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Pourquoi ces déficits à répétition dans le canton de Neuchâtel?

Neuchâtel: un canton toujours malade de ses finances
Neuchâtel: un canton toujours malade de ses finances 19h30 / 2 min. / mardi à 19:30
Les députés neuchâtelois se penchent depuis mardi sur le budget du canton. Avec ses dizaines de millions de déficit, le budget 2018 ne satisfait ni la droite ni la gauche. Comment le canton en est-il arrivé là?

Plus de 74 millions de déficit pour l'an prochain: les finances du canton de Neuchâtel sont au plus mal. Si le Grand Conseil neuchâtelois valide le projet de l'exécutif cantonal, l'Etat dérogera au frein à l’endettement pour la deuxième fois consécutive.

Si cela arrive à nouveau, les impôts prendront l'ascenseur. Pourquoi les finances neuchâteloises sont-elles si mauvaises? Quelques éléments de réponses dans le 19h30 de la RTS avec Claude Jeanrenaud, professeur d’économie à l'Université de Neuchâtel.

Des dépenses "élevées"

Le canton dépense beaucoup. A population égale, 25% de plus que Fribourg. Neuchâtel est un canton urbain et industriel, plus fragile aux aléas de la conjoncture. Son taux de chômage est plus élevé que la moyenne suisse et il compte plus de bénéficiaires de l'aide sociale.

Mais d'après Claude Jeanrenaud, "il y a aussi une explication culturelle. Une partie de la population du canton, les autorités et le Grand Conseil ont toujours vu le budget de l'Etat comme un moyen de redistribution des richesses."

 

Une "gestion imprudente" des recettes de l'impôt sur les entreprises

Claude Jeanrenaud pointe également du doigt une "gestion imprudente" des revenus générés par la reprise économique des années 2000.

"Les recettes de l'impôt sur les entreprises ont été multipliées par trois en 10 ans: 70 millions en 2003, 220 millions en 2014. Ces recettes étaient liées à la conjoncture, à des facteurs particuliers. En aucun cas, il ne fallait dépenser 220 millions. Ce qu'il aurait fallu faire, c'est dépenser 150 millions, l'équivalent d'une recette normale et puis le reste, le mettre dans une réserve conjoncturelle."

De la "légèreté dans la gestion de la péréquation financière"

En comparaison suisse, Neuchâtel est considéré comme un canton pauvre. Il bénéficie donc de la solidarité des cantons riches. Il touche des aides, qui ont atteint un maximum de 207 millions de CHF en 2015.

Mais depuis, elles baissent fortement, notamment à cause de la stratégie de certaines multinationales. "En 2013, les bénéfices des sociétés avec statut fiscal spécial ont explosé. Ils ont pratiquement doublé en 2 ans. Ces entreprises ont fait de l'optimisation fiscale. Sans doute une bonne affaire pour elles, mais le canton, lui, a fait une mauvaise affaire", analyse l'économiste.

Ces bénéfices sont utilisés pour calculer les versements que la Confédération fait aux cantons: en bref, plus les bénéfices de ces multinationales sont hauts, moins le canton reçoit d’aides. "En 2018, du fait de l'augmentation de ces bénéfices, le canton perd 40 millions, mais il perdra également 40 millions en 2017 et en 2019", explique le professeur Jeanrenaud.

Le Conseil d'Etat serre la ceinture de plusieurs crans. Des économies et de nouvelles recettes pour trouver 170 millions en 2018. Objectif: renouer avec l’équilibre des comptes en 2020. Optimiste pour le professeur Jeanrenaud.

Julien Chiffelle

Publié mardi à 20:22 - Modifié mardi à 22:10

Les communes neuchâteloises passeront aussi à la caisse

Les communes neuchâteloises participeront à l'assainissement des finances de l'Etat. Mais l'effort qui leur est demandé dans le cadre du budget 2018 est moins important que ne le souhaitait le Conseil d'Etat, le Grand Conseil privilégiant mardi le modèle de sa commission des finances.

En limitant la bascule d'impôt à un point et en introduisant un mécanisme de compensation pour atténuer l'impact sur les communes les moins favorisées, le Grand Conseil péjore le budget 2018 de quelque 8,6 millions de francs. Il fait ainsi passer le déficit à près de 75 millions de francs. Au vote, le rapport du Conseil d'Etat sur l'assainissement des finances a été adopté par 64 voix contre 49. (ats)