Modifié le 27 juin 2019 à 19:15

Sur le web ou en politique, la rente à vie de Pierre Maudet fait réagir

Le conseiller d'Etat Pierre Maudet.
Sur le web ou en politique, la rente à vie de Pierre Maudet fait réagir La Matinale / 3 min. / le 27 juin 2019
Le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet entrera samedi dans sa huitième année de magistrature, lui donnant droit à la rente à vie. Le sujet enflamme la population, les réseaux sociaux et le monde politique du canton.

La question d'une hypothétique démission du conseiller d'Etat genevois Pierre Maudet, prévenu pour son voyage à Abu Dhabi et pour des dons reçus par le groupe hôtelier Manotel, a agité pendant des mois la République genevoise avec, en ligne de mire, la date-butoir du 29 juin 2019, soit samedi.

Pierre Maudet entrera ce jour dans sa huitième année de magistrature - il a officiellement pris ses fonctions le 29 juin 2012- ce qui lui donnera droit à une rente à vie de 89'161 francs par an (soit 7430 francs par mois) en cas de départ ou de non réélection, selon l’Office du personnel de l’Etat.

A deux jours de l'échéance, l'intéressé n'a manifesté aucune intention de démissionner et la plupart des observateurs ont renoncé au conditionnel pour parler au futur. Selon Radio Lac, la rente à vie serait même déjà actée.

Compte à rebours

A Genève, le sujet fait beaucoup parler avec des avis partagés, entre ceux qui s'en offusquent, ceux qui choisissent plutôt d'en rire et ceux pour qui il s'agit d'un non-sujet.

Internet s'est en tout cas emparé de la thématique. Un compte à rebours du nombre de jours séparant Pierre Maudet de sa pension, couragepierrebientotlarente.ch a par exemple été lancé "pour rire" par l’humoriste Blaise Bersinger dans le cadre de son émission "Mauvaise Langue".

"Vu qu'on en parlait dans chacune de nos émissions, on s'est dit 'faisons un compte à rebours pour que n'importe qui n'importe quand puisse aller voir'", a indiqué le comédien à la RTS.

La page a une petite notoriété à Genève. "C'est un peu invraisemblable cette histoire d'une personne que tout le monde veut voir démissionner et qui s'accroche (...). Au moment où on a lancé ce site, c'était comme si on rendait visible le fait que tout le monde trouve ça ridicule", avance Blaise Bersinger pour expliquer son succès.

Capture d'écran de la page couragepierrebientotlarente.ch. Capture d'écran de la page couragepierrebientotlarente.ch. [DR]

Toujours au registre de l’humour, la comédienne Claude-Inga Barbey y a consacré sa dernière vidéo sur le site de la Tribune de Genève.

Par ailleurs, un compte Twitter baptisé explicitement "Pierre Maudet a-t-il démissionné?" (@Statut_Maudet) se consacre depuis sa création fin novembre à répondre à cette question, à laquelle la réponse est invariablement négative.

Thème politique

Mais au-delà de l'aspect "populaire" du sujet, la future rente à vie de Pierre Maudet est aussi un thème politique, qui a donné lieu au dépôt de plusieurs textes au Parlement cantonal et à des initiatives populaires ces dernières semaines.

En mars, les Vert’libéraux genevois ont lancé une initiative visant à renoncer aux rentes à vie pour les anciens conseillers d'Etat, alors que ce système de plus en plus controversé partout a été récemment abandonné par trois cantons romands, dont Fribourg cette semaine (voir encadré).

>> Lire: Fin des rentes à vie des conseillers d'Etat de Fribourg largement acceptée

Permettre la destitution

Et fin avril, deux initiatives ont été lancées afin de créer un moyen légal de destituer un conseiller d'Etat genevois ou un magistrat des autorités judiciaires.

La première initiative veut permettre de démettre un élu qui aurait gravement enfreint les devoirs de son mandat, porté atteinte à la dignité de sa charge ou qui ferait l'objet d'une condamnation pénale.

Le deuxième texte, lui, vise en quelque sorte l'application concrète du premier au cas de Pierre Maudet: il demande que le conseiller d'Etat soit destitué avec effet immédiat et que ses droits à une retraite ou à des indemnités cessent dès l'entrée en vigueur de la loi. La récolte de signatures est en cours avec un délai à mi-août.

>> Lire: Début de la récolte de signatures pour les initiatives "anti-Maudet"

Pour l’ancien député socialiste Roger Deneys, l'un des initiants, "il y a deux choses dans cette question de rente: la question de savoir si un conseiller d'Etat de 40 ans doit toucher une rente à vie (...) et la question particulière de Pierre Maudet qui a gravement fauté et qui toucherait, malgré ses fautes, une rente". "Inacceptable" pour cet ancien élu.

"Non information"

Reste que le magistrat possède toutefois encore des soutiens, notamment des membres de son parti. Pour Nicolas Aubert, président de la section du PLR Vernier et membre du comité de soutien à Pierre Maudet, le "cas Maudet" est "presque une 'non information': c'est dans la loi que les conseillers d'Etat touchent une rente, il remplit les conditions,point à la ligne!"

Pour ses partisans, Pierre Maudet reste un conseiller d’Etat comme les autres, malgré une forte diminution de ses prérogatives.

>> Lire aussi: Le nombre de dossiers de Pierre Maudet divisé par 15 depuis février

>> Voir l'interview de Pierre Maudet dans La Matinale de jeudi:

L'invité de La Matinale (vidéo) - Pierre Maudet, conseiller d'Etat genevois chargé du développement économique
L'invité-e de La Matinale - Publié le 27 juin 2019

Article web: Pauline Turuban

Sujet radio: Adrien Krause

Publié le 27 juin 2019 à 09:40 - Modifié le 27 juin 2019 à 19:15

La rente à vie subsiste dans sept cantons

Actuellement, seuls sept cantons dont trois romands prévoient encore une rente viagère pour les anciens membres de leur gouvernement, selon des dispositifs variables. Il s’agit de Genève, Vaud, Neuchâtel, Berne, les Grisons, Schwyz et le Tessin. Les cantons du Jura, du Valais et de Fribourg y ont récemment renoncé.

En 2018, plus de 13 millions de francs ont été versés pour les rentes d’ancien-ne-s membres du Conseil d’Etat et conjoint-e-s survivants d’ancien-ne-s membres du Conseil d’Etat par les chancelleries romandes, contactées par la RTS. Dans le détail:

- Genève: 3,12 millions de francs (comprend aussi les rentes versées aux ancien-nes chancelier-ères)
- Vaud: 2,56 millions
- Neuchâtel: 2 millions
- Berne: 1,41 million
- Jura: 1,45 million
- Fribourg: 2,08 millions
- Valais: 1,13 million