Modifié le 02 novembre 2018 à 09:44

Les dépenses de l'exécutif genevois épinglées par la Cour des comptes

Le conseil administratif de la ville de Genève in corpore, Rémy Pagani, Guillaume Barazzone, Sami Kanaan, Sandrine Salerno et Esther Alder.
Les conseillers administratifs de la Ville de Genève épinglés par un audit sur leurs frais professionnels La Matinale / 1 min. / le 02 novembre 2018
Dans un rapport d'audit présenté jeudi, la Cour des comptes de Genève pointe des "dérives" dans les frais professionnels de membres de l'exécutif de la ville. Les dépenses de Guillaume Barazzone sont particulièrement épinglées.

Pour la Cour des comptes, très critique, la majorité du Conseil administratif a clairement manqué d'exemplarité.

Les frais de l'élu PDC Guillaume Barazzone remboursés en 2017, qui dépassent les 42'000 francs, sont les plus élevés, devant ceux de l'actuel maire de Genève, le socialiste Sami Kanaan (près de 27'000 francs), et de Rémy Pagani de Ensemble à gauche (près de 23'000 francs). Sandrine Salerno est l'élue la moins "dépensière": la socialiste a été remboursée à hauteur d'environ 11'000 francs.

Les remboursements de frais professionnels des conseillers administratifs s’élèvent pour l'année 2017 à un montant total de 120'764 francs.

A noter que ces remboursements s'ajoutent à une allocation forfaitaire annuelle de 13'200 francs dont bénéficient automatiquement les élus pour leurs frais professionnels. Le maire en fonction a également droit à une allocation complémentaire de 6500 francs.

17'000 francs de téléphone

Parmi les exemples jugés problématiques par l'institution, les coûts de téléphonie mobile de Guillaume Barazzone qui se sont élevés à 17'315 francs, "un montant cinq fois supérieur à la moyenne de ses autres collègues sans aucun autre motif que de la convenance personnelle".

La Tribune de Genève indique jeudi que Guillaume Barazzone dispose d'un téléphone unique pour ses communications professionnelles et privées. Le site précise que les élus disposaient jusqu'en juillet dernier d'un abonnement de base "obsolète" qui "n'était pas illimité (...)" et "ne comprenait que peu de données Internet". "Une fois utilisées, sans achat de paquets de données, 1 Go supplémentaire coûtait ainsi 100 francs", note le quotidien genevois.

Le rapport d'audit indique encore que "plus de 100 trajets en taxi ont respectivement été effectués en 2017 à Genève" par les conseillers administratifs Esther Alder (Verts) et Guillaume Barazzone (pour environ 3000 francs chacun), "dont une partie est exclusivement motivée par une question de confort personnel. Par ailleurs, certaines courses ont été effectuées fort tard dans la nuit, vers et depuis des adresses privées."

"Buvette de plage" et "alcool fort"

L'institution dénonce par ailleurs des dépenses dont le caractère professionnel n’est pas établi, notamment des frais de bouche tard dans la nuit, lors de jours fériés ou dans des endroits insolites comme un "lieu touristique à l’étranger" ou une "buvette de plage". Certains de ces frais pris en charge comme professionnels concernent de l'alcool fort ou du champagne haut de gamme.

Lors d'une conférence de presse du conseil administratif convoquée jeudi dans la foulée de la publication du rapport d'audit, Guillaume Barazzone a admis avoir "fait preuve d'imprudence" et commis des "erreurs involontaires".

L'élu PDC a indiqué avoir remboursé plus de 51'000 francs de dépenses faites depuis 2012 et son entrée à l'exécutif, reconnaissant qu'elles n'avaient pas à être prises en charge par la Ville.

Renforcement des contrôles

La Cour des comptes, qui parle d'"une organisation opaque couplée à une exemplarité vacillante", dénonce dans son rapport l'absence de règles claires fixées par la Ville mais aussi le manque de vérification.

L'institution émet onze recommandations à "mettre rapidement en oeuvre" afin de "repartir sur des bases saines". Parmi ces recommandations, elle insiste sur la nécessité d'établir un règlement sur la prise en charge des frais professionnels des conseillers administratifs et de mettre en place un système comptable fiable afin de retracer les frais professionnels de chaque personne. La Cour des comptes invite également à rendre publics ces frais professionnels, et à instaurer des contrôles.

Le conseil administratif a pris acte jeudi de ces recommandations et a annoncé, lors de sa conférence de presse, l'instauration d'un nouveau règlement et un renforcement des contrôles.

>> Les élus de la ville de Genève sont-ils mieux lotis qu'ailleurs? Regardez la comparaison avec Lausanne dans le 19h30:

Les élus de la ville de Genève sont-ils mieux lotis qu'ailleurs ? Comparaison avec Lausanne.
19h30 - Publié le 01 novembre 2018

Pauline Turuban

Publié le 01 novembre 2018 à 11:42 - Modifié le 02 novembre 2018 à 09:44

Audit réalisé dans un climat "tendu"

La Cour des comptes a indiqué jeudi que sa mission s’était déroulée dans un "climat tendu" et que ses travaux ont été compliqués par de "nombreux freins et oppositions". Elle relate ainsi que l'accès aux données comptables lui a été dans un premier temps refusé, et que le Conseil administratif a requis que les vérifications de certaines dépenses se fassent en présence d'un avocat.

Le PDC genevois soutient Guillaume Barazzone, le PLR condamne

Dans un communiqué diffusé jeudi, le PDC genevois "déplore les défaillances constatées par la Cour des comptes" mais souligne que son magistrat Guillaume Barazonne, à qui le parti réitère son soutien, "a reconnu sans faux-fuyants des erreurs et a procédé à leur rembousement". Le parti démocrate-chrétien s'étonne du manque de réglementation et de contrôles au sein de l’administration municipale.

Le PLR a également fait parvenir un communiqué à l'issue de la conférence de presse du Conseil administratif. Le parti y fait part de "sa plus vive désapprobation envers l'attitude des différents conseillers administratifs qui ont manifestement confondu leur porte-monnaie personnel avec celui du contribuable".

Pour le PLR, les conclusions de l'audit sont "scandaleuses". La formation libérale-radicale exhorte les conseillers administratifs concernés à "rembourser intégralement les sommes indûment dépensées".