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Flambant neuve, la clinique genevoise des Vergers dépose le bilan

Une clinique privée genevoise dépose le bilan [RTS]
Une clinique privée genevoise dépose le bilan / Forum / 3 min. / le 22 novembre 2022
Quatre ans après son ouverture, la Clinique des Vergers à Meyrin (GE) vient de déposer son bilan en raison de surendettement, a appris mardi la RTS. Faute de liquidités, les salaires de la trentaine d'employés n'ont pas été versés en septembre et octobre.

C'est le 11 novembre dernier que l'avocat de la clinique Stéphane Grodecki a demandé la mise en faillite de l'établissement. Le bilan intermédiaire de fin septembre affichait une perte de trois millions de francs, forçant la clinique à fermer ses portes quelques années seulement après sa création. Depuis 2018, plus de 2500 opérations y ont été pratiquées, notamment dans les domaines de l’orthopédie, la gynécologie et l’ORL.

Ce dépôt de bilan s'explique notamment par les effets de la pandémie de Covid. Malgré des lits à disposition, le canton de Genève a refusé d’utiliser la structure au plus fort de la crise pour décharger d’autres lieux de soins. La raison : l’établissement ne faisait pas partie de la planification hospitalière cantonale.

L’arrêt des opérations non urgentes a même contraint la clinique à fermer ses portes plusieurs mois, sans pouvoir obtenir les aides pour les cas de rigueur.

Car, comme beaucoup d'entreprises qui ont débuté leurs activités peu avant la crise, elle n'a pas pu justifier un chiffre d'affaire antérieur sur lequel calculer le montant des indemnités.

La clinique accuse l'Etat de Genève

Du côté de la clinique, on pointe surtout la responsabilité de l'Etat de Genève, qui a toujours refusé d’intégrer l'établissement dans la planification hospitalière. Au-delà de la question du Covid, cette mesure aurait permis aux Vergers de se voir rembourser une partie des opérations par le canton et l’assurance de base. En outre, des conventions auraient pu être signées plus facilement. La clinique estime donc que cela a découragé certains patients potentiels de venir s'y faire soigner, au risque de devoir payer l’intégralité de la facture.

La clinique indique pourtant avoir fait la demande à trois reprises pour figurer sur cette planification hospitalière. Mais la direction générale de la Santé a toujours refusé. L'établissement a tenté en vain de faire valoir deux atouts principaux: des tarifs moins chers et, surtout, sa situation géographique.

Pour défendre son dossier, la clinique a même fait appel à deux personnalités du canton de Genève. Il s'agit de Jean-Marc Guinchard, député, ancien président du Grand Conseil et ancien directeur général de la santé du canton. Ainsi que l'ancien homme fort du MCG Eric Stauffer. Les deux hommes ont participé à plusieurs séances avec le canton.

Aujourd'hui, Eric Stauffer fulmine. Selon lui, si l’Etat avait accepté la demande, la faillite aurait été évitée: "Je suis furieux contre le département de Mauro Poggia (le Département de la sécurité, de la population et de la santé, ndlr.), qui a mis le billet de mille francs avant la qualité des soins."

L'Etat dénonce des investissements "hasardeux"

De son côté, l'Etat de Genève juge que les prestations proposées par les Vergers sont déjà largement couvertes ailleurs dans le canton. Il estime donc que la clinique ne répond pas à un besoin et que ce n'est pas à l'Etat et aux assurés d'en financer le fonctionnement.

"Nous ne sommes pas là pour sauver des investissements inconsidérés et hasardeux,", indique Adrien Bron, directeur général de la Santé. Il reproche par ailleurs aux fondateurs de cette clinique de ne pas s'être préoccupés de la viabilité de leur modèle économique.

La direction de l'établissement a changé depuis, mais, pour l'Etat, la situation reste la même. Enfin l'argument géographique n'entre pas en ligne de compte. "Si vous devez vous faire opérer, ce n'est pas rédhibitoire de faire 20 minutes de voiture pour aller aux Hôpitaux universitaires genevois", ajoute Adrien Bron.

Valentin Emery/hend

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