Modifié le 01 mars 2019 à 08:51

Employer des retraités pour pallier la pénurie d’enseignants

La pénurie d'enseignants vire au casse-tête dans plusieurs cantons
La pénurie d'enseignants vire au casse-tête dans plusieurs cantons 19h30 / 2 min. / le 28 février 2019
Pour faire face à sa pénurie d’enseignants, le canton de Berne a présenté jeudi une mesure unique en Suisse romande. Près de 900 enseignants retraités bernois ont ainsi reçu début février une lettre les invitant à reprendre du service.

Avec cette lettre, la direction bernoise de l’instruction publique a quasiment lancé un appel au secours. Une vingtaine de places des degrés primaires et secondaires étaient restées vacantes et ont dû être confiées à des étudiants à la rentrée 2018. La situation ne devrait pas s’améliorer pour la prochaine rentrée.

Cette pénurie est une "situation prévisible", selon le syndicat des enseignants du Jura bernois.  En 2017, plus de 35% des enseignants étaient âgés de 50 ans ou plus. "La pénurie est notamment due à une augmentation démographique, de plus en plus de jeunes rentrent dans le circuit scolaire", analyse le syndicat. Mais les cantons ne sont pas tous égaux. Avec 33,5% d’enseignants âgés de 50 ans ou plus, le canton de Neuchâtel ne doit pas faire face à une pénurie d'enseignants grâce une évolution démographique négative.

En Suisse romande, la solution bernoise reste une exception. Seul le canton du Valais emploie des retraités jusqu’à 70 ans, par volonté personnelle des enseignants, mais sans invitation officielle.

Du côté du syndicat bernois, on accueille cette invitation du canton avec scepticisme: "Un emplâtre sur une jambe de bois: arrivés à la retraite, les enseignants sont psychologiquement fatigués et n’auront plus envie d’enseigner malgré l’amour du métier", analyse Peter Gasser, syndicaliste et enseignant à l’école secondaire de Moutier.

A Berne, pour l'instant, une quarantaine d'enseignants ont déjà répondu favorablement aux quelque 900 lettres envoyées par le canton.

Serge Mérillat/lan

Publié le 28 février 2019 à 22:01 - Modifié le 01 mars 2019 à 08:51

"Ce qui a le plus d'impact, c'est la démographie"

Olivier Maradan, secrétaire général de la CIIP, la conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin, répond vendredi aux questions de La Matinale:



Pour lui, faire appel à des retraités est l'une des solutions existantes pour palier la crise: il faut en avoir plusieurs qui puissent se compléter les unes les autres: "Là où la crise est la plus visible, c'est l'énorme difficulté à trouver des remplaçants parfois sur le court terme".

Heureusement, souligne Olivier Maradan, "sur la partie francophone de Berne, depuis 2012-13, on a la possibilité d'utiliser des étudiants en fin d’études pour, dans leur formation pratique, faire eux-même des remplacements".

La question se pose de savoir si assez d'enseignants sont formés en Suisse. Pour cet analyste, c'est cyclique: "Depuis dix ans, à peu près, nous sommes dans une phase qui marque plus la Suisse alémanique que la Suisse romande. Il y a une conjugaison de plusieurs facteurs et celui qui a le plus d'impact, c'est la démographie qui est en hausse. Si des familles s'implantent, ça a des effets sur le nombre de classes à ouvrir: il y a des questions de bâtiments, de locaux, il y a des questions de formation d'enseignants. Un autre facteur, c'est le vieillissement – mais qui est très différent selon les cantons – de la pyramide des âges des enseignants". Par ailleurs, selon ce spécialiste, le découpage du temps dans l'enseignement peut aussi accentuer la pénurie.

Ce qui pourrait aider à réduire la pénurie d'enseignants, c'est la mobilité, remarque Olivier Maradan. Mais il y a un "mais": "En tertiarisant la formation des enseignants, à partir du début de ce siècle – les premiers diplômés sont sortis en 2004 – ils ont un diplôme qui est non seulement reconnu dans toute la Suisse mais aussi dans toute l'Europe (...) La mobilité existe mais, très étonnamment, les enseignants travaillent plus volontiers dans leur région, assez massivement". Même si parfois, les salaires peuvent être concurrentiels entre les cantons.

sjaq