Modifié le 12 mai 2018 à 12:29

Entre démissions et création d'un parti dissident, le PDC Jura dans la tourmente

Montage photo, montrant la députée Pauline Queloz et le projet de logo du parti Démocrate Chrétien Autonome (DCA).
Entre démissions et création d'un parti dissident, le PDC Jura dans la tourmente Forum / 2 min. / le 11 mai 2018
Alors que le PDC Jura est en proie à une crise inédite, une nouvelle aile du parti pourrait voir le jour sous l'impulsion de députés dissidents, a appris la RTS vendredi. Figure du parti, l'ex-ministre Pierre Kohler a démissionné.

La formation politique la plus puissante du canton du Jura est sous tension. A deux semaines du prochain congrès du PDC Jura, il se cherche toujours une nouvelle présidence.

Dernière preuve du malaise ambiant, des députés qui ont quitté le PDC Jura depuis l’affaire Queloz au mois de décembre (lire encadré) souhaitent fonder une nouvelle aile du parti, selon les informations de Forum vendredi.

Le nom et le logo sont prêts

Deux d’entre eux, qui sont toujours membres du PDC Suisse, ont même rencontré à ce sujet le président Gerhard Pfister. Ayant démissionné du PDC Jura, ils ne font plus partie du groupe parlementaire. Ils siègent ainsi en tant qu’indépendants, ce qui ne les satisfait pas.

Fonder un nouveau PDC autonome dans le Jura n’est qu’une option parmi d’autres, a expliqué l’un d’eux. Ils ont toutefois trouvé un nom, Démocrate Chrétien Autonome (DCA), et le logo est déjà prêt.

Avant de se décider, ils disent attendre de voir qui sera désigné à la présidence de la section jurassienne. En attendant, ils participent aux séances du groupe UDC au Parlement cantonal, parti qui les a généreusement invités afin qu'ils puissent se tenir informés de l’ensemble des discussions au législatif.

Démission de Pierre Kohler

La RTS a également appris la démission de Pierre Kohler, ex-conseiller national et ex-ministre, figure du PDC Jura. Entré dans la section cantonale en 1981, il l’a quittée suite à la décision en février du Parlement jurassien de ne pas lever l’immunité des juges cantonaux accusés de violation du secret de fonction dans l’affaire Queloz.

Pierre Kohler se montre très critique à l’encontre du parti, un parti "qui n’a plus de leaders, qui détruit ses membres plutôt qu’il ne les défend", selon ses mots.

L'ancien ministre estime encore qu’il n’a plus rien à faire dans ce qu’il apparente à une "simple association". Elu en 1993 au Gouvernement contre l’avis de son parti, il avait éjecté de son siège François Lachat lors des élections fédérales dix ans plus tard et tenté sans succès de renouveler l’opération avec Anne Seydoux-Christe en 2015. Il avait annoncé alors mettre un terme à sa carrière politique, ce qu'il confirme aujourd'hui encore.

"Soubresauts"

A la vice-présidence du PDC suisse depuis quelques semaines, le ministre Charles Juillard veut bien admettre qu’il y a eu quelques soubresauts de la part de certains membres du parti ces derniers mois. Mais il hésite à admettre le risque d’implosion.

>> Ecouter la réaction du ministre jurassien et vice-président du PDC suisse Charles Juillard:

Charles Juillard, vice-président du PDC Suisse.
Alexandra Wey - Keystone
Audio de l'info - Publié le 12 mai 2018

Gaël Klein/kkub

Publié le 11 mai 2018 à 18:18 - Modifié le 12 mai 2018 à 12:29

Elections fédérales et complémentaire en toile de fond

Au PDC Jura, les jeux sont toutefois loin d’être faits. L'élection d’un nouveau ou d’une nouvelle président(e) était attendue dans deux semaines, mais elle aura lieu plutôt au mois de juin.

Deux personnes au moins se sont mises à disposition, la Delémontaine et future ex-conseillère aux Etats Anne Seydoux-Christe et l’actuel secrétaire général du parti, l’Ajoulot Gauthier Corbat. La première a pour elle l’expérience et le réseau, le second un entrain et une jeunesse qui séduisent. Il semblerait aussi que plusieurs figures du PDC Jura se sont personnellement impliquées dans la recherche d’une troisième candidature.

Enjeux de taille

Les enjeux sont en effet cruciaux pour le PDC Jura, dans le contexte des prochaines élections fédérales et d'une possible élection complémentaire au gouvernement, dans l’hypothèse d’un départ anticipé de Charles Juillard pour le Conseil des Etats - même si le principal intéressé ne dit mot sur ses intentions.

Ces échéances sont vitales pour un parti qui a toujours eu au moins deux élus sur cinq à l’exécutif jurassien depuis l’entrée en souveraineté en 1979, sans oublier les deux sièges qu’il occupe aux Chambres fédérales. La création éventuelle d’une section autonome du PDC pourrait indubitablement brouiller les cartes.

L'affaire Queloz, rappel des faits

Pauline Queloz, élue de Saint-Brais, a fait en décembre dernier l'objet d'une enquête disciplinaire, fortement soupçonnée par le Tribunal cantonal (TC) d'avoir menti à la Commission des examens d'avocat.

La députée de 27 ans a admis avoir fait preuve de négligence et avoir commis une erreur lors de la préparation de son dossier d'examens. Mais elle a toujours nié avoir voulu tromper qui que ce soit. Un avis que ne partageait pas le TC. Organe responsable de la formation des avocats stagiaires, il a jugé la situation grave et en a informé le Parlement.

Recalée par le Parlement jurassien à la présidence en décembre, Pauline Queloz a communiqué sa décision de démissionner du PDC Jura quelques heures avant la première séance de l’année du législatif jurassien. Après cela, plusieurs autres députés démocrate-chrétiens ont quitté les rangs du PDC pour siéger de manière indépendante.

L'affaire s'est encore envenimée: le groupe UDC a demandé l'ouverture d'une commission d'enquête sur l'attitude du tribunal dans cette affaire et le président de la commission de la justice, un député PDC, a lui saisi le Ministère public d'une dénonciation pénale à l'encontre du président du tribunal, lequel est socialiste.

L'immunité des cinq juges du Tribunal cantonal jurassien n'a toutefois pas été levée, selon une décision du Parlement le 28 février.