Modifié le 11 octobre 2013 à 19:09

La justice genevoise se rend en Turquie pour l'affaire du sarcophage romain

Un sarcophage quasi-identique à celui saisi aux Ports francs genevois est exposé au Musée archéologique d'Antalya.
Un sarcophage quasi-identique à celui saisi aux Ports francs genevois est exposé au Musée archéologique d'Antalya. [ - ]
Le procureur genevois Claudio Mascotto s'est rendu en Turquie pour tenter de faire la lumière sur le présumé vol d'un sarcophage du IIe siècle saisi aux Ports francs de Genève en 2010.

Depuis l’été 2011, la justice genevoise enquête sur un monumental sarcophage romain saisi aux Ports francs de Genève qui pourrait provenir de fouilles illicites. Comme l’a appris la RTS auprès de différentes sources, le procureur Claudio Mascotto s’est rendu cette semaine sur plusieurs sites archéologiques près d’Antalya (sud de la Turquie), en particulier à Perge, d’où provient vraisemblablement le tombeau de marbre orné d’une sculpture représentant les douze travaux d’Hercule.

Objectif: inspecter de visu différents lieux où ce chef-d’œuvre datant du IIe siècle après Jésus-Christ aurait pu être volé et rencontrer plusieurs experts archéologues. Le procureur était accompagné de l’avocat genevois de la République turque, Marc-André Renold, grand spécialiste de ces questions, et de Bastien Geiger, le conseil d’Inanna Art Service, la société où a été retrouvé le sarcophage aux Ports francs.

Mise sous séquestre

La Turquie tente d’obtenir la restitution de cette pièce qui ressemble presque à l’identique à un autre sarcophageexposé au musée d’Antalya et qui provient du site de Perge. A l’automne 2012, des archéologues turcs se sont rendus à Genève pour examiner l’objet mis sous séquestre aux Port francs, et prélever quelques échantillons.

Au départ, l’hypothèse de fouilles illicites profitant au mouvement séparatiste kurde du PKK a été avancée. Dans leur première demande d’entraide judiciaire, les autorités turques disaient avoir découvert, au printemps 2001, deux trous dans le sol d’une chapelle à Perge. Mais leurs dimensions s’avéraient au final trop petites pour contenir le monumental sarcophage.

Dossier complexe

Lors de son déplacement en Turquie, le procureur Claudio Mascotto, a pu visiter plusieurs autres emplacements sur le site de Perge, et voir certaines excavations dont aurait pu être extrait le sarcophage romain.

Il a également assisté à l’audition d’une personne qui se présente comme le parent d’un paysan local - décédé depuis - qui aurait prétendument déterré et vendu l’objet dans les années 1970. Ce témoignage promet d’embrouiller encore un peu plus le dossier.

Agathe Duparc

Publié le 11 octobre 2013 à 17:24 - Modifié le 11 octobre 2013 à 19:09

Enquête en cours à Genève

A Genève, la procédure ouverte pour violation présumée de la loi sur le transferts des biens culturels (LTBC) et vol d’antiquités, se poursuit. Elle est pour l’instant dirigée contre la société suisse Inanna Art Services SA.

Rappel des faits

- C’est dans les locaux d'Inanna Art Services SA, "prestataire de services pour le commerce d’objets précieux", que le sarcophage a été découvert fin 2010 lors d’une inspection du Service fédéral des douanes. L'objet figure dans l’inventaire de la société Phoenix Ancien Art dont les propriétaires sont les marchands d’antiquités Hicham et Ali Aboutaam, qui s'occupent également de deux prestigieuses galeries d’art à Genève et New York.

- En 2010, Ali Aboutaam avait tenté de le vendre à Jean-Claude Gandur, collectionneur et mécène du Musée d’art et d’histoire de Genève. Ce dernier refusait, se méfiant de la provenance de cette pièce rarissime puisque seule une vingtaine de sarcophages comparables a été recensée dans le monde.

- L’avocat d’Ali Aboutaam a toujours fait valoir que son client agissait alors pour le compte d’une tierce personne dont il refuse de dévoiler l’identité.

Perge, près d'Antalya, en Turquie