Modifié le 24 janvier 2018

Le message d'humanité d'enfants de résistants et de nazis à Genève

Le témoignage d'une fille de résistant et d'une enfant d'officier SS
Le témoignage d'une fille de résistant et d'une enfant d'officier SS L'actu en vidéo / 4 min. / le 24 janvier 2018
Pour la première fois en Suisse, quatre descendants d'acteurs de la Seconde Guerre mondiale ont témoigné devant des collégiens à Genève. Parmi eux: une enfant de résistant français et une fille d'officier SS.

En 1943, Yvonne Cossu avait 8 ans et vivait en France occupée. Un jour d'octobre, des membres de la milice de Vichy et de la Gestapo ont arrêté son père, résistant en Bretagne. L'homme est mort 18 mois plus tard dans un camp de concentration en Allemagne.

Ce mardi, Yvonne Cossu a témoigné de son histoire douloureuse devant des collégiens romands. Dans le cadre de cette journée organisée par la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD), elle était accompagnée de Jean-Michel Gaussot, également fils de résistant. Et pour la première fois en Suisse, de deux enfants d'officiers SS, Barbara Brix et Ulrich Gantz.

On m'aurait dit il y a 40 ans que je serai amie avec une enfant de nazi, j'aurais dit 'impossible'

Yvonne Cossu, fille de résistant français

"On m'aurait dit il y a 30 ou 40 ans que je serai amie avec une enfant de nazi, j'aurais dit que ce n'était pas possible", confie mercredi dans le 19h30 de la RTS Yvonne Cossu. "Mais c'est idiot! Ce n'est pas parce que le père de Barbara a fait quelque chose qu'elle en est responsable."

Témoigner, un travail sur soi difficile

C'est à l'âge de 65 ans que Barbara Brix a appris que son père appartenait durant la Seconde Guerre mondiale à l'Einsatzgruppe C, une unité de la police politique militarisée allemande. Ces services spéciaux avaient pour mission de tuer les élites locales et la population juive sur le front russe. Ils ont fait des centaines de milliers de victimes.

Choquée, la fille du médecin-officier allemand a mené de nombreuses recherches sur son père. Elle n'a pas trouvé de preuve indiquant que le SS aurait participé lui-même à des assassinats. Par contre, des témoignages attestent de la présence de l'officier lors de mises à mort.

J'ai appris qu'il faut raconter les histoires sombres, pas uniquement celles des héros

Barbara Brix, fille d'officier SS

Pour celle qui a attendu la mort de son père pour en parler publiquement, témoigner n'est pas aisé. "Je pensais que témoigner était le devoir et le privilège des persécutés", raconte Barbara Brix. "Mais par le dialogue avec Yvonne et Jean-Michel, j'ai appris qu'il faut raconter les histoires sombres, pas uniquement celles des héros."

Barbara Brix tente désormais de vivre avec ces deux images de son père: le proche qu'elle connaissait et l'officier allemand. Tout comme Yvonne Cossu, elle porte encore sur ses épaules cette période sombre de l'histoire. Mais les deux femmes ont décidé de transmettre ces souvenirs pour les transformer en message d'humanité et de tolérance.

>> Reportage dans le 19h30 mercredi sur RTSUn

Reportage: Elsa Anghinolfi

Adaptation web: Tamara Muncanovic

Publié le 24 janvier 2018 - Modifié le 24 janvier 2018