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"Les jeunes activistes du climat ont raison", clament des scientifiques

Bertrand Kiefer réagit à la tribune en faveur des activistes du climat parue dans 24 heures (vidéo) [RTS]
Bertrand Kiefer réagit à la tribune en faveur des activistes du climat parue dans 24 heures (vidéo) / La Matinale / 8 min. / le 22 novembre 2021
Alors que commence lundi le procès de 13 militants du climat, six scientifiques voulaient témoigner en leur faveur, mais le juge a refusé de les entendre. "Les jeunes ont raison", clame le médecin Bertrand Kiefer.

Les six scientifiques qui voulaient témoigner en faveur des activistes, jugés pour avoir occupé en 2019 le siège des Retraites Populaires, à Lausanne, reviennent à la charge et s'offrent une pleine page dans le quotidien 24 heures. "Monsieur le juge, l’action des jeunes aux Retraites Populaires était nécessaire", peut-on lire lundi dans 24 heures.

Une pleine page publicitaire, signée par ces scientifiques, qui sont climatologues ou professeurs à l’EPFZ, à l’Université de Lausanne ou de Neuchâtel. Et ils et elles dénoncent l’ampleur de la crise climatique, la "faiblesse" des actions entreprises et l’"importance des mouvements sociaux". Cette tribune payante est aussi cosignée par Greenpeace, la Grève du Climat ou encore Extinction Rebellion.

Action choc

Une action choc pour ce premier jour de procès, où ces six personnes n’ont pas été admises comme témoin à décharge des jeunes militants qui comparaissent dès ce lundi. Une action également inhabituelle, où le monde scientifique défie l’ordre judiciaire, avec le sentiment de ne pas être entendu. L’annonce se termine d’ailleurs sur cette phrase: "Quand un tribunal écoute les scientifiques, il acquitte".

Selon les informations de la RTS, la publication de cette page a coûté 7500 francs.

"Ces jeunes ont raison"

"Ce genre de procès ne doivent pas avoir lieu à huis clos", a justifié dans La Matinale de la RTS Bertrand Kiefer, médecin et rédacteur en chef de la Revue médicale Suisse, cosignataire de cet appel. "Il y a urgence climatique, et cette urgence se fonde vraiment sur un savoir scientifique très fort".

"Ces jeunes sont du côté des scientifiques. Il est donc vraiment important pour les scientifiques de venir dire: 'Nous sommes avec ces jeunes, ils ont raison'", poursuit Bertrand Kiefer. A ses yeux, les "vieux", les personnes implantées dans la société, sont au contraire dans un rêve que tout peut continuer comme avant et qu'il n'y a pas d'urgence.

Soutenir la désobéissance civile

Pour Bertrand Kiefer, soutenir la désobéissance est aussi le rôle des scientifiques, car une démocratie, ce n'est pas seulement des votations ou des Parlements, mais c'est aussi des débats de société. "Et là, ces jeunes se rendent compte que l'avenir est extrêmement impacté et que l'urgence climatique n'a pas encore été décrétée par le Conseil fédéral. Personne n'en prend vraiment la mesure chez nous".

Et le médecin de souligner que "recourir à des manifestations, même non autorisées, est reconnu comme moyen démocratique par des tas d'instances", car ces jeunes activistes "ne descendent pas dans la rue pour revendiquer des avantages sectoriels ou une augmentation de leurs salaires, mais uniquement pour le bien de l'humanité", insiste Bertrand Kiefer. "En occupant les Retraites Populaires, les manifestants voulaient dénoncer les investissements de la société de prévoyance professionnelle et d’assurance vie dans les énergies fossiles."

Conséquences sur la santé

Les conséquences du réchauffement climatique sur la santé s'observent déjà dans de nombreux endroits dans le monde, y compris chez nous, et elles vont croître extrêmement vite, explique Bertrand Kiefer. "C'est aussi pourquoi nous nous mouillons là-dedans".

Et de citer par exemple les canicules, qui touchent d'abord les personnes fragiles, ou les sécheresses et les inondations, ou encore les maladies infectieuses transmises par des insectes ou favorisées par la chaleur. Bertrand Kiefer met aussi le doigt sur les maladies émergentes, "dont le Covid fait partie. Et il n'est certainement pas la dernière de ces maladies émergentes, parce que les écosystèmes sont profondément dérangés".

Sujets radio: Valérie Hauert et Célia Bertholet

Adaptation web: Jean-Philippe Rutz

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