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Mireille Ducret, exploitante: "Toute l'agriculture souffre de la sécheresse"

L'invitée de La Matinale (vidéo) - Mireille Ducret, présidente de l’association des paysannes vaudoises [RTS]
L'invitée de La Matinale (vidéo) - Mireille Ducret, présidente de l’association des paysannes vaudoises / L'invité-e de La Matinale (en vidéo) / 16 min. / le 28 juillet 2022
L'été sec et caniculaire met à mal les exploitations agricoles. Face à un climat qui se réchauffe, elles doivent impérativement modifier leurs habitudes et évoluer vers des cultures plus adaptées, explique dans La Matinale Mireille Ducret, présidente de l’Association des paysannes vaudoises.

La France a annoncé mercredi avoir enregistré le mois de juillet le plus sec depuis 1959. Et la situation est similaire en Suisse, avec les mêmes conséquences.

"On est dans les mêmes constats", confirme Mireille Ducret, présidente de l’Association des paysannes vaudoises (APV), jeudi dans La Matinale de la RTS. "Dans le monde agricole, on a tendance à dire que le mauvais temps, c'est le même temps trop longtemps. Vous dites vous réjouir de la météo de lundi qui sera la même qu'actuellement, mais pour nous ce n'est absolument pas le cas", souligne-t-elle en faisant allusion aux prévisions météo données dans les journaux d'information.

La sécheresse actuelle influe sur toute la nature, poursuit cette exploitante agricole d'Ecublens (VD). "La photographie de cette fin juillet 2022 est que tout le vivant souffre".

"Même les corneilles souffrent"

"Chez nous, et c'est assez symptomatique", illustre Mireille Ducret, "même les corneilles - pour lesquelles je n'ai pas beaucoup d'amitié, parce que ce sont surtout des vandales dans les cultures - se posent sous les arrosages, le bec grand ouvert, pour happer quelques gouttes d'eau. Donc tous les secteurs de l'agriculture souffrent de cette sécheresse".

L'agriculture doit s'adapter et les mutations sont déjà en cours. "Je sais qu'on va vers des périodes de canicule récurrentes. Et on réfléchit à des cultures moins gourmandes en eau, à des systèmes d'irrigation à la fois plus économes en eau et plus ciblés", relève la présidente des paysannes vaudoises.

"Un gros sujet de réflexion au quotidien"

Il s'agit notamment d'arroser la nuit ou très tôt le matin, de façon à diminuer au maximum l'évaporation. "On met en place des productions qui permettent un arrosage au goutte-à-goutte", précise Mireille Ducret qui donne comme exemples les courges, courgettes, tomates, haricots, poivrons, melons, cornichons. "Et on va essayer d'étendre cette façon de faire, de manière très ciblée, à d'autres cultures également. On y réfléchit vraiment au quotidien, c'est un gros sujet de réflexion".

Il faut également renoncer à certaines cultures. "Sur notre exploitation, cela fait quelques années qu'on ne cultive plus du fenouil en été, par exemple", souligne l'exploitante. "C'est un légume très gourmand en eau, qui n'aime pas les gros coups de chaud. Cela devient très difficile à notre altitude d'en cultiver. Ces vagues de chaleur intense rendent certaines cultures beaucoup plus compliquées".

Penser à des cultures plus résistantes fait partie de la recherche en agronomie, ajoute-t-elle.

Des pastèques "de la région"

Exemple d'une mutation possible aujourd'hui en Suisse: les pastèques et les melons, d'habitude importés, sont désormais aussi cultivés à petites doses dans les champs helvétiques. C'est le cas au Domaine des Loveresses à Yens, au-dessus de Morges (VD).

>> Le reportage de Martine Clerc au Domaine des Loveresses:

Il est possible de cultiver des pastèques en Suisse. [RTS]RTS
Agriculture et sécheresse: reportage au Domaine des Loveresses à Yens / La Matinale / 1 min. / le 28 juillet 2022

Le responsable du domaine, Philippe Cornu, souligne que le changement climatique a un impact sur le choix de ses variétés de fruits et légumes.

>> L'interview de Philippe Cornu:

Philippe Cornu dans son champ de pastèques à Yens (VD). [Martine Clerc - RTS]Martine Clerc - RTS
Agriculture suisse et climat: interview de Philippe Cornu / La Matinale / 53 sec. / le 28 juillet 2022

Le rôle des consommateurs et de la distribution

Et si le changement climatique impose des choix aux agriculteurs et agricultrices, la population, elle, doit aussi faire sa part et faire des choix dans sa manière de se nourrir.

Et un maillon, en milieu de chaîne, joue un rôle capital. "Les choix sont faits aussi par la grande distribution, qui ne nous permet pas, justement, de faire certains choix puisqu'on trouve de tout en tout temps [dans les magasins]", déplore Mireille Ducret. Or, "il est important de pouvoir manger local, de saison".

Propos recueillis par Aleksandra Planinic/oang

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