Modifié le 22 mars 2015

Accusé d’escroquerie, le "roi des ports francs" Yves Bouvier riposte

Enquête sur l’affaire Bouvier
Enquête sur l’affaire Bouvier Mise au Point / 12 min. / le 22 mars 2015
Accusé d'avoir surfacturé plusieurs tableaux vendus au riche homme d'affaires russe Dmitri Rybolovlev, le marchand d'art et roi des ports francs à Genève Yves Bouvier récuse ces accusations dans Mise au Point.

Pendant 10 ans, le patron du groupe Natural Le Coultre Yves Bouvier a vendu près de 40 toiles de maître à Dmitri Rybolovlev, établi à Monaco.

Selon l’avocate de Rybolovlev, Tetiana Bersheda, le roi des ports francs aurait très largement surfacturé ces toiles alors qu’il touchait déjà une commission en tant qu’agent: "L’escroquerie réside dans le fait que Monsieur Bouvier faisait croire à mes clients qu’il était l’intermédiaire qui agissait dans leurs meilleurs intérêts, c’est-à-dire qu’il négociait les prix les plus bas avec les vendeurs et en réalité, il prenait des marges sur chaque transaction, en plus de la commission qui était convenue avec mes clients", explique-t-elle dans Mise au Point dimanche soir.

Des tableaux exceptionnels

Deux tableaux témoignent de l’ampleur des sommes en jeu, comme l’atteste la plainte de la famille Rybolovlev, que la RTS s’est procurée. Un "Salvator mundi" de Léonard de Vinci, acheté entre 75 et 80 millions de dollars par Yves Bouvier et revendu 127,5 millions de dollars à un des trusts de Rybolovlev, soit une différence d’environ 50 millions de dollars.

Autre exemple, le "Nu couché sur coussin bleu" d’Amedeo Modigliani, vendu 118 millions de dollars au clan Rybolovlev, mais acheté 93 millions par Yves Bouvier.

Rien d'illégal, selon Yves Bouvier

Interviewé dans Mise au Point, Yves Bouvier reconnaît les marges importantes, mais estime que tout était légal. "Je n’ai rien à me reprocher, explique-t-il, j’étais son marchand, pas son agent." Pour le marchand d'art, Rybolovlev était libre de fixer son prix: "Il a les connaissances pour le déterminer, il a le personnel autour de lui pour le faire, il reçoit tous les catalogues de vente aux enchères, il a des livres, il fait les musées, il fait les foires, les expositions, il a des avocats et des conseillers, il a un family office énorme. (…) On ne l’a jamais obligé à acheter une œuvre."

Et de regretter: "Je pense que je n’aurais jamais dû approcher cette personne."

Arrêté à Monaco

Le 25 février, Yves Bouvier se rend à Monaco sur demande de Rybolovlev. Ils doivent discuter du paiement d’un nouveau tableau. Mais à son arrivée, Yves Bouvier est arrêté par la police monégasque. "Son avocate a insisté pour que je vienne à Monaco. (…) C’était un guet-apens", confie le marchand d'art.

Après trois jours de garde à vue, il est libéré contre une caution de 10 millions d’euros, payables en deux mois. Sur demande de la partie adverse, ses avoirs à Singapour et Hong Kong ont été gelés.

Yves Bouvier est mis en examen par la justice monégasque pour "escroqueries" et "complicité de blanchiment".

>> Plus de développement dans l'émission Mise au Point du 22 mars

Gilles Clémençon/boi

Publié le 22 mars 2015 - Modifié le 22 mars 2015

Deux puissants protagonistes

L’affaire oppose deux hommes hors normes. La fortune de Dmitri Rybolovlev est estimée à plus de 8 milliards de francs. Résident monégasque, il possède l’AS Monaco.

A Genève, l’homme est connu pour l’énorme chantier inachevé qu’il a laissé à Cologny. Mais surtout pour son divorce record: il a été condamné par la justice genevoise en 2014 à payer plus de 4 milliards de francs à son ex-femme.

Yves Bouvier est un personnage discret, mais dont la fortune est estimée entre 300 et 400 millions de francs par le journal Bilan.

Patron du groupe Natural Le Coultre, leader mondial de l’entreposage d’art, il est à la tête d’un petit empire grâce aux ports francs. L’homme est aujourd’hui le premier locataire du port franc de Genève et il a construit des structures similaires au Luxembourg et à Singapour.