Modifié le 10 août 2018 à 10:15

David Gaffino: "Le canton de Berne est une Suisse miniature"

L'invité de la rédaction (vidéo) - David Gaffino, vice-chancelier du canton de Berne
L'invité de la rédaction (vidéo) - David Gaffino, vice-chancelier du canton de Berne L'invité de la rédaction / 10 min. / le 10 août 2018
David Gaffino, nouveau vice-chancelier francophone du canton de Berne depuis le 1er août, a défendu au micro de La Matinale une vision du bilinguisme basée sur l'équilibre, "à l'instar de la culture suisse".

"Berne est un canton très déséquilibré en matière de langues, avec 90% de germanophones pour 10% de francophones", explique David Gaffino, précédemment secrétaire général du Conseil des affaires francophones de l'arrondissement de Bienne (CAF).

Historien et juriste, en train de terminer ses études de droit en version bilingue à Fribourg, le Biennois défend le fait que le bilinguisme comporte deux dimensions: "apprendre la langue de l'autre, faire des échanges, se respecter mutuellement d'une part, mais aussi prendre égard pour la minorité, la renforcer, lui permettre d'avoir sa place".

"Le bilinguisme bernois, jamais un acquis"

Le départ du gouvernement bernois de Bernhard Pulver, ardent défenseur du bilinguisme, est-il un coup dur pour les francophones du canton? "En raison des pourcentages linguistiques, le bilinguisme bernois devra toujours se remettre en question, et ne sera jamais un acquis. Un de mes rôles sera de le rappeler au gouvernement."

S'il admet que "cela reste plus compliqué pour un francophone dans le canton de Berne que pour un alémanique", le vice-chancelier estime néanmoins que les francophones bernois "ne sont pas maltraités". En attestent, notamment, les filières bilingues de plus en plus nombreuses mises en place.

D'autres domaines doivent encore être développés, comme l'offre en places d'apprentissage et de travail, l'offre culturelle, la signalétique routière. "Cela peut paraître risible, mais les panneaux de signalisation, c'est ce que l'on voit en premier d'une ville. C'est ce qui donne le sentiment d'être pris au sérieux, d'exister", souligne David Gaffino.

Esprit de compromis et d'équilibre

Le canton de Berne pourrait-il finir comme la Belgique, déchirée par l'antagonisme de ses régions linguistiques? "On doit soigner notre culture suisse, construite sur un esprit de compromis, de dialogue, pour trouver des équilibres", estime le vice-chancelier. "Le canton de Berne est une Suisse miniature. Il faudra un jour arrêter de se demander si on est bilingue ou pas, comme on ne se demande plus si la Suisse romande doit rejoindre la France, ou la Suisse alémanique l'Allemagne."

Cultiver l'apprentissage de langues nationales fait, pour le Biennois, partie de la construction d'une "culture suisse". "On ne peut pas imposer le bilinguisme, mais augmenter les conditions pour qu'il augmente."

Propos recueillis par Coralie Claude/kkub

Publié le 10 août 2018 à 09:50 - Modifié le 10 août 2018 à 10:15