Modifié le 16 novembre 2017

Martine Brunschwig Graf n'a "jamais reçu d'information crédible" sur Ramadan

L'invitée de Romain Clivaz - Martine Brunschwig Graf
L'invité-e de Romain Clivaz - Martine Brunschwig Graf, ancienne conseillère d'Etat genevoise La Matinale / 10 min. / le 14 novembre 2017
"On ne peut pas engager une enquête sur la base de rumeurs", insiste l'ex-conseillère d'Etat genevoise Martine Brunschwig Graf, qui dirigeait le Département de l'instruction publique alors que couraient des rumeurs sur Tariq Ramadan.

Que savait Martine Brunschwig Graf du comportement séducteur de Tariq Ramadan, qui a enseigné dans deux collèges genevois entre 1984 et 2004? "Aucun d'entre nous n'a jamais été saisi d'une information crédible qui pourrait provoquer une intervention du département", martèle-t-elle mardi dans La Matinale de la RTS.

On ne peut pas, sur la base de rumeurs, ni confirmées ni supportées par quelqu'un, engager une enquête quelle qu'elle soit

Martine Brunschwig Graf, ancienne cheffe du Département de l'instruction publique genevois

"Ce que l'on a pu recevoir comme information était de l'ordre 'l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours' (...) Qu'est-ce qu'on fait dans ces cas-là? Ce que j'ai toujours fait dans le cas de rumeurs: avertir les autorités scolaires concernées et leur dire d'ouvrir l'oeil", ajoute celle qui a été conseillère d'Etat genevoise de 1993 à 2003.

"On ne peut pas, sur la base de rumeurs, ni confirmées ni supportées par quelqu'un, engager une enquête quelle qu'elle soit", insiste-t-elle. "Il y a des lois qui protègent les enseignants corrects et qui punissent ceux qui ne le sont pas. Pour pouvoir les appliquer et instruire un dossier, il faut au minimum connaître la victime, connaître les faits, à peu près quand ils se sont passés... aucun de ces éléments n'était présent à l'époque."

"Attraction" connue

Elle reconnaît avoir eu vent de "l'attraction" exercée par Tariq Ramadan sur certaines élèves. "On voyait bien qu'il était souvent entouré. J'ai répété 'faites attention' pour cet enseignant, comme je l'ai fait pour d'autres."

Martine Brunschwig Graf précise d'ailleurs avoir mis "une dizaine d'enseignants à la porte, pour des faits parfois plus graves, parfois moins graves" que ceux reprochés à l'islamologue.

"Ce qui s'est passé, c'est que l'affaire est restée à l'intérieur de la direction de l'école, pour des raisons que j'ignore. Je l'ai appris, comme vous, par les journaux", ajoute la libérale-radicale.

Ferait-elle les mêmes choix aujourd'hui? "Par rapport à ce que je connaissais alors, oui." Elle rappelle qu'à l'époque, les témoignages accusant Tariq Ramadan d'abus sexuels n'étaient pas connus.

>> Lire aussi: Des témoignages accablent Tariq Ramadan alors qu'il enseignait à Genève

Propos recueillis par Romain Clivaz

jvia

Publié le 14 novembre 2017 - Modifié le 16 novembre 2017

"On a perdu certains filtres"

Un des effets collatéraux de l'affaire Tariq Ramadan est la montée de tension identitaire, notamment sur les réseaux sociaux, entre accusation de complot sioniste et de rhétorique antimusulmane. Martine Brunschwig Graf en a notamment été la cible.

"Le sommet que j'ai pu recevoir, ce sont des accusations d'antisémitisme, mais aussi d'être complice des musulmans extrémistes (...) le tout dans le même paquet", raconte l'ancienne conseillère nationale.

Si elle voit la libération de certaines réactions comme positive, Martine Brunschwig Graf estime que "l'on a perdu certains filtres".