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Les caisses de pension prises dans le scandale immobilier de La Chaux-de-Fonds

Les caisses de pension liées au scandale de l’immeuble évacué à La Chaux-de-Fonds [RTS]
Les caisses de pension liées au scandale de l’immeuble évacué à La Chaux-de-Fonds / Forum (vidéo) / 3 min. / le 22 juin 2021
Le vaste scandale immobilier de la barre d'immeubles insalubres à La Chaux-de-Fonds n'a pas épargné les caisses de pension, a appris la RTS. Elles ont été prises dans une sorte de jeu de l’avion, où le dernier est toujours perdant.

Une centaine de caisses de pensions s'étaient unies dans la Fondation Hypotheka, un très gros fonds immobilier basé à Genève. En 2013, ce fonds a fait la une des médias avec l'ouverture d'une enquête pénale pour un système de prêts hypothécaires truqués et un trou a été évalué à 140 millions de francs.

Comme la RTS l'a révélé lundi, un promoteur saint-gallois se cache derrière les immeubles de La Chaux-de-Fonds. Il les a rachetés en 2012 à un autre promoteur alémanique, qui lui-même était l'un des plus gros clients de la Fondation Hypotheka, avec plus de 850 millions de francs empruntés aux caisses de pension. Les immeubles de La Chaux-de-Fonds font donc partie de ce gigantesque jeu de l'avion.

>> Lire aussi : Le promoteur aux immeubles insalubres de La Chaux-de-Fonds dort en prison

Trafic de voitures de luxe

L'enquête pénale menée à Genève a démontré que des complices internes à Hypotheka -- des experts et des notaires -- ont participé à gruger les caisses de pension en surévaluant des dizaines de biens immobiliers. Les prêts étaient donc bien plus élevés que le prix réel de vente de tel ou tel immeuble. Et tout le monde se servait au passage, avec par exemple des commissions énormes ou du trafic de voitures de luxe.

Selon des documents judiciaires que la RTS s 'est procurés, plusieurs personnes ont été condamnées l'année dernière. L'ex-directeur d'Hypotheka est le plus lourdement condamné avec 16 mois de prison avec sursis.

Une lourde condamnation a également été prononcée contre de le promoteur alémanique, qui a largement profité du système. Il a toutefois allégé sa peine en acceptant de rembourser 19 millions de francs.  Reste le cas du dernier promoteur monté dans le jeu de l'avion, le Saint-Gallois Daniel B., qui est toujours sous enquête à Genève et désormais aussi chez lui à Saint-Gall.

Plainte de la caisse de pension des CFF

Les caisses de pension impliquées -- dont les Rentes Genevoises ou les Retraites populaires dans le canton de Vaud -- se veulent rassurantes sur les conséquences de ce montage financier pour les assurés du deuxième pilier. Elles estiment que les taux d'intérêt bas ont permis de liquider de manière favorable une bonne partie du portefeuilles d'Hypotheka.

Mais il y a tout de même des perdants. C'est le cas de la caisse de pension des CFF. Elle a eu le malheur de racheter une grande partie du portefeuille d'immeubles du fameux promoteur Daniel B. pour 115 millions de francs. L'affaire a mal tourné et la caisse de pension des CFF a confirmé à la RTS avoir dénoncé le promoteur à la justice. Selon un document en possession de la RTS,  le préjudice est estimé à plusieurs millions de francs, y compris pour des travaux de rénovation qu'une entreprise de Daniel B. n'a pas menés correctement à bien.

Cette histoire, qui semble sans fin, fait se poser quelques questions sur les risques pris pour faire fructifier l'argent de notre deuxième pilier.

Ludovic Rocchi/asch

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