Publié

Des voix critiquent le bilan de la promotion économique neuchâteloises

Bilan mitigé pour la promotion économique de Neuchâtel, pionnier du genre, dans les années 80 [RTS]
Bilan mitigé pour la promotion économique de Neuchâtel, pionnier du genre, dans les années 80 / 19h30 / 2 min. / le 17 septembre 2018
Pionnière en 1978, la promotion économique neuchâteloise a connu plusieurs revers avec le départ d'entreprises étrangères. "Il y a une disproportion entre les moyens et les résultats", juge l'ex-responsable de la Promotion économique exogène Alain Barbal.

En 1978, en pleine crise horlogère, Neuchâtel vote une "loi sur la promotion de l'économie cantonale". Le canton devient pionnier, il développe un réseau mondial et attire des centaines d’entreprises étrangères. Elles s'implantent dans la région, amenant investissements et emplois. Une réussite qui sera imitée par les autres cantons romands, mais aujourd'hui, la situation a changé.

Plusieurs revers

La promotion économique neuchâteloise a subi récemment plusieurs revers. Fin 2017, Autodesk, leader dans le développement de logiciels d'animation 3D, annonçait la fermeture de son siège européen situé à Neuchâtel, entraînant la perte de 232 emplois. Quelques mois plus tôt, la multinationale des technologies médicales Medtronic annonçait la fermeture de son antenne neuchâteloise et la suppression d'une centaine d'emplois. Deux fleurons de la promotion économique neuchâteloise, que le service était parvenu à faire venir en 1991 (Autodesk) et 2006 (Kyphon, racheté par Medtronic).

Plus récemment, l'entreprise qui développe des scanners pour avion Tudor Tech envisageait de s'implanter dans le canton de Neuchâtel. Mais elle a finalement opté pour St-Imier, dans le canton de Berne. Pour son PDG Mircea Tudor, le service neuchâtelois était plus protocolaire que proactif. "Si j’ai besoin d’une consultation juridique, à Neuchâtel, on me dit oui, il faut appeler ce numéro. À Berne, on m'a dit, demain vous aurez notre avis sur cette question."

"Disproportions de moyens"

De l'aveu même de l'ancien responsable de la promotion économique du canton de Neuchâtel, son bilan est mitigé. Alain Barbal a quitté ses fonction l'an dernier après dix ans dédiés à la recherche d'entreprises étrangères susceptibles de s'implanter dans le canton.

Quand Vaud, Neuchâtel ou Berne se battent contre Singapour, on se bat à armes inégales

Alain Barbal, ancien responsable de la promotion économique du canton de Neuchâtel. [RTS]
Alain Barbal, ancien responsable de la promotion économique

"Il y a une disproportion entre les moyens que l'on consacre à la promotion économique et les résultats. Ce sont souvent des entreprises très petites, qui demandent beaucoup de travail pour les faire venir. Nombreuses sont celles qui doivent être portées à bout de bras."

Selon lui, l'outil et la stratégie ne sont plus adaptés à un monde digital. "Lorsque Karl Dobler (conseiller à la promotion économique du canton de Neuchâtel) a commencé en 1979, il y avait peut-être 10 régions ou pays qui se concurrençaient dans le monde. Aujourd'hui vous en avez 100. Il y a plus de 1000 agences de promotions économiques qui vendent exactement la même chose. Il faut se positionner autrement. Quand Vaud, Neuchâtel ou Berne se battent contre Singapour, on se bat à armes inégales."

Plus de 90% du budget de la promotion économique c'est de l'appui à l'innovation, des accompagnements pour des entreprises présentes ici et qui veulent se développer ici

Le conseiller d'Etat neuchâtelois Jean-Nat Karakash. [Stefan Meyer - Keystone]
Jean-Nathanaël Karakash, conseiller d'Etat en charge de l'Economie

Un constat réfuté par le conseiller d'Etat en charge de l'Economie Jean-Nathanaël Karakash (PS). Pour lui, le bilan de la promotion économique est positif, même s'il est modeste. "Aujourd'hui c'est moins de 10% de mon budget d'appui économique qui est consacré à l’acquisition de prospect international comme on le faisait à l'époque. Plus de 90% c'est de l'appui à l'innovation, à la recherche et développement, des facilitations, des accompagnements pour des entreprises présentes ici et qui veulent se développer ici et qui ont souvent déjà un pied dans le canton de Neuchâtel ou ailleurs en Suisse."

Finie l'époque où l'on faisait venir des entreprises étrangères par centaines. Dans les années 80, Neuchâtel était pionnier de la promotion économique. Aujourd'hui le monde a changé et le contexte est difficile, entre incertitudes autour des relations entre la Suisse et l'Union européenne ou réforme de la fiscalité des entreprises.

Julien Chiffelle

Publié
"Il y a une disproportion entre les moyens consacrés à la promotion économique et les résultats"

« Il y a une disproportion entre les moyens que l’on consacre à la promotion économique exogène et le retour sur investissement »