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Les cyanobactéries du lac de Neuchâtel ne sont pas sans danger pour l'homme

Cyanobactéries:  Baignade interdite ou déconseillée dans le lac de Neuchâtel [RTS]
Cyanobactéries: Baignade interdite ou déconseillée dans le lac de Neuchâtel / 19h30 / 1 min. / le 31 juillet 2020
La cyanobactérie est responsable du décès de plusieurs chiens qui se sont baignés mercredi dans le lac de Neuchâtel. Gilbert Greub, directeur de l'Institut de microbiologie du CHUV, décortique les risques liés à cette bactérie potentiellement toxique tant pour les animaux que pour l'homme.

Six chiens sont morts samedi par empoisonnement au bord du lac de Neuchâtel entre l'embouchure de l'Areuse et Colombier. Ces décès sont le résultat d'une contamination aux cyanobactéries, une bactérie caractérisée par sa pigmentation qui fait notamment virer l'eau au vert.

>> Lire: Une algue est bien la cause des décès de chiens dans le lac de Neuchâtel

"La cyanobactérie est un terme qui comprend différentes espèces de bactéries. Elles ont des noms, des risques et des stratégies écologiques différents. Ce sont des bactéries thermotolérantes. Elles supportent bien la chaleur et aiment l'ensoleillement étant donné qu'elles ont la capacité de faire de la photosynthèse. Leur apparition dans le lac de Neuchâtel pourrait être due à une eau stagnante, à la chaleur inhabituelle de l'eau du lac, à une baisse de bicarbonate dans l'eau et une acidité plus importante", explique Gilbert Greub, directeur de l'institut de microbiologie du CHUV.

Plusieurs types de toxicités

"On trouve généralement les cyanobactéries dans les eaux stagnantes, dans les lacs, dans les marais et éventuellement dans les piscines quand l'eau tourne au vert. Ce ne sont pas des algues, mais bien des bactéries. Quand on a de l'eau de cette couleur, on va éviter de se baigner dedans. Souvent, cette coloration est accompagnée d'une odeur et cela ne fait pas du tout envie. En temps normal, les gens ne vont naturellement pas se baigner dedans", rassure-t-il.

Cette bactérie est potentiellement mortelle pour les canidés. L'être humain semble être moins exposé, mais peut également tomber malade en fonction du type d'exposition à l'eau infectée.

>> Ecouter Corinne Bourquin, adjointe au vétérinaire cantonal à Neuchâtel, décrivant les symptômes qui touchent les chiens contaminés:

Aspect possible d'une efflorescence cyanobactérienne. [Lamiot - CC/Wikimedia]Lamiot - CC/Wikimedia
Corinne Bourquin, adjointe vétérinaire cantonal Neuchâtel décrit les symptômes cyanobactérie / Le Journal horaire / 1 min. / le 1 août 2020

"Certaines espèces de cyanobactéries présentent des toxines. Il en existe trois principales, cutanée, hépatique et neurologique. Si on a une neurotoxine qui paralyse les muscles respiratoires, on peut imaginer que le chien peut décéder en trente minutes comme cela a été le cas à Neuchâtel. En raison des neurotoxines, le risque est significatif pour les humains. Mais contrairement aux chiens qui ont pu profiter de leur baignade pour s'hydrater, on peut s'imaginer que les baigneurs ne vont pas boire l'eau du lac, au pire juste la tasse", détaille le professeur à l'Université de Lausanne en biologie et médecine.

Différents symptômes

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les symptômes de la cyanobactérie peuvent être divers pour l'être humain: fièvre, irritation, cutanée, crampes d'estomac, vomissements, diarrhée, nausée, angine, céphalées, vésicule autour de la bouche, atteinte hépatique, douleurs musculaires et articulaires.

Toujours d'après l'OMS, les seuls décès recensés ont été causés par l'exposition durant une dialyse.

S'il s'avère que les décès de chiens soient bel et bien le résultat d'une infection provenant de cyanobactéries productrices de toxines, d'autres interrogations pourraient être soulevées comme le relève Gilbert Greub: "On peut imaginer que des poissons puissent aussi être touchés et que leur consommation pourrait aussi potentiellement comporter un risque. Les procédures de traitement d’eau potable serait également sujette à un questionnement pour les usines captant de l’eau du lac. Par exemple, des échantillons d’eau en entrée d’usine pourraient être analysés pour savoir si on retrouve ou non des traces de cyanobactéries."

Adaptation web: Florian Charlet

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