Modifié jeudi à 21:16

A Genève, Manuel Tornare avait les notes de frais les plus élevées

Notes de frais des élus de la ville de Genève: la vérité des chiffres.
Notes de frais des élus de la ville de Genève: la vérité des chiffres. 19h30 / 2 min. / mercredi à 19:30
Après la publication du rapport de la Cour des comptes sur les frais professionnels de l’exécutif de la Ville de Genève, plusieurs élus ont demandé à connaître les frais des dix dernières années. La RTS les dévoile.

A Genève, tout le monde attend les chiffres des frais professionnels des dix dernières années des membres du Conseil administratif de la Ville de Genève. Le Bureau du Conseil municipal a ainsi écrit un courrier dans ce sens à la Cour des comptes.

Ces chiffres ont été compilés par le Département des finances de la socialiste Sandrine Salerno et transmis au Ministère public genevois qui a mené plusieurs perquisitions ce mercredi matin dans les locaux de l'administration. Le 19h30 de la RTS, qui a bénéficié d'une fuite, est en mesure de les dévoiler.

Un seul a remboursé

Premier constat: Guillaume Barazzone, un des magistrats les plus éclaboussés par le rapport de la Cour des comptes sur les frais professionnels de l'exécutif en 2017, n'est pas l'élu qui a dépensé le plus d'argent ces dix dernières années.

Selon les données de l'administration, sur les huit élus qui ont siégé à l'exécutif entre 2007 et 2017, c'est le socialiste Manuel Tornare, qui a quitté le Conseil administratif en 2011, qui a présenté les notes de frais les plus élevées. Il en a eu pour 41'700 francs de frais effectifs en moyenne chaque année. Le socialiste présente notamment des frais de transport (avion, train) et de téléphone bien plus élevés que ses collègues.

Contacté par la RTS, Manuel Tornare affirme que tous ses frais ont été contrôlés et acceptés: "ce sont des frais justifiés!" a-t-il affirmé sur le plateau du 19h30. Il rappelle également que dans le cadre de sa fonction de magistrat, il a dû se rendre plusieurs fois à l'étranger, notamment à Shanghai dans le cadre de l'Exposition universelle, pour l'organisation du pavillon Genève-Bâle-Zurich. Il souligne aussi n'avoir "jamais" bénéficié d'une carte de crédit et n'avoir eu qu'un "simple téléphone".

L'interview de Manuel Tornare

Manuel Tornare "Il y avait deux contrôles internes dans mon département. Je n'avais pas de carte de crédit."
19h30 - Publié mercredi à 19:30

Avec une moyenne de 38'800 francs, le PDC Guillaume Barazzone est deuxième de ce classement particulier. Il a notamment été épinglé par la Cour des comptes pour ses frais de téléphone. Il faut toutefois relever qu'à ce jour, le démocrate-chrétien est le seul élu à avoir remboursé plus de 50'000 francs, "sur une base volontaire" pour reprendre ses mots.

Sandrine Salerno est la moins dépensière

Le socialiste Sami Kanaan, maire de la Ville, occupe la troisième place du classement avec une moyenne de 29'000 francs de frais effectifs par année. Il affiche notamment des frais de transport plus élevés que la moyenne.

Pierre Maudet figure aussi dans cette liste. Avant d'accéder au Conseil d'Etat, en juin 2012, il siégeait en effet à l'exécutif de la Ville. L'actuel conseiller d'Etat est dans le ventre mou du classement. On constate que ses frais de téléphone sont au-dessus de la moyenne. En 2011, il en a eu pour près de 13'000 francs, un montant qui avoisine celui de Guillaume Barazzone en 2017 (17'000 francs).

Les deux élus qui ont présenté les notes de frais les moins élevées sont le représentant d'Ensemble à Gauche Rémy Pagani et la socialiste Sandrine Salerno. Cette dernière dépense en moyenne trois fois moins d'argent que son collègue de parti Manuel Tornare.

Changement d'abonnement

Si on entre dans le détail, on relève que le PDC Guillaume Barazzone affiche les coûts de téléphonie mobile (téléphone et internet) les plus importants avec une moyenne de 10'700 francs. Il est intéressant de constater que deux autres élus en tout cas (Manuel Tornare avec 6600 francs et Pierre Maudet avec 6400 francs) ont eu des notes de téléphone conséquentes.

Ces montants importants s'expliquent entre autres par le fait que jusqu'en juillet 2018, l'abonnement de la Ville de Genève ne prévoyait pas les conversations et les données internet illimitées, quand bien même des élus avaient demandé à Sandrine Salerno de revoir le système d'abonnement.

"Confort personnel"

Pour ce qui est des trajets en taxi, la Verte Esther Alder est l'élue qui utilise le plus, et de loin, ce moyen de locomotion avec une moyenne de 5600 francs par année et un "record" établi en 2015 avec plus de 7600 francs de taxi. Dans son rapport, la Cour des comptes avait écrit qu'une partie des trajets effectués en 2017 par la magistrate était "exclusivement motivée par une question de confort personnel".

Des propos contestés par Esther Alder en conférence de presse. On rappelle qu'en Ville de Lausanne, les conseillers municipaux, c'est-à-dire les membres de l'exécutif, ne peuvent pas se faire rembourser le taxi.

Le Ministère public est en possession des chiffres dévoilés par le 19h30. Il a ouvert une instruction pour gestion déloyale des intérêts publics et annoncé que les cinq conseillers administratifs en exercice revêtent le statut de "personnes appelées à donner des renseignements". Le Ministère public pourrait décider d'entendre également les trois autres magistrats (Manuel Tornare, Patrice Mugny et Pierre Maudet) qui ont dirigé la Ville depuis 2007.

>> Les réactions contrastées à ces chiffres dans le 12h45:

Les frais professionnels des élus genevois créent un malaise au sein de la classe politique. Les réactions sont partagées.
12h45 - Publié jeudi à 12:45

>> Zoom sur les notes de frais des élus bâlois et zurichois:

 

Elus municipaux: zoom sur les notes de frais de deux grandes villes alémaniques: Zurich et Bâle
19h30 - Publié jeudi à 19:30

Fabiano Citroni

Publié mercredi à 18:59 - Modifié jeudi à 21:16

"La pression des événements a fini par convaincre le collège"

Les magistrats de la Ville de Genève ont finalement fait acte de transparence jeudi matin en publiant leurs notes de frais de ces dix dernières années. Invité jeudi soir dans l'émission Forum de la RTS, l'actuel maire de Genève Sami Kanaan a indiqué que la majorité de l'exécutif a accepté de dévoiler ces chiffres sous la pression.

"En ce qui me concerne, et aussi avec ma collègue Sandrine Salerno, cela fait depuis la semaine passée que nous estimons qu'il est totalement légitime de publier ces chiffres. Dans un premier temps, cela arrive dans un exécutif, nous avons été minorisés. La pression des événements a fini par convaincre le collège unanimement de valider cette publication. Je l'aurais fait de toute manière jeudi, avec ou sans validation", a-t-il déclaré.

"S'il y a une erreur qu'on a faite, ce n'est d'avoir pas questionner plus tôt le système actuel, qui était basé sur l'auto-contrôle, le bon sens et la confiance. Les dépenses doivent être en tout cas professionnellement justifiées. L'auto-contrôle visiblement ne suffit plus, d'où le nouveau règlement qui introduit un contrôle", a ajouté Sami Kanaan.

>> L'interview de Sami Kanaan, maire de Genève, dans Forum: