Petit catalogue des idées reçues sur les cantons romands

- Les Jurassiens? Polarisés par la rivalité entre Delémont et Porrentruy; les Vaudois? Vraiment des lambins; les Genevois? Des grandes gueules; les Neuchâtelois? Pas fichus de faire du bon vin; les Valaisans? Tous alcooliques; les Fribourgeois? Pas les mêmes des deux côtés du Röstigraben... Un petit catalogue des idées reçues sur les cantons romands, dans la lorgnette de Couleurs locales.

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Les Genevois, ces grandes gueules

Sympa bonnard, le G'nevois, son Jet d'eau, le siège de toutes les organisations internationales, la Cité de Calvin, la patrie de Jean-Jacques Rousseau...

Mais la République du bout du Lac de Genève est aussi la capitale des râleurs, des grandes gueules...

 

Faudrait surtout qu’ils fassent autre chose que nous emmerder avec leurs PV !

Un Genevois, mécontent, sur une archive de la RTS.

 

Laurent Nicolet, star de la Revue genevoise, en connaît un bout sur la question: "Moi je dis que c’est un peu le Parisien de la Suisse. Il a l'impression qu'il y a Genève et le reste du monde."

La proximité de la France n'est pas innocente dans ce caractère, estime l'humoriste.  Le Genevois, "c'est quelqu'un qui a des petites accointances avec la France parce qu'il a tendance un peu à être gueulard! A se rebeller, un peu moins ardemment que nos voisins".

La grande gueule incarnée

Marc Bonnant, Christian Luscher, Marc Rosset, des personnalités à la gouaille bien locale! Mais depuis une dizaine d’années, la grande gueule à Genève s'est incarnée en Eric Stauffer.

 

Le citoyen, il est pas content à Genève parce qu’il y a trop de circulation, trop de trafic de pendulaires, mais si on lui dit "faut laisser la voiture à la maison", il est pas content parce qu’il ne peut pas prendre sa voiture.

Eric Stauffer. député et président de "Genève en marche"

 

Pour le cofondateur du Mouvement citoyens genevois (MCG), dont il a démissionné en 2016, Genève est inimitabale. "Vous allez n'importe où dans le monde, Genève on sait que c'est en Suisse, on sait que c'est en Europe. Si vous allez parler de Nyon ou de Cully…"

Finalement, être Genevois, c'est peut-être avant tout un état d'esprit...

 

>> Le sujet dans Couleurs locales:

Les Genevois ont la réputation d'être arrogants
Couleurs locales - Publié le 16 novembre 2017

 

 

 

 

 

Les Vaudois, tellement lents

Si lents, les Vaudois? Sur l'autoroute, quand ils parlent, quand il s'agit de construire une amitié, le Vaudois n'est pas bien rapide.

Pour le chroniqueur sur Couleur 3 Yann Marguet, "c'est les syllabes qui traînent, c'est la grande importance du circonflexe. J'ai l'impression, bah ça traîne, on mâche pas, on mâaaaaaache".

 

Dans l'imagerie de nos voisins français, un Suisse c'est un Vaudois, il est lent, il est benêt et puis il parle comme çaaaaaaaaa.

Yann Marguet, humoriste et animateur sur Couleur 3

Un caractère hérité du passé

Un trait de caractère qui vient du passé. Dès le 19ème siècle, la littérature vaudoise se penche sur ce thème. Juste Olivier, Edmond Rossier, Jean Villard-Gilles ou encore Jacques Chessex ont écrit à ce sujet.

L'historien Laurent Flütsch explique que certains disent que ces traits de caractère vaudois, qui utilisent le demi-mot, qui joue les balourds tout en étant extrêmement rusé, viendraient de l'occupation bernoise sous l'Ancien Régime.

Alors la lenteur vaudoise, idée reçue ou pas ? Finalement les clichés ne peuvent exister que s'ils sont alimentés. C'est peut-être que les Vaudois y sont attachés!

>> Le sujet dans Couleurs locales:

Série clichés: Yannick Bacher s'interroge sur la prétendue lenteur des Vaudois
Couleurs locales - Publié le 15 novembre 2017
 

 

 

 

 

 

Tous alcooliques, ces Valaisans?

Le Valais, sa foire à Martigny, ses vins, ses apéros... un véritable sacerdoce dans le Vieux Pays que ce culte du verre partagé, entre amis, à toutes les occasions... Un rapport à l'alcool avant tout culturel.

 

Le vin valaisan est tout aussi religieux qu’épicurien. Il se marie avec les mariages et les enterrements. Avec les douleurs et avec les souffrances. C’est un libérateur d’âme. On exprime dans le vin ce qu’on ne dirait jamais à jeun. On est quand même dans un pays de silence.

Découverte de la Suisse, juin 1965

 

Une consommation qui ne se distingue pas

Pour le sociologue Gabriel Bender, le Valais ne se distingue pas par une consommation immodérée. Il rappelle que pour le poète et chanteur vaudois Gilles, c'est les Vaudois qui boivent comme des trous.

"Si vous rencontrez trois Valaisans sobres, vous allez oublier, par contre si vous en rencontrez deux qui font la fête vous vous direz 'c'est la preuve'", explique Gabriel Bender. "C'est ça la fonction des idées reçues, c'est de se simplifier la vie."

 

Je suis issu d’une famille de vignerons encaveurs, c’est vrai qu’on a toujours eu l’habitude de partager un moment de convivialité autour d’un verre de vin.

Un Valaisan au marché de Sion

 

>> Le sujet dans Couleurs locales:

Idées reçues: les Valaisans et l'alcool
Couleurs locales - Publié le 14 novembre 2017

 

 

 

 

 

Dans le Jura, la rivalité entre Delémont et Porrentruy

Entourées de verdure, avec une vieille-ville colorée et chacune avec son château... mais pourtant, Porrentruy et Delémont se regardent un peu en chiens de faïence de part et d'autre du Col des Rangiers...

Entre Vadais, les habitants de la vallée de Delémont, et Ajoulots, c’est un peu l’amour vache.

 

L'Ajoulot est râleur, chialeur, mais il a aussi de l'empathie.

Claude Schlüchter, député PS, Delémont

 

Un sentiment qui s’explique en partie par cette montagne, frontière naturelle entre les deux régions. Les tunnels autoroutiers, ouverts en 1998, ont permis de faire tomber cette barrière, reste encore à changer les mentalités…

 

La plus belle chose qu'il y a à Delémont, c'est le panneau "la sortie", direction Porrentruy.

Yves Gigon, député PDC, Courgenay

 

Même la météo est source de chamaillerie. Le soleil serait, paraît-t-il, plus généreux à Porrentruy qu’à Delémont...

 

>> Le sujet dans Couleurs locales:

Série clichés: la relation compliquée entre Delémont et Porrentruy décryptée
Couleurs locales - Publié le 13 novembre 2017

 

 

 

 

 

Les Fribourgeois, de part et d'autre du Roestigraben

"Les bourbines, suisse-toto, c’est des animaux ça ! Cracheurs de gravier ouais. Ils parlent avec une langue des animaux. Le suisse allemand est pas une langue qu’on pourrait trouver jolie de prime abord comme ça."

Les qualificatifs ne manquent pas pour parler de nos voisins suisse-allemands. Pour ces collégiens d’une classe bilingue, le Roestigraben s'observe d'abord à l'école.

 

 

Si dans les couloirs y a quelqu’un qui crie c’est presque toujours un francophone.

Un collégien fribourgeois

 

"Dans la classe, y avait vraiment tous les Suisses allemands qui se mettaient devant, qui se tenaient droit et qui prenaient des notes et pis derrière y avait les francophones étalés sur leur bureau", expliquent en riant ces collégiens fribourgeois.

Mais au fait, d’où vient ce mot, Roestigraben?

"Graben c’est la fosse. C’est la Sarine, non? Les roestis moi je dirais c’est quelque chose qui est plus du côté suisse-allemand. Un repas! Ben une sorte de frontière entre la Suisse romande et la Suisse allemande."

Christian Schmutz, auteur et dialectologue singinois, explique que si la frontière est bien une histoire de cuisine, elle se situait bien plus à l'est qu'actuellement. "Dans la partie ouest, Suisse romande incluse, on mangeait des pommes de terre pour le petit-déjeuner, et à l’est c’était plutôt du maïs ou une purée de céréales."

Une frontière qui s’est déplacée depuis la votation sur l’Espace économique européen en 1992. Le Roestigraben symbolise depuis lors l’opposition politique entre Romands et Suisses-allemands, un fossé de roesti qu'occupe paisiblement la Sarine.

 

>> Le sujet dans Couleurs locales:

Le Roestigraben ne signifie pas la même chose pour tout le monde
Couleurs locales - Publié le 17 novembre 2017

 

 

 

 

 

Les Neuchâtelois, incapables de faire du bon vin?

Connu aujourd'hui pour ses pinot noir ou ses oeil-de-perdrix, le canton de Neuchâtel a longtemps traîné une mauvaise réputation pour ses vins. "Cela fait au moins 15 ans que je n'ai pas entendu ce cliché", insiste Thierry Grosjean, propriétaire-encaveur des Caves du château d'Auvernier.

L'ancien conseiller d'Etat souligne par ailleurs le nombre de prix que remportent les vins de son canton: "En pourcentage, nous faisons mieux que certaines régions." Au palmarès du dernier Grand prix du vin suisse, cinq médailles ont été décernées à des produits neuchâtelois, dont les trois premiers prix de la catégorie "rosés et blancs de noirs". Cela représente un prix pour 12 caves (le canton en compte une soixantaine). A titre de comparaison, le Valais, qui compte 361 caves, a remporté 14 prix, soit un pour 26.

 

La mauvaise réputation du vin neuchâtelois? Cela fait au moins quinze ans que je n'ai plus entendu ce cliché

Thierry Grosjean

 

De la nécessité au plaisir

Thierry Grosjean note une amélioration de la qualité du vin qui, affirme-t-il, ne s'applique pas seulement à Neuchâtel. "On a beaucoup médit sur les bourgogne par exemple... Ce cliché du mauvais vin remonte à l'époque où celui-ci était consommé de manière alimentaire. L'eau n'était pas toujours d'une hygiène irréprochable et on la coupait parfois avec du vin. Mais, aujourd'hui, ce dernier occupe une autre fonction, celle de plaisir. Les écoles et les formations dans ce domaine ont évolué, et on a beaucoup approfondi nos connaissances à propos de nos terroirs."

Il rappelle également que, durant la seconde moitié du XIXe et le début du XXe siècles, Neuchâtel a privilégié l'industrie à ses vignes: "De nombreuses parcelles ont été supprimées dans le Haut du canton". A en croire Thierry Grosjean, la qualité des vins neuchâtelois dépassent aujourd'hui les frontières cantonales: "L'un des principaux acheteurs de mes oeil-de-perdrix est le canton de Vaud." Santé!

 

 

 

 

 

Le Jura bernois, paradis des sectes?

Au niveau confessionnel, le Jura bernois est protestant, même si les catholiques sont bien présents en plusieurs endroits, comme à Saint-Imier ou encore à Moutier, deux villes qui possèdent leur propre église catholique. Mais pour beaucoup, le Jura bernois est considéré comme le berceau des églises évangéliques. Et force est d'admettre que c’est bien vrai!

Que ce soit dans le vallon de Saint-Imier, la vallée de Tavannes, le Plateau de Diesse, en Prévôté ou encore à Tramelan, les églises évangéliques ont pignon sur rue. Il y a une vingtaine d’années, un grand journal français avait d’ailleurs qualifié la cité de Virgile Rossel de capitale mondiale des églises évangéliques.

La région compte ainsi une bonne trentaine d'églises évangéliques, estiment certains connaisseurs de ce milieu. Parmi eux, on retrouve les mennonites - qui ont par exemple investi plus de cinq millions de francs dans une nouvelle église à Tavannes -, les baptistes, les Frères, l'Alliance biblique, le Roc, la Fraternité chrétienne, l'Abri, Free, église néobaptiste, etc.

Beaucoup considèrent ces églises comme des sectes ou des mouvements de supposée doctrine sectaire, péchant probablement par une mauvaise interprétation du mot "secte" contenu dans les différents dictionnaires.

Les églises évangéliques sont-elles alors des mouvements sectaires? Non, répondent ces églises qui se démarquent des églises dites traditionnelles (réformée et catholique) par le fait qu'elles pratiquent le baptême à l’âge adulte. Ces églises sont vivantes et ont tendance à voir leur nombre d’adeptes augmenter, alors que les églises protestantes et catholiques sont vieillissantes et se vident peu à peu.

 

 

Crédits

Réalisation TV: Jérémie Henriod, Fabienne Pambianco Carella, Yannick Bacher, Flore Dussex, Matthieu Fournier

Réalisation web: Eric Butticaz et Mathieu Henderson