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La direction du MAH critiquée avant la votation genevoise

Affiche pour le référendum des opposants à l'extension du MAH. [Martial Trezzini - Keystone]
Débat virulent autour de la rénovation du Musée d'art et d'histoire de Genève / Le Journal du matin / 4 min. / le 28 janvier 2016
Alors que la campagne fait rage à Genève autour de la votation cantonale du 28 février sur la rénovation du Musée d'Art et d'Histoire, c'est aussi la qualité du travail muséal qui est critiquée.

Le crédit de 130 millions pour la rénovation et l'agrandissement du musée, soumis à votation en Ville de Genève, cristallise une opposition large et hétéroclite. Mais à côté des arguments financiers ou patrimoniaux, ou celui d'une "privatisation rampante" de l'institution, un autre argument se fait jour: celui de la qualité même du travail muséal réalisé par le MAH. Et c'est aussi un facteur important dans ce front du refus, comme le montre l'enquête de la RTS.

Incapacité à mettre en valeur le musée

L'argument a moins été mis en avant par les médias, mais on l'entend au sein du comité référendaire. Ainsi, pour Robert Cramer, ancien conseiller d'Etat et actuel président de Patrimoine Suisse Genève, le musée souffre "d'une incapacité totale à mettre en valeur les objets qui existent".

L'avis est partagé par des spécialistes genevois du monde des arts, à l'exemple de l'historien de l'art et conservateur Rainer Michael Mason. Ce dernier dénonce pêle-mêle "le manque de motricité culturelle désirante", le "défaut de politique ambitieuse", ou encore "l'absence d'ouvriers absolument engagés".

Des airs de Titanic

Ce manque d'engagement et de vision est aussi évoqué par le journaliste culturel Etienne Dumont. "C'est une équipe pléthorique, à l'heure actuelle, pour mener une barque qui ressemble bientôt au Titanic", estime-t-il. "Il y a beaucoup de monde pour relativement peu de choses (…) En somme, on a la garniture sans avoir le plat de résistance."

Et il semble qu'au sein de la constellation des musées suisses, l'étoile du MAH a pâli ces dernières années. Un problème d'attractivité des expositions mais aussi de visibilité, de l'avis du directeur du Kunstmuseum de Winterthour Dieter Schwarz qui regrette le manque d'échanges, aujourd'hui, avec le MAH.

Reste que, si la votation s'annonce si indécise, ce serait bien en raison d'un problème d'identification des Genevois eux-mêmes à leur musée, contrairement au soutien apporté par la population bâloise pour le nouveau bâtiment de son Kunstmuseum ou celui de la population lausannoise pour le futur pôle muséal.

Peu d'expositions ambitieuses

Face à ces attaques, le directeur du MAH Jean-Yves Marin, explique avoir consacré ses énergies à mieux mettre en valeur les collections propres du musée et à mieux les faire connaître des Genevois eux-mêmes. C'est là sa mission, telle que définie par les autorités politiques. Et c'est la raison pour laquelle il y a eu peut-être moins de ces grandes expositions très attractives que l'on fait venir d'ailleurs.

Bâtiment plus conforme aux normes de sécurité

Les dernières années ont été très prises par ce projet de rénovation et d'agrandissement, rappelle de son côté le magistrat municipal Sami Kanaan. "Certaines expositions qu'on voudrait accueillir, on ne peut plus les accueillir au bâtiment principal parce qu'il n'est plus conforme aux normes de sécurité. L'instrument freine beaucoup, donc c'est vrai qu'on a urgemment besoin d'un feu vert sur ce projet, pour déployer de belles initiatives", souligne-t-il.

Moins d'expositions ambitieuses et moins de soutien populaire par manque de rayonnement: c'est ce cercle vicieux que les autorités et les partisans du projet doivent s'efforcer de briser le 28 février.

Mathieu Cupelin/oang

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