Modifié le 19 juin 2019 à 15:54

Il manque 700 policiers à Genève pour atteindre les effectifs optimaux

Il manque 701 policiers sur le terrain, mais il y a 25% de cadres en trop
Il manque près de 700 policiers pour atteindre les effectifs optimaux réglementaires à Genève La Matinale / 2 min. / le 19 juin 2019
Selon les calculs de la RTS, il manque 701 policiers à Genève pour atteindre les effectifs optimaux fixés par le Règlement sur l'organisation de la police. S'il manque d'agents sur le terrain, il y a, en revanche, trop de cadres.

Ce chiffre provient d'un décompte réalisé sur la base d'une réponse donnée par le Conseil d'Etat à une question du député d'Ensemble à Gauche Pierre Bayenet. Il permet de confirmer les inquiétudes des forces de l'ordre: il y a un mois, des agents de Police-secours avaient écrit à leur état-major pour dénoncer une sous-dotation en personnel ne leur permettant plus d'assurer certaines interventions.

>> Ecouter notre enquête à ce sujet: 

Depuis le début de l'année 2019, jamais l'effectif minimum de Police secours n'a été atteint durant la nuit.
Martial Trezzini - Keystone
Forum - Publié le 20 mai 2019

Les statistiques articulées par le gouvernement genevois permettent d'objectiver ce phénomène. Aujourd'hui, Police-secours – soit le corps de police qui assure les interventions d'urgence 24h/24 sur tout le canton – bénéficie de 397 postes. Ce chiffre est bien en deçà de ce que prévoit le Règlement sur l'organisation de la police: selon lui, au vu de la population de la région, elle devrait pouvoir compter sur 564 postes. Il en manque donc 167.

Pas de budget pour renforcer les effectifs

La RTS a réalisé ce calcul pour les cinq corps de police. A chaque fois, le sous-effectif est criant. Il atteint même un niveau record pour la police de proximité, avec un déficit de 241 postes. Au total, sur un contingent de 1431 agents, il en faudrait 701 de plus pour atteindre les niveaux optimaux, soit une augmentation de près de 50% des effectifs.

Dans le même temps, les différentes directions de la police genevoise sont, elles, en sureffectif. C'est l'autre enseignement des chiffres fournis par le gouvernement. Le Règlement sur l'organisation de la police prévoit un maximum de 60 équivalents plein temps au sein des directeurs des forces de l'ordre. Or, ils sont 75 aujourd'hui. Autrement dit, il y a 15 cadres de trop dans la police genevoise, une éventuelle piste d'économies pour le Conseil d'Etat.

A l'heure actuelle, cependant, celui-ci n'entend pas remédier à cette sous-dotation en personnel de terrain. "Le budget à disposition, écrit-il, ne permet pas d'atteindre les effectifs mentionnés dans le règlement". Selon les calculs de la RTS, 701 agents de plus coûteraient en effet 68 millions de francs à l'Etat, une somme irréaliste à débloquer à l'heure de RFFA et du renflouement de la caisse de pension des fonctionnaires.

Mission non remplie

Selon l'analyste des pratiques policières et des organisations de police Frédéric Maillard, pourtant, la police genevoise n'est plus à même d'assumer sa mission. "Elle souffre comme elle n'a encore jamais souffert", confirme le spécialiste au micro de La Matinale de la RTS mercredi.

"Le policier ne se contente pas d'intervenir. Il doit rapporter les faits quand il rentre au bureau, rédiger un rapport sérieux pour que le traitement judiciaire puisse être efficace. C'est tout ce suivi qui souffre", poursuit Frédéric Maillard. "Les différents corps de police ont bénéficié d'apports financiers, de nouveaux uniformes, ou encore de promesses nombreuses, mais cela ne suffit pas. Les apparences ont été soignées, mais le fond, les carences sont très importantes", estime-t-il.

>> Regarder son interview dans La Matinale:

La police manque d'effectifs: interview de Fréderic Maillard (vidéo)
L'invité-e d'actualité - Publié le 19 juin 2019

Un problème d'organisation plutôt que d'effectif?

Selon lui, toutefois, la question du manque d'effectif n'est pas centrale. Pour dire cela, il s'appuie sur la situation de Bâle-ville, autre ville-canton comparable à Genève, où l'on compte 35 agents pour 10'000 habitants. "Avec le même ratio, on pourrait espérer 1750 policiers à Genève. Mais en fait, ces 1750, on les a déjà! Je pense aux 300 policiers municipaux, qui ne sont pas comptés dans les effectifs. Il suffirait d'augmenter leurs prérogatives, de reconnaître leur statut, de leur confier un brevet fédéral, et nous nous retrouverions avec un effectif beaucoup plus satisfaisant qu'aujourd'hui", juge-t-il.

A ses yeux, la question du manque de postes occulte d'autres problèmes, notamment de gestion. "Il ne suffit pas de renforcer les effectifs, il faut aussi améliorer la capacité de travail des policiers", avance-t-il, citant une étude qui montre que la pénibilité de leur tâche dépend davantage de leurs conditions de travail à l'interne, de leur hiérarchie et de leur administration que de menaces exogènes.

Sujet radio: Raphaël Leroy
Adaptation web: Vincent Cherpillod

Publié le 19 juin 2019 à 09:40 - Modifié le 19 juin 2019 à 15:54

La pénurie en détail

Les différents corps de police ne sont pas touchés de la même manière par la pénurie. Du plus touché au moins touché, voici le détail des postes qui manquent ou qui sont en trop par rapport aux effectifs indiqués dans le Règlement sur l’organisation de la police:

> Police de proximité: 241,47 postes manquants (175,45 au lieu de 416,92)
> Police-secours: 166,82 postes manquants (396,70 au lieu de 563,52)
> Police routière: 110,52 postes manquants (108,10 au lieu de 218,62)
> Police internationale: 79,92 postes manquants (337 postes au lieu de 416,92)
> Police judiciaire: 56,12 postes manquants (272,60 postes au lieu de 328,72)

> Direction des opérations: 184 équivalents plein temps, sur un maximum prévu de 200

> Services d’appui (directeurs): 75 équivalents plein temps, sur un maximum prévu de 60

Genève n'est pas le seul canton qui connaît une situation de sous-effectif. C'est également le cas de Berne, ou encore du Valais, où il manque 45 postes par rapport à la norme légale.