Modifié le 06 septembre 2018 à 11:37

Le Conseil d'Etat genevois retire certaines prérogatives à Pierre Maudet

Pierre Maudet perd certaines prérogatives au gouvernement genevois
Pierre Maudet perd certaines prérogatives au gouvernement genevois L'actu en vidéo / 1 min. / le 05 septembre 2018
Le gouvernement genevois a décidé mercredi de retirer à Pierre Maudet certaines prérogatives en lien avec l'enquête du Ministère public. Le conseiller d'Etat reste à la tête du Département présidentiel et de la Sécurité.

Présent "in corpore" face à la presse, le Conseil d'Etat a dessaisi son président de plusieurs tâches. Les fonctions de représentation du gouvernement genevois incomberont "provisoirement" et "dès maintenant" au vice-président, Antonio Hodgers.

Afin de garantir l'indépendance du Ministère public, le Conseil d'Etat a décidé que "toutes les relations entre le pouvoir judiciaire et le Département de la sécurité" seront assumées par Mauro Poggia. Pierre Maudet perd aussi ce qui touche aux responsabilités administratives sur l'inspection générale des services, qui enquête sur son voyage controversé à Abu Dhabi.

"Pierre Maudet conserve le Département présidentiel et celui de la sécurité", a insisté Antonio Hodgers. La police, les affaires économiques et l'aéroport restent ainsi sous l'autorité de l'élu PLR. "Le Conseil d'Etat n'a pas voulu, dans un délai si court, procéder à des réorganisations profondes", a ajouté Antonio Hodgers.

>> Le compte-rendu du 19h30:

Pierre Maudet restera Président du Conseil d'Etat genevois et chef de la Sécurité, mais il est privé de certaines prérogatives.
19h30 - Publié le 05 septembre 2018

"Situation inédite"

Le point presse hebdomadaire aura duré une trentaine de minutes. Pierre Maudet ne s'était pas exprimé publiquement depuis les nouveaux soupçons le visant et l'annonce du Ministère public de vouloir le poursuivre. A-t-il songé à démissionner? Pierre Maudet réserve sa réponse "à une communication ultérieure". "Je compte, à brève échéance, vous donner ma position", a-t-il déclaré.

La pression s'est accentuée sur le président du gouvernement genevois. Le fait que le Ministère public enquête sur celui qui est chef du Département de la sécurité pose un certain nombre de problèmes. Comme l'a raconté Le Temps, il était difficile d'imaginer le procureur général Olivier Jornot et Pierre Maudet présenter conjointement la nouvelle feuille de route pour lutter contre la criminalité, le 12 septembre. Mauro Poggia remplacera donc son collègue.

"Il n'appartient pas au gouvernement genevois de mener l'instruction", a souligné Antonio Hodgers, qui présidera désormais les séances du collège gouvernemental. "La situation est inédite, mais le Conseil d'Etat n'est pas entré dans une thérapie de groupe."

>> L'analyse de Joël Boissard dans le 19h30:

Joël Boissard "La pression augmente, reste à voir combien de temps tiendra la solidarité au sein du Conseil d'Etat."
19h30 - Publié le 05 septembre 2018

Nouvelle dénonciation

L'affaire du voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi en 2015 est revenue sur le devant de la scène la semaine dernière. Dans un communiqué publié jeudi, le Ministère public genevois a annoncé sa volonté de demander au Grand Conseil la levée de l'immunité de Pierre Maudet afin de le poursuivre pour "acceptation d'un avantage".

Un jour plus tard, c'est Radio Lac qui révélait qu'une nouvelle dénonciation visant Pierre Maudet avait été déposée. Elle mentionnerait de nouveaux cadeaux faits au conseiller d'Etat par des personnes actives dans l'immobilier à Genève.

>> Lire aussi: De nouvelles accusations accentuent la pression sur Pierre Maudet

Théo Allegrezza

Publié le 05 septembre 2018 à 14:05 - Modifié le 06 septembre 2018 à 11:37

Réactions indignées

Marc Baudat, le président de l'Union du personnel du corps de police du canton de Genève, s'est déclaré profondément déçu des mesures prises par le Conseil d'Etat. Le syndicat demandait que Pierre Maudet soit dessaisi de la police durant la procédure judiciaire.

A gauche, le député socialiste Cyril Mizrahi estime que le magistrat PLR aurait dû se récuser et ne pas participer à la discussion au sein du collège gouvernemental. Pour lui, Pierre Maudet a sans doute joué un rôle dans la "décision minimaliste" du Conseil d'Etat.

Le député d'Ensemble à gauche Pierre Bayenet se montre quant à lui sévère et juge que la confiance du peuple envers le gouvernement est entamée. "On fait des petits remaniements cosmétiques pour enlever à Pierre Maudet la responsabilité directe des dix policiers qui enquêtent sur lui. C'est absurde."

A droite, l'UDC accueille, elle aussi, ces mesures très fraîchement. "Pour celles et ceux qui espéraient que de l'ordre serait fait au Conseil d'Etat, la déconvenue est de taille XXL", écrit le parti.

Du côté du PLR, en revanche, le président Alexandre de Senarclens salue les mesures du Conseil d'Etat, jugées "proportionnées". Le parti, qui souhaite en savoir plus, auditionnera son magistrat jeudi. (avec ats)

Le PS et le PLR genevois aux antipodes

Lors d'un débat mercredi soir dans l'émission Forum, le chef du groupe socialiste au Grand conseil genevois Thomas Wenger a dit la déception du PS. "Le parti socialiste n'est pas du tout satisfait de cette communication et surtout des décisions qui ont été prises par le Conseil d'Etat".

Et d'ajouter: "Pour nous, le sens de l'intérêt général du président du Conseil d'Etat aurait dû le conduire à proposer au Conseil d'Etat de se dessaisir et de la présidence et de son lien hiérarchique sur la police (…) il aurait dû le faire de son propre chef. Et comme il ne l'a pas fait, nous socialistes, nous attendions du Conseil d'Etat qu'il prenne la mesure de cette grave crise institutionnelle et politique en dessaisissant Pierre Maudet de ces trois dossiers."

Face à lui, le président du PLR genevois Alexandre de Senarclens a estimé qu'il fallait, dans ce dossier, "rester institutionnel, respecter la présomption d'innocence." Selon lui, c'est ce qu'a fait le Conseil d'Etat. "Le collège gouvernemental a montré son unité, est apparu in corpore devant la presse, avec des mesures prises de façon unanime (…) Je pense que c'est le signe d'un gouvernement responsable, qui veut rester uni."

>> Ecouter le débat entre Thomas Wenger et Alexandre de Senarclens: