Modifié

Des élus genevois dénoncés pour violation des règles sanitaires

Une verrée à la suite de la prestation de serment de Fabienne Fischer a été dénoncée à Genève [RTS]
Une verrée à la suite de la prestation de serment de Fabienne Fischer a été dénoncée à Genève / Forum (vidéo) / 3 min. / le 6 mai 2021
Un policier a rédigé une note de service pour signaler le comportement inadéquat de plusieurs élus à Genève en marge de la prestation de serment de la nouvelle conseillère d'Etat Fabienne Fischer. Parmi eux, le procureur général Olivier Jornot et des conseillers d'Etat.

La verrée pour l'intronisation de la conseillère d'Etat genevoise Fabienne Fischer a fait l'objet d'une note de service de la police, a appris la RTS. Un agent présent sur place a signalé à sa hiérarchie des comportements inadéquats de la part d'élus en lien avec le respect des normes sanitaires. La direction de la police genevoise est saisie.

Les faits remontent à jeudi soir. Fabienne Fischer prête serment devant le Grand Conseil en présence des représentants des trois pouvoirs: législatif, exécutif et judiciaire. S'en suit une agape. Le Bureau du Grand Conseil genevois a autorisé la nouvelle édile à partager un verre avec sa famille et des invités pour célébrer son intronisation.

Vers 18h00, une dizaine de convives se réunissent autour de la magistrate à la buvette du Parlement, située temporairement dans l'enceinte de l'Organisation météorologique mondiale (OMM). Ils sont rejoints, dans un autre endroit de la pièce, par plusieurs députés et conseillers d'Etat, ainsi que par le procureur général Olivier Jornot, présent pour l'occasion. Au total, une trentaine de femmes et d'hommes se retrouvent dans la salle au même moment.

L'exemplarité en jeu

Un policier, témoin de la scène, estime que les règles sanitaires, comme la distanciation sociale, le port du masque, voire le nombre de personnes présentes dans un même lieu fermé, ont été violées. Il rédige donc une note de service à sa hiérarchie. Il y dénonce des comportements inappropriés de la part des participants.

L'affaire est sensible, car elle concerne des élus de haut vol. L'enjeu, c'est évidemment l'exemplarité. Comment des représentants de l'autorité, qui exigent de la population le respect des normes sanitaires, peuvent-ils s'y soustraire? C'est ce qui a conduit l'agent de police à avertir ses supérieurs. L'enquête dira si ces infractions dénoncées sont avérées ou non.

"Pas pire que sur une terrasse"

Contactées, plusieurs personnes présentes jeudi soir s'étonnent de ce qu'elles considèrent comme un "excès de zèle" de la part de l'auteur de la note de service. "Franchement, je n'ai assisté à aucune scène choquante, jeudi soir", dit cette députée.

"C'est vrai que certaines personnes étaient un peu agglutinées au bar et que les distances n'étaient pas forcément respectées partout", souffle une autre témoin. "Mais ce n'était pas plus problématique que sur une terrasse du centre-ville."

Le sautier Laurent Koelliker se dit lui aussi surpris. "Le président du Grand Conseil assure la police de la séance, rappelle-t-il. Tout problème dans l'enceinte ou aux abords du parlement doit lui être transmis. Or, le président n'a reçu aucune communication policière jeudi."

Ce que le président François Lefort confirme: "Je n'ai pas encore connaissance de cette note, mais si elle existe, ce serait une première", s'indigne l'écologiste qui n'a rien vu d'anormal jeudi. "Ce policier aurait dû venir m'en parler avant d'agir dans notre dos. C'est contraire à la loi." Il compte bien traiter ce point ce jeudi lors de la séance du Bureau du Grand Conseil.

Espace "privatisé"

Olivier Jornot confirme à la RTS avoir participé à la prestation de serment de la conseillère d'Etat Fabienne Fischer. Mais s'agissant d'un évènement organisé par le Grand Conseil, il n'entend pas le commenter. Quant à Fabienne Fischer, elle s'en remet à son collègue chargé de la santé et de la sécurité, Mauro Poggia.

Son porte-parole Laurent Paoliello indique qu'une "verrée privée dans un espace privatisé a bien eu lieu selon les règles Covid". Mais il est possible, affirme-t-il, que dans un autre endroit de la pièce il y ait eu "autre chose". "Mais rien en lien avec Madame Fischer elle-même", précise-t-il.

Le département rappelle que les règles sanitaires s’appliquent partout et pour tout le monde, sans exception. Il restera vigilant dans les jours qui viennent à l’émergence de foyers de contamination en lien avec cette affaire.

Raphaël Leroy

Publié Modifié