Modifié le 19 novembre 2018 à 20:45

Les habitants de Charmey décident de l'avenir du ski dans leur station

Les habitants de Val-de-Charmey doivent se prononcer sur une hausse d'impôts pour sauver les remontées mécaniques.
Une hausse d'impôt pourrait sauver les remontées mécaniques de Charmey La Matinale / 2 min. / le 19 novembre 2018
Les habitants de la commune fribourgeoise de Val-de-Charmey (FR) se prononcent lundi soir sur une augmentation d'impôts. En cas de refus, ils condamneront les remontées mécaniques de la station à la faillite.

Le vote porte sur une hausse des impôts de 5,2% destinée à faire face aux défis financiers de la commune. Cette progression apparaît comme indispensable aux autorités pour pallier les déficits chroniques des remontées mécaniques.

Mais le scrutin intervient alors que le canton de Fribourg planche sur une réforme du tourisme dans les Préalpes et que l'abandon du ski dans certaines stations est à l'étude.

>> Lire: Les stations des Préalpes fribourgeoises doivent réfléchir à leur avenir

Trop tôt pour enterrer la télécabine

Le syndic de Val-de-Charmey estime cependant qu'il ne faut pas attendre d'avoir toutes les cartes sur la table pour se déterminer. "Pour nous, il serait extrêmement difficile, même dangereux, de prendre une décision définitive concernant l'arrêt des remontées mécaniques sans connaître tout l'environnement touristique futur de la Gruyère qui sera déterminé par ces différentes études", souligne Yves Page à la RTS.

Pour garder leurs remontées mécaniques, les contribuables de Val-de-Charmey ont déjà dépensé plus de 6 millions de francs depuis 2011. Les installations s'arrêteront s'ils refusent la hausse d'impôts, ce qui portera un coup très dur à l'économie locale.

Un "non" pourrait coûter plus cher encore

"La station de Charmey est basée sur un triptyque qui est le village, la montagne de Vounetz et la télécabine qui fait la liaison entre les deux. Casser ce triptyque nous semble extrêmement dangereux", explique le syndic dans la Matinale. "Peut-être que, si cela arrivait, le fait de reconstruire la station sur une autre base pourrait coûter plus cher que l'argent qu'il faudrait investir maintenant."

Fabrice Gaudiano/oang

Publié le 19 novembre 2018 à 08:48 - Modifié le 19 novembre 2018 à 20:45

"Il sera difficile de faire encore du ski dans 30 ou 40 ans"

Pour Christophe Clivaz, professeur à l'institut de géographie et durabilité de l'Université de Lausanne, l'exemple de Charmey ne peut pas être généralisé puisque la situation financière des stations de basse et moyenne montagne peut être très différente.

"Ce qui est vrai, c'est qu'il y a deux facteurs qui impactent le résultat de ces sociétés ces dernières années", dit-il dans la Matinale. "C'est la question de la disponibilité de la ressource en neige - on voit que c'est de plus en plus aléatoire et on vient d'avoir de nouveaux scénarios climatiques au niveau suisse qui vont vraiment dans ce sens-là - et un marché du ski qui est en régression".

De fait, ces stations ont perdu 25% de journées skieurs en dix ans. "Donc, dans un marché qui se réduit, la question se pose de plus en plus: est-ce qu'il faut continuer sur cette activité?", relève Christophe Clivaz.

"Si on arrête, il faut aussi soutenir les gens pour faire d'autres activités"

Pour le professeur, qui est également élu à la Municipalité de Sion (Verts), ces destinations en sont bien conscientes aujourd'hui. "Si on se projette à un horizon de 30 ou 40 ans, qui est l'horizon de ces scénarios climatiques, ce sera extrêmement difficile de continuer à faire du ski - sous réserve d'une nouvelle technologie qui permettrait d'enneiger artificiellement (…) C'est vraiment important qu'on ait une réflexion dans un périmètre beaucoup plus important, puisqu'il faudra faire des choix. Et si on arrête, il faut aussi soutenir les gens pour faire d'autres activités."

>> Regarder l'interview de Christophe Clivaz dans la matinale:



Propos recueillis par Chrystel Domenjoz