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Le patrimoine immobilier menacé par une loi "révolutionnaire" à Zoug

Ces immeubles de Cham ont été construits dans les années 1960. [Delphine Gendre - RTS]
Le patrimoine immobilier menacé par une loi "révolutionnaire" à Zoug / La Matinale / 3 min. / le 13 novembre 2018
Sous pression face à la situation tendue dans l'immobilier, le canton de Zoug s’apprête à assouplir sa loi sur la protection des monuments historiques. Certains parlent même de révolution.

Si elle est confirmée par le Parlement zougois, cette nouvelle loi fera figure de cas particulier en Suisse car elle donnera plus de poids aux propriétaires dans un canton où le taux de vacance immobilière est le plus bas de Suisse.

Elle prévoit notamment que les bâtiments de moins de 70 ans ne pourront plus être classés sans l'accord de leur propriétaire. La gauche et les milieux culturels, qui parlent de grave erreur, craignent que cela ne mette en péril tout un pan de constructions de l'après-guerre.

Immeubles d'importance historique à Cham

L'architecte Felix Koch est membre de la section zougoise de Patrimoine Suisse. [Delphine Gendre - RTS]L'architecte Felix Koch est membre de la section zougoise de Patrimoine Suisse. [Delphine Gendre - RTS]C'est le cas de certains immeubles construits dans les années 1960, à Cham. L'architecte Felix Koch, membre de la section zougoise de Patrimoine Suisse, en parle comme de témoins de l'Histoire. "C'est un complexe d'immeubles d'importance historique pour Zoug parce que ce sont les premiers immeubles de ce type-là construits dans le canton", dit-il. "Si on commence à les détruire, d'autres seront en danger."

Compte tenu de la forte demande en logements, les milieux immobiliers exercent une pression. Et les propriétaires de ces immeubles emblématiques pourraient décider de les raser pour construire des bâtiments encore plus rentables. Car "ces immeubles sont déjà très rentables", note Felix Koch. "On ne parle plus d'une "optimisation", dans ce cas, mais d'une "maximisation" du profit. A la fin, cette cupidité, elle va tout détruire."

"Les propriétaires ne pourront pas faire ce qu'ils veulent"

La droite, elle, défend au contraire une modification de loi qui donnera moins de poids au "Heimatschutz", tant décrié. "Je pense qu'on a essayé de faire une forme de protection qui est nouvelle en Suisse, c'est vraiment un peu révolutionnaire", souligne le député UDC Beat Sieber. "On a donné plus de poids aux propriétaires, mais ils ne peuvent pas faire ce qu'ils veulent. Ils peuvent expliquer leur intérêt mais, au final, c’est l’Etat qui dit ce qui doit être préservé ou non."

Le Grand Conseil zougois examinera cette nouvelle loi en janvier prochain. Le Parlement cantonal aura alors été renouvelé, mais les forces politiques resteront à peu de choses près les mêmes. La droite, favorable à l'assouplissement, sera toujours majoritaire. La gauche et les milieux proches du patrimoine, eux, promettent déjà de lancer un référendum.

Delphine Gendre/oang

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