Publié le 31 janvier 2019 à 21:29

Sous leur voile, les difficultés de musulmanes face au monde du travail

Le parcours difficile des femmes voilées pour trouver du travail en Suisse
Le parcours difficile des femmes voilées pour trouver du travail en Suisse 19h30 / 2 min. / le 31 janvier 2019
Les Genevois voteront le 10 février sur la nouvelle loi sur la laïcité. Une réforme qui pourrait compliquer la situation des femmes voilées sur le marché du travail, dont elles sont déjà parfois exclues. Témoignages.

Sur le CV de Leïla* figurent son diplôme d'école de commerce, son expérience professionnelle et une photo d'elle. Sur laquelle elle porte le voile islamique. Depuis le mois de septembre, la Suissesse de confession musulmane cherche du travail en ne cachant pas son foulard aux employeurs. "J'ai décidé de me présenter comme je suis", raconte-t-elle au 19h30 de la RTS.

Après avoir obtenu son CFC, la jeune femme a facilement trouvé un poste. A l'époque, elle n'était pas voilée. Elle a ensuite arrêté de travailler pendant plusieurs années pour élever ses enfants avant de décider de revenir sur le marché du travail. Malgré une cinquantaine de candidatures, elle n'a encore rien trouvé. Une difficulté qu'elle met sur le compte de son voile.

"On ne me le dit pas en face, mais on me le fait comprendre", affirme Leïla. "Je ne vois pas pourquoi un bout de tissu sur la tête serait si dérangeant. Ce n'est pas ce voile qui fera que je serai plus ou moins compétente, plus ou moins intelligente."

Une discrimination difficile à prouver

Comme Leïla, plusieurs Romandes voilées ont raconté à la RTS les difficultés auxquelles elles font face sur le marché de l'emploi. Certaines ont finalement trouvé un poste dans le secteur des organisations internationales, qu'elles jugent plus ouvert envers les signes religieux extérieurs. L'une porte une perruque sur son lieu de travail, couvrant ainsi sa tête de manière plus discrète. Une autre a décidé d'ôter son voile, une situation qu'elle vit mal.

"Nous entendons régulièrement des témoignages de femmes ou d'associations qui nous rapportent des cas de femmes voilées qui sont discriminées", confirme Céline Maye, cheffe du Service de la cohésion multiculturelle du canton de Neuchâtel. Ce qu'ont également assuré plusieurs autres interlocuteurs à la RTS. Mais à l'heure actuelle, aucune étude n'a été menée sur cette question.

La discrimination à l'embauche est très difficile à prouver, précise encore Céline Maye, les employeurs ne l'affirmant pas haut et fort. La responsable conseille aux femmes concernées de se rendre dans les centres de consultation pour victimes de discrimination et de partager leurs histoires.

A Neuchâtel, une laïcité d'intégration

Dans son processus de recherche d'emploi, Leïla a notamment postulé auprès du parascolaire genevois où on lui a clairement répondu qu'elle ne pourrait pas travailler la tête couverte d'un foulard. Car les signes extérieurs d'appartenance religieuse y sont interdits, tout comme dans les crèches publiques ou aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

A Neuchâtel, l'autre canton laïc de Suisse, l'approche des services publics est différente de celle de Genève, le port du voile n'étant par exemple pas interdit chez les employées du parascolaire.

"La perception de la laïcité à Neuchâtel est une laïcité d'intégration", explique Céline Maye. "L'État est neutre, mais les personnes sont libres d'avoir une pratique religieuse, y compris de le montrer. Il existe donc une tolérance assez importante envers la liberté de religion."

Un programme de coaching lancé par l'UVAM

Qu'en est-il dans le secteur privé? Deuxième plus gros employeur de Suisse après l'État, Migros a laissé la question du port du voile à l'appréciation des coopératives régionales. Seuls Genève et Neuchâtel l'ont interdit par le passé à la caisse.

En Suisse alémanique en revanche, le foulard crispe moins. On peut ainsi voir des caissières voilées à Zurich. Quant à Coop, les couvre-chefs y sont proscrits pour tous les employés en contact avec la clientèle.

Face à ces différents cas de figure, la communauté musulmane s'organise. L'Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) a mis sur pied depuis quatre ans un programme de coaching spécifique. Pour les femmes voilées susceptibles d'être victimes de discrimination, l'UVAM fait notamment marcher le réseau de la communauté. Une vingtaine de personnes ont déjà été placées.

Enquête: Julie Conti

Adaptation web: Tamara Muncanovic

(*): prénom d'emprunt

Publié le 31 janvier 2019 à 21:29

La loi sur la laïcité soumise aux Genevois le 10 février

Les Genevois se prononcent le 10 février prochain sur la nouvelle loi sur la laïcité qui proscrit les signes extérieurs d'appartenance religieuse aux employés du canton, des communes et des établissements de droit public en contact avec le public. Les élus cantonaux et communaux seraient soumis à la même restriction.

Pour la droite et le Conseil d'Etat, cette réforme permettrait de prévenir le repli identitaire en protégeant la liberté de conscience, de croyance ou de non-croyance. Les référendaires, qui rassemblent les partis de gauche ainsi que des associations syndicales, féministes et musulmanes, dénoncent une loi liberticide et discriminatoire. Les Verts y voient en particulier un décret d'exclusion d'une de leurs élues municipales qui porte le voile.