Modifié le 13 avril 2018 à 13:56

Neuchâtel forme des "sentinelles" pour prévenir le suicide des paysans

Les agriculteurs sont considérés comme un groupe à risque par les professionnels de la prévention du suicide.
Neuchâtel forme des "sentinelles" pour prévenir le suicide des paysans La Matinale / 1 min. / le 13 avril 2018
Les partenaires neuchâtelois de la prévention du suicide ont mis sur pied un programme dédié spécifiquement au milieu agricole. Les premiers ateliers ont permis de former plus de 70 "sentinelles."

"Oser parler, ne pas rester seul!": c'est le principal message donné dans ces  formations qui sensibilisent les agriculteurs et autres professionnels à la détection de la détresse.

Après trois demi-journées d'ateliers organisées par le canton et plusieurs partenaires du milieu de la santé et de l'agriculture, les participants sont désormais des "sentinelles."

L'agriculture, un milieu à risque

Il n'existe pas encore de chiffres précis, mais les agriculteurs sont considérés comme un groupe à risque par les professionnels de la prévention du suicide. Ils vivent dans un milieu où le travail se mélange à la vie privée et où les pressions du marché poussent parfois les paysans à s'isoler dans le labeur et le silence.

Et c'est précisément ce silence que les ateliers de prévention du suicide cherchent à briser. "On a souvent des discussions générales: si tout va bien, le beau temps, la qualité des récoltes…" constate Martial Robert, agriculteur et initiateur du projet dans le canton. "Mais les problèmes viennent dans des discussions beaucoup plus privées. Les problèmes sentimentaux, financiers, de maladie. C'est important de savoir où se décharger de ce genre de soucis. Le premier pas, c'est déjà d'oser en parler."

La mission de ces "sentinelles" est de jouer le rôle de relais entre le monde agricole et les professionnels de la santé. Le projet s'est inspiré du modèle vaudois, mis en place en 2016, et qui intéresserait aussi le canton de Fribourg. Mais cette prévention spécifique en est encore à ses balbutiements.

La psychiatrie doit sortir de ses murs

"On s'inquiète tard, mais c'est en lien aussi avec l'évolution de la société" souligne Stéphane Saillant, médecin-chef au centre neuchâtelois de psychiatrie et vice-président du Groupe Romand Prévention Suicide. "Le monde de la psychiatrie (…) a beaucoup de progrès à faire. Il faut qu'on sorte aussi de nos murs, qu'on aille à la rencontre des gens qui souffrent. Le suicide tue plus que les accidents de la route et donc il mérite aussi d'avoir une prévention et des moyens financiers."

Et pour l'heure, la prévention du suicide ne possède pas de stratégie sur le plan national.

Coraline Pauchard/oang

Publié le 13 avril 2018 à 07:45 - Modifié le 13 avril 2018 à 13:56