Modifié

Les propos complotistes d'un chef de service valaisan jugés problématiques

Controverse autour des propos d’un haut fonctionnaire valaisan sur la gestion de la crise [RTS]
Controverse autour des propos d’un haut fonctionnaire valaisan sur la gestion de la crise / Forum / 2 min. / le 28 juillet 2021
Le chef du Service valaisan de la formation professionnelle (SFOP), Claude Pottier, se retrouve au coeur d'une polémique pour avoir tenu des propos complotistes sur les réseaux sociaux. L'Etat du Valais ne l'en a pas empêché: une situation problématique, selon trois spécialistes en droit du travail contactés par la RTS.

Le Blick a mis en évidence mardi les écrits de Claude Pottier sur Facebook. Le haut fonctionnaire dénonce une crise, non pas sanitaire, mais "politico-économique sciemment orchestrée" en évoquant le Covid-19. Il accuse l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) de "terrorisme sanitaire". Cela fait plusieurs mois que Claude Pottier publie des messages de ce type.

Selon les trois spécialistes contactés par la RTS, un employé d'Etat ne peut pas tout dire. Comme dans les entreprises privées, la liberté d'expression n'est pas sacro-sainte.

Dans le cas du chef du SFOP, elle se heurte clairement au devoir de réserve des employés d'Etat. En évoquant une crise "politico-économique sciemment orchestrée", Claude Pottier fait planer le soupçon que les autorités qui luttent contre le Covid n'agissent pas correctement. Or, son employeur fait justement partie de ces autorités.

Devoir de réserve

Par ailleurs, Claude Pottier relaie des informations aux relents complotistes, alors qu'il est chef de service. Cette position hiérarchique constitue un facteur aggravant.

Plus un employé occupe une place élevée dans la hiérarchie, plus son devoir de réserve doit être grand. Un chef de service est en quelque sorte "un bout de l'Etat". Une figure d'autorité pour le grand public et en particulier les apprentis dont il était le responsable cantonal.

Une autre circonstance aggravante concerne le passé politique de Claude Pottier, qui a été candidat PLR au Conseil d'Etat en 2017, qui fait donc depuis partie des chefs de service connus.

A l'inverse, le fait que l'Etat du Valais ait toléré ses messages durant des mois constitue une circonstance atténuante, selon les spécialistes en droit du travail interrogés par la RTS.

Départ de l'Etat

D'après eux, l'Etat du Valais aurait au minimum dû demander à Claude Pottier de ne pas mentionner sur son profil Facebook son poste de chef de service. Le prier de retirer ses publications litigieuses aurait aussi été une mesure proportionnée qui aurait permis de calmer les choses, selon un avocat genevois.

A la place de l’Etat du Valais, le professeur à l'Université de Neuchâtel Jean-Philippe Dunand aurait convoqué l'employé pour lui demander d'être plus objectif dans ses futures prises de position. L'avocate vaudoise Christine Sattiva Spring cite elle aussi la possibilité de l'avertissement formel, pour bien faire prendre conscience de la violation du devoir de réserve.

Dans les faits, Claude Pottier ne devrait toutefois pas être sanctionné d'un avertissement. Le chef de service quitte l'Etat fin août. A 55 ans, il prend les rênes du Centre suisse de la formation et de l'orientation professionnelle. Un changement de poste qui n'a rien à voir avec ses écrits polémiques, dont certains viennent d’ailleurs d'être retirés.

Romain Carrupt/gma

Publié Modifié

Christophe Darbellay: "Ce n'est pas acceptable"

Selon Christophe Darbellay, conseiller d'Etat valaisan en charge de la formation, le discours de Claude Pottier n'est "pas acceptable". L'élu du Centre assure avoir réagi avant les révélations de la presse. "Dès que j'ai vu la publication sur Facebook, j'ai écrit à Claude Pottier pour lui dire que je n'étais pas d'accord. Je lui ai demandé de faire preuve de beaucoup plus de réserve à l'avenir", indique Christophe Darbellay mercredi dans l'émission Forum.

Il ajoute qu'il avait déjà saisi le Conseil d'Etat au mois d'avril lors des premières publications problématiques. "Le gouvernement avait alors estimé que comme monsieur Pottier était démissionnaire, on laisserait couler. Mais c'est clair que s'il était resté dans ses fonctions, nous n'aurions jamais laissé passer de tels propos. Ceux-ci vont à l'encontre de la politique publique que nous essayons de mener pour sortir de cette crise sanitaire, en tentant de convaincre la population de se faire vacciner", déclare Christophe Darbellay.

>> L'interview de Christophe Darbellay dans Forum:

Un fonctionnaire peut-il tout dire en période de pandémie? Interview de Christophe Darbellay [RTS]
Un fonctionnaire peut-il tout dire en période de pandémie? Interview de Christophe Darbellay / Forum / 4 min. / le 28 juillet 2021