contrats portaient annuellement sur plusieurs centaines de milliers de litres de vin valaisan. Mais l'idylle commerciale semble terminée.

Après des informations parues dans la presse sur des coupages illicites, "Giroud Vins SA a été prié d’expliquer sa position par rapport à ces révélations et à l'enquête s'y rapportant. Giroud Vins SA s’est référé aux enquêtes en cours concernant un millésime déjà vendu", explique Thomas Kaderli, porte-parole de Denner AG. Ces explications n'ont pas suffi. "Denner AG a suspendu ses relations commerciales avec Giroud Vins SA", indique encore le porte-parole, cité dans le 19h30 de la RTS dimanche.

Interrogé sur la suspension des relations commerciales par Denner, le porte-parole de Giroud Vins n'a pas répondu sur ce point précis (voir encadré).

Grande distribution dans le flou

Mais la décision prise par Denner AG concerne également Château Constellation SA, la nouvelle société propriété de l'encaveur valaisan Dominique Giroud. "Nous avons établi une stratégie commerciale pour l'ensemble de notre clientèle, mais nous ne dévoilerons évidemment pas cette stratégie, qu'elle concerne Denner ou le Café du coin", commente son directeur Charles-Albert Fumeaux.

Reste que, aujourd'hui, du vin des marques du Groupe Giroud se trouve encore chez Denner AG. "Les invendus, qui n'ont jamais fait l'objet de litiges aux yeux des autorités et qui découlent d'un contrat existant avec Giroud SA, seront vendus normalement", ajoute Thomas Kaderli qui ne livre aucun chiffre sur les contrats passés avec Giroud Vins SA.

De la Petite Arvine coupée

Le groupe Denner AG a notamment acquis près de 80'000 litres de "Petite Arvine AOC 2008" chez Giroud Vins SA. Or, selon une enquête du Contrôle Suisse du Commerce du Vin (CSCV), ce vin contenait un taux d’assemblage du même cépage mais d'années différentes qui dépassait le 15% autorisé par la loi. Le cas a été annoncé au Chimiste cantonal valaisan par le CSCV en 2009.

Selon une information de la RTS, des mesures administratives ont été imposées à Giroud Vins SA ainsi que des émoluments en centaines de francs. Mais qu'en est-il du vin vendu à Denner? Le chimiste cantonal valaisan a-t-il demandé à Giroud Vins de corriger cet assemblage en livrant, par exemple, de la Petite Arvine AOC 2008 pure? Ce même Chimiste cantonal a-t-il eu le temps de faire des demandes de correction, étant donné que le rapport d’enquête lui est parvenu plusieurs mois après les faits constatés par le CSCV? Mystère. Ni le chimiste cantonal, ni le CSCV n'ont répondu sur ce sujet, secret de fonction oblige.

Denner AG ne commente pas ce cas précis. Toujours est-il qu'en 2009, "nous n’avons reçu aucun message à ce sujet des autorités compétentes. Si cela devait changer, alors nous prendrons les mesures appropriées", explique Thomas Kaderli. Une fois les enquêtes des autorités terminées, Denner AG se réserve le droit d’agir en justice contre Giroud Vins SA.

Dans cette affaire, les autorités de surveillance – le Contrôle Suisse du Commerce du Vin et le chimiste cantonal valaisan – n'ont pas averti le distributeur Denner AG. Quant à ce dernier, il reconnaît ne pas s’être manifesté auprès des autorités sur la nature exacte du vin qu'il écoulait dans ses magasins.

Jean-Daniel Bohnenblust/vkiss

Publié le 13 juillet 2014 - Modifié le 13 juillet 2014

Réaction de Giroud Vins SA

"Force est de constater que la RTS, pourtant condamnée sur ce dossier par la justice le 11 mars 2014, s’entête à vouloir monter en épingle une question administrative dont elle sait pourtant pertinemment qu'elle est de portée mineure. Il va de soi que la RTS devra continuer à répondre devant la justice de toute éventuelle conséquence commerciale d'une attitude qui, depuis des mois, ne relève pas du journalisme, mais de la volonté de nuire et de détruire un individu et une entreprise," écrit Marc Comina, porte-parole de Giroud Vins.

Il sied tout d’abord de préciser que la décision du 11 mars rendue par le juge du Tribunal de district de Sion n’est pas définitive. Un appel a été déposé par la RTS auprès du Tribunal Cantonal valaisan. Le jugement sur appel n’a pas encore été rendu.

De plus, l’illicéité constatée par le juge du Tribunal de district de Sion - et contestée par la RTS-  ne concerne pas l’évocation des coupes illicites, lesquelles sont attestées. Le premier juge a en revanche reproché à la RTS de s’être interrogée sur l’absence de poursuites pénales dans le dossier des coupages de vin, question que s’est toutefois également posée la Commission de gestion du Grand Conseil valaisan dans son rapport publié en mai dernier.

Consommateurs alertés

Pour la Fédération romande des consommateurs (FRC), le système de contrôle est lacunaire. "On a perdu en Suisse le sens de la surveillance. Cette absence de transmission de l’information fait que les clients peuvent être grugés pendant longtemps", s’agace Mathieu Fleury, secrétaire général de la faîtière.

"Il manque dans notre pays une surveillance anti-fraude comme chez nos voisins européens. Ce n’est pas que la santé du consommateur qui est en danger, mais aussi son porte-monnaie", explique-t-il. Et Mathieu Fleury de proposer: "Il faut tirer les leçons de ces échecs et passer de l’autorégulation du secteur à un système étatique de contrôle. D’autres secteurs y sont soumis pourquoi les vins y échapperaient aujourd’hui".