Modifié le 17 mai 2019 à 16:25

Graves soupçons de dumping salarial autour du nouveau dépôt des TPG

Le chantier du nouveau dépôt des trams et bus des Transports Publics Genevois.
Enquête sur les conditions des ouvriers dans le nouveau dépôt des Transports Publics en chantier à Genève. 19h30 / 3 min. / le 16 mai 2019
Le chantier du nouveau dépôt des trams et bus des Transports Publics Genevois sur la rive droite pourrait bien être le théâtre de plusieurs irrégularités. Selon des documents que la RTS s'est procurés, des travailleurs italiens y seraient sous-payés.

Construit à l'extrémité sud-ouest de la piste de l'aéroport de Genève, le long de la route de Meyrin, le futur centre de maintenance des Transports Publics Genevois (TPG) est l’un des plus gros chantiers en cours sur le canton. Sa mise en service est prévue en décembre prochain.

Or, des documents et des témoignages d’ouvriers italiens montrent que l’entreprise d’électricité qui les emploie aurait omis de leur payer leur 13e salaire, des jours de vacances ou des jours de congé maladie. Mais cette version des faits, contestée par l'employeur, n’est pas la seule chose qui a alerté le syndicat UNIA.

1000 euros par mois s'envolent

Selon des documents que la RTS a pu se procurer, ces employés, recrutés dans le sud de l'Italie, ont dû accepter des conditions bien particulières: avant de venir en Suisse, ils ont dû ouvrir un compte bancaire dans leur pays, puis transmettre à une entreprise basée à Brescia (I) une carte de débit, pour qu'elle puisse avoir accès à ce compte.

Une fois au travail en Suisse, les ouvriers ont bien reçu un salaire qui correspond aux normes imposées par la convention collective de travail de la branche. Leur fiche de salaire est tout à fait réglementaire, seulement voilà: chaque mois, l’entreprise de Brescia retire environ 1000 euros sur le compte de chaque ouvrier. Contactée, cette entreprise italienne invoque des frais de logements. Pour le syndicat UNIA, cependant, les ouvriers sont des travailleurs détachés. Dans un tel cas, le droit exige que le logement soit pris en charge par l’employeur, un avis confirmé par un expert du droit du travail.

>> Ecouter le sujet du 12h30 de la RTS au lendemain de la révélation de l'affaire:

Vue du chantier sur le site d'En Chardon, à Genève.
Magali Girardin - Keystone
Le 12h30 - Publié le 17 mai 2019
 

8 à 10 francs de l'heure

L’entreprise d’électricité qui a engagé les ouvriers est située dans le canton de Vaud. Il s'agit d'une succursale de l’entreprise italienne Zaffaroni. A Gingins, la direction de la succursale affirme ne rien savoir de cette pratique. Elle se défend de toute entrave aux règles et renvoie toute question à l’entreprise d’électricité de Brescia.

Les ouvriers, de leur côté, avaient accepté ces conditions particulières, mais ils ne s’attendaient pas, au final, à travailler pour un salaire de 8 à 10 francs de l’heure, alors que le minima fixé par la convention collective de travail se monte à 24,68 francs. "Je me suis retrouvé dans une situation de travail pire qu'en Italie", confie l'un des travailleurs sous couvert d'anonymat.

"Des méthodes de scélérats"

Déjà relevée au Tessin, c’est la première fois que cette pratique est signalée à Genève. "Chaque fois qu'on remet en place une régulation, les entreprises ne tardent pas à essayer de la contourner. Pour cette raison, le système de contrôle dans un secteur aussi sensible que la construction doit être en modification permanente", a réagi le secrétaire syndical d'Unia Alessandro Pelizzari.

Contactés et mis au courant de la situation, les TPG, maîtres d'oeuvre du chantier, affirment avoir respecté les règles d'adjudications ainsi que les règles de contrôle des conditions de travail. Ils entendent aussi prendre des mesures à ce propos.

Selon le député PLR et président de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment Serge Hiltpold, cette affaire n'est pas une surprise. Il y a déjà deux ans, des doutes avaient été émis quant au coût de la main d'oeuvre sur ce chantier, anormalement bas. "La responsabilité est partagée entre les TPG et le pouvoir adjudicateur, qui, à mon sens, n'a pas fait les investigations nécessaires", estime l'élu, qui parle de "sous-enchère crasse" et de "méthodes de scélérats" en évoquant les pratiques de l'entreprise mise en cause.

>> Ecouter l'interview de Serge Hiltpold dans le 12h30 de la RTS:

Le député PLR genevois Serge Hiltpold.
DR - hiltpold-menuiserie.ch
Le 12h30 - Publié le 17 mai 2019
 

Sujet TV: Joël Boissard

Adaptation web: Vincent Cherpillod

Publié le 16 mai 2019 à 20:57 - Modifié le 17 mai 2019 à 16:25

Un troisième dépôt pour Genève

Le nouveau site d'En Chardon, troisième centre de maintenance et dépôt pour les TPG après ceux de la Jonction et du Bachet-de-Pesay, doit ouvrir ses portes en décembre prochain. 70 trams et 130 bus pourront être accueillis sur ses 33'000 m2 de surface au sol, dans des halles fermées. Il doit permettre de libérer une partie du site du dépôt de la Jonction, qui n'accueillera plus que les trolleybus, et de désengorger celui du Bachet-de-Pesay.

En raison des contraintes liées à la présence, à quelques mètres, de la piste d'atterrissage de l'aéroport de Genève, une grande partie du dépôt a été construite en sous-sol afin que le bâtiment n'empiète pas dans le cône de sécurité de l’aéroport.