Modifié le 20 mars 2017

Manque de stratégie concertée en Suisse pour les gens du voyage étrangers

Des caravanes de gens du voyage (image d'illustration).
Il manque des aires de transit pour les gens du voyage selon l’Office fédéral de la Culture Le Journal du matin / 3 min. / le 20 mars 2017
La problématique des aires de transit pour les gens du voyage étrangers nécessite une concertation entre Confédération et cantons. Chaque région établit en attendant sa propre stratégie, en concurrence avec les autres.

Dans un constat dressé à fin 2016, l'Office fédéral de la culture (OFC) soulignait qu'il manque toujours une dizaine d'aires en Suisse et pressait Confédération et cantons à collaborer entre eux pour trouver des solutions.

Concurrence tarifaire entre cantons

L'exemple de Neuchâtel, qui a dévoilé début mars sa stratégie, montre l'absence d'harmonisation - principalement au niveau de l'accès aux lieux de stationnements. Car si le canton a décidé de rouvrir son unique aire de transit pour les gens du voyage étrangers, ceux-ci devront payer plus cher leur place: 20 francs par nuit et 100 francs de caution par tranche de dix jours. C'est plus que ce que demandent les cantons de Vaud et de Fribourg.

"On peut imaginer que les gens du voyage ne vont pas manquer de contester le montant en argumentant que c'est moins cher dans les autres cantons" reconnaît Georges-André Lozouet, chargé de communication au sein de la Police cantonale neuchâteloise. "Mais ce sont des frais qui ont été calculés sur les dépenses de l'Etat liées à la remise en état, on n'arrivera pas à y déroger."

C'est donc le prix qui pourrait dissuader certains convois à s'installer dans la région. Faute de collaboration entre les cantons, chacun pose ses propres règles et les convois étrangers s'installent en fonction de ce qui semble être le plus attractif.

Fribourg a pâti des nouvelles règles vaudoises

Les Fribourgeois en ont fait l'expérience lorsque le canton de Vaud a décidé de durcir ses règles. "Les directives cantonales vaudoises étaient effectivement beaucoup plus strictes dans la mesure où il y avait la possibilité pour les responsables vaudois de faire évacuer un camp", constate le préfet de la Gruyère Patrice Borcard. "Et donc, à partir de là, la plupart des caravanes transitaient par le canton de Fribourg."

Le canton a donc serré la vis en instaurant une durée d'installation limitée à cinq jours, contre sept dans le canton de Vaud, et un prix de 15 francs par nuit et par caravane. Résultat: l'année dernière, le nombre de convois a diminué de moitié.

Pas de solution concertée à court terme

Les discussions entre les cantons, mais aussi avec la Confédération sont amorcées, mais encore faut-il se mettre d'accord sur l'endroit, le financement et les processus d'aménagement du territoire. A l'échelon romand, Neuchâtel, Vaud, Fribourg et Berne cherchent une solution supra-cantonale pour installer une aire de transit officielle suffisamment grande afin d'y loger un maximum de personnes.

"Ce sont des problèmes que l'on peut seulement résoudre ensemble", note le conseiller d'Etat bernois en charge du dossier Christoph Neuhaus. "On va trouver une solution, pas aujourd'hui ou demain, mais après-demain."

Il faudra patienter effectivement encore cinq à six ans selon les estimations - un laps de temps durant lequel les cantons risquent de continuer à appliquer leurs propres règles.

Coraline Pauchard/oang

Publié le 20 mars 2017 - Modifié le 20 mars 2017

Aires de transit: le nombre de places recensées en Suisse

Martigny (VS): 40 places disponibles
Rennaz (VD): 45 places disponibles
Pré-Raguel (NE): aire de transit provisoire (jusqu’à 2018). Une soixantaine de places disponibles
En cours: La Joux-des-Ponts (Sâles/FR), avec un nombre de places en discussion

Les objectifs au niveau national (selon les recommandations de l'Office fédéral de la culture) sont une dizaine d’aires de transit sur l'ensemble des 26 cantons.