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Les pistes cyclables mettent le feu au Conseil d'Etat genevois

Pierre Maudet rompt la collégialité au Conseil d'Etat genevois: interview d'Antonio Hodgers [RTS]
Pierre Maudet rompt la collégialité au Conseil d'Etat genevois: interview d'Antonio Hodgers / Forum (vidéo) / 8 min. / le 29 juin 2020
Le torchon brûle au sein de l'Exécutif genevois. Le conseiller d'Etat Pierre Maudet a vertement critiqué dimanche la position du département de son collègue Serge Dal Busco sur la mobilité douce, suscitant l'ire du chef de l'exécutif Antonio Hodgers, qui s'exprimait lundi soir dans Forum.

Les pistes cyclables provisoires ont relancé la guerre des transports dans le canton. Elles mettent désormais le feu au Conseil d'Etat genevois. Dans une newsletter qu'il publie chaque semaine, Pierre Maudet a présenté une position au vitriol contre le département des Infrastructures, tenu par son collègue et ancien colistier PDC Serge Dal Busco.

Il y critique sur dix paragraphes la pérennisation des aménagements provisoires pour la mobilité douce, décidée la semaine dernière. "Vendredi dernier, le département des Infrastructures a achevé de compliquer la vie des différents usagers de la route", écrit l'élu PLR, "il l'a par ailleurs fait sans véritable concertation au sein du Conseil d’Etat".

Démarche jamais vue

Sur dix paragraphes, Pierre Maudet cloue au pilori la manière dont ces aménagements ont été mis en place, relayant la "colère" des acteurs économiques. Le magistrat ne se prive pas de citer des extraits du communiqué de presse du département de son collègue, avant de les démonter. "Le message du département est peu cohérent", "il ne tient pas la route", assène-t-il, tout en remettant en cause le bilan chiffré effectué par les services de Serge Dal Busco. Le chef du département du Développement économique donne enfin ses recettes en matière de mobilité.

Il s’agit de la deuxième fois que Pierre Maudet rompt la collégialité. La première a eu lieu il y a moins d'un an, en septembre 2019. Il prenait ses distances avec le budget 2020 concocté par le Conseil d'Etat genevois. Mais ici, la rupture est plus brutale. Il s'en prend frontalement à un collègue de l'Exécutif, qui plus est issu d'un parti allié. C'est rarissime.

Cela dit, à chaque fois, il a averti le collège. Contacté, il nous indique qu'il a "préalablement exprimé ce point de vue auprès de ses collègues, la semaine dernière", tout en précisant ne pas être le seul à partager cet avis. Selon nos informations, Mauro Poggia épouse la même position que lui, quand d'autres membres du gouvernement ne seraient pas non plus convaincus par la méthode de Serge Dal Busco, qui ne souhaite pas commenter. Un vote a d'ailleurs eu lieu sur le sujet mercredi passé au sein du Conseil d'Etat, selon nos renseignements.

Et l'histoire ne s'arrête pas là, car le sujet devrait être discuté à nouveau mercredi lors de la séance du gouvernement. Un gouvernement qui se mettra au vert en fin de semaine pour élaborer le budget 2021. L'ambiance promet.

"Cacher ses déboires judiciaires"

"C'est surprenant", a réagi lundi dans la soirée le président du Conseil d'Etat genevois Antonio Hodgers. "Sur le fond, il peut faire part de son désaccord, car il l'a effectivement exprimé lors de la séance du Conseil d'Etat". Mais "il ne peut pas dire que le projet n'a pas été discuté et concerté", estime-t-il, jugeant l'accusation "un peu gratuite".

Interrogé dans Forum, l'élu écologiste ne s'est pas montré tendre vis-à-vis de son collègue libéral-radical: "Malheureusement, la forme employée dans sa newsletter et les accusations directes à l'égard de Serge Dal Busco ne sont qu'un maigre cache-sexe de ses problèmes et déboires judiciaires", a-t-il déclaré.

C'est cette forme qui est regrettable, conclut Antonio Hodgers, car elle laisse entendre que le gouvernement ne travaille pas sérieusement. "Or, le gouvernement a travaillé sérieusement", assène-t-il finalement, "la procédure a parfaitement été respectée".

Raphaël Leroy/jop

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