Modifié le 30 octobre 2019 à 11:47

Opération antiterroriste de grande envergure menée dans trois cantons

C'est une opération antiterroriste sans précédent en Suisse. Une centaine de policiers ont perquisitionné en Suisse alémanique.
C'est une opération antiterroriste sans précédent en Suisse. Une centaine de policiers ont perquisitionné en Suisse alémanique. 19h30 / 2 min. / le 29 octobre 2019
Une vaste opération antiterroriste a été menée mardi dans les cantons de Zurich, Berne et Schaffhouse. Au total, onze perquisitions ont eu lieu lors de cette intervention pilotée par le Ministère public de la Confédération (MPC).

Une centaine d'agents de fedpol et des polices cantonales de Berne, Zurich et Schaffhouse ont été déployés, a précisé le MPC dans un communiqué. L'opération a été menée conjointement par le MPC, le Ministère public des mineurs de Winterthour et celui du canton de Berne.

Onze perquisitions ont été menées simultanément contre onze personnes, dont cinq adolescents. Quatre d'entre eux, âgés entre 15 et 17 ans, vivent dans le canton de Zurich. Le cinquième adolescent est établi dans le canton de Berne. Ils sont poursuivis par les Ministères publics des mineurs de Winterthour et de Berne tandis que le MPC mène des procédures pénales contre les six prévenus adultes.

>> Voir l'interview d'André Duvillard dans La Matinale:

Menace terroriste en Suisse: interview d’André Duvillard
L'invité-e d'actualité - Publié le 30 octobre 2019

Liens avec le groupe Etat islamique

Les faits exacts qui leur sont reprochés n'ont pas été précisés. Rien n'indiquait jusqu'à présent qu'"une action concrète était prévue en Suisse", écrit le MPC. "Les investigations en cours doivent clarifier le rôle et les intentions des onze prévenus", poursuit-il.

Mais comme un des adultes prévenus et certains des mineurs seraient originaires de Winterthour, il est impossible de ne pas penser à la Mosquée Al Nur autour de laquelle gravitait un réseau de jeunes radicalisés.

Concrètement, les onze personnes sont soupçonnées de violation de la loi interdisant les groupes Al-Qaïda et Etat islamique ainsi que de soutien et de participation à une organisation criminelle. L'un des six prévenus adultes est un djihadiste de retour qui a déjà fait l'objet en Suisse d'un jugement entré en force pour violation de la loi sur le groupe Etat islamique, précise le MPC.

Le procureur de la Confédération s'adressera au tribunal des mesures de contrainte compétent pour demander sa détention préventive ainsi que celle d'un autre prévenu. Tous deux restent en détention jusqu'à la décision finale du tribunal.

>> Interview de Tuncay Kaptan, co-président de l'association Tasamouh, dans Forum:

Opération antiterroriste de grande envergure menée dans trois cantons: interview de Tuncay Kaptan
Forum - Publié le 29 octobre 2019

Plusieurs personnes à risque

Vendredi dernier, le MPC a annoncé avoir déposé un acte d'accusation auprès du Tribunal pénal fédéral contre deux individus pour leurs liens présumés avec le groupe Etat islamique en Syrie. Il s'agit d'un double national suisse et italien domicilié à Winterthour et d'un ressortissant suisse et macédonien, établi à Frauenfeld.

En mai, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) recensait 66 personnes à risques pour la sécurité du pays, en raison de leurs activités ou motivations terroristes. Le service fédéral comptabilisait par ailleurs 92 voyageurs du djihad partis de Suisse. Sur ce nombre, 31 personnes détiennent la nationalité helvétique, dont 18 binationaux.

En septembre dernier, un double national s'est vu retirer pour la première fois la nationalité suisse. Il avait été condamné à une peine privative de liberté de plusieurs années pour avoir fait de la propagande et recruté des combattants en faveur d'une organisation terroriste islamiste. La semaine dernière, comme le révélait la RTS, une procédure similaire de retrait de la nationalité a été ouverte contre une Suissesse, également ressortissante française et tunisienne.

"La pointe de l'iceberg"

Pour Daniel Kinzer, avocat pénaliste, invité au 19h30, "Si vous n'êtes pas en train de préparer un attentat concret, on ne peut pas vous condamner. En revanche, au début d'une procédure pénale, on ne voit que la pointe de l'iceberg. Et donc, quelques indices peuvent suffire pour ouvrir une procédure pénale, faire des perquisitions, analyser les téléphones portables, ce qui peut révéler  à ce moment-là des préparatifs concrets".

L'homme de loi explique que l'état de droit veut que lorsqu'une peine a été effectuée, "vous êtes présumé avoir compris la leçon et donc remis en liberté. C'est le principe. Cela dit, aujourd'hui déjà, lorsqu'un auteur est dangereux, quand bien même il a purgé sa peine, il est possible de prévoir des mesures postérieures, par exemple un internement. Mais les conditions d'une telle mesure sont extrêmement restrictives et c'est la raison pour laquelle le Conseil fédéral a envoyé aujourd'hui au Parlement des projets de loi qui permettront, quand un terroriste doit purger sa peine, de le maintenir en détention en vue d'une expulsion par exemple", conclut Daniel Kinzer.

>> Regarder Daniel Kinzer, avocat, pénaliste: "Au début d'une procédure pénale on ne voit que la pointe de l'iceberg".

Daniel Kinzer "Au début d'une procédure pénale on ne voit que la pointe de l'iceberg."
19h30 - Publié le 29 octobre 2019
 

ats/gma

Publié le 29 octobre 2019 à 11:25 - Modifié le 30 octobre 2019 à 11:47