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Grève chez Smood: les livreurs décrivent des conditions de travail difficiles

Des salariés de Smood manifestent lors d'une action le jeudi 11 novembre 2021 à Lausanne.  [Jean-Christophe Bott - Keystone]
Livreuses et livreurs de Smood en grève / On en parle / 9 min. / le 17 novembre 2021
Depuis le début du mois de novembre 2021, des employés et employées de l'entreprise de livraison de repas à domicile Smood sont en grève dans huit villes de Suisse romande. L'un d'eux a témoigné de la réalité de son travail dans l'émission On en parle.

"Quand vous allez passer votre commande sur la plateforme, par téléphone ou peu importe, elle sera immédiatement envoyée au bureau du back office Smood", a expliqué à On en parle Farès Doudouhi, livreur pour Smood et délégué syndical pour la Riviera vaudoise et Lausanne.

Après avoir vérifié que la commande a bien été payée, le back office l'envoie au restaurant qui va préparer le plat. Le livreur reçoit ensuite une notification environ 10 à 15 minutes avant l'heure de livraison sur son téléphone avec les informations concernant le restaurant, le plat et le client. La commande est attribuée au "livreur le plus proche, le plus disponible et le moins chargé […] pour faire le plus rapidement possible".

Des pourboires justement redistribués?

Les livreurs et livreuses touchent-ils réellement les pourboires versés électroniquement par la clientèle? "Non, pas du tout" répond Farès Doudouhi. "J'ai souvent eu des clients qui m'ont dit 'je vous ai mis un petit pourboire' et j'ai dit 'ah bon?'. Je ne savais pas parce qu'on n'a aucune notification […], on n'en sait rien."

Sur sa feuille de salaire de janvier dernier, un mois où il a travaillé presque 9 à 10 heures par jour, 5 jours sur 7, ses pourboires s'élevaient à 14 francs, "alors que, normalement, cash t'encaisses 50, 60, 70, 80 francs". Où est passé le reste de l'argent? "Avec tous les livreurs, on s'est dit, là, ils nous ont… ils se sont bien servis". Farès Doudouhi engage la clientèle à donner les pourboires de main à main au lieu de le faire électroniquement.

Restaurants lents pénalisés et livreurs notés

Si un restaurant met trop de temps à préparer une commande, ce retard ne retombe pas sur les livreurs et livreuses "parce que Smood a mis en place un système de "pénalités" pour les restaurants". Un système "plus ou moins équitable", selon Farès Doudouhi.

Les livreurs et livreuses Smood sont notés par le client: "on a un classement dans leur base de données, de 1 à 100. Si tu es un vraiment bon livreur, tu fais le plus rapidement possible, tu as 100". Une mauvaise note n'aura pas de répercussion directe, mais pour Farès Doudouhi, elle pourra avoir une influence négative sur le futur de l'employé dans la société.

Matériel et véhicule aux frais du personnel

L'équipement, vêtements et sac cubique "est à nous mais sans être à nous". Smood prélève en effet une caution de 200 francs à ses livreurs pour ce matériel. Pour l'invité d'On en parle, la mise en place de ce système suite à de nombreux vols de sacs et de vestes est une démarche compréhensible.

Quant au véhicule, "je fais avec mon véhicule privé, essence à ma charge, réparation à mes frais". En tant qu'un des plus anciens livreurs de la région Vevey-Montreux, Farès Doudouhi a demandé à plusieurs reprises une petite Smart aux couleurs de Smood. Mais il a vu sa demande systématiquement refusée. Il dénonce des critères d'attribution opaques.

Sujet radio: Théo Chavaillaz, Bastien von Wyss et Philippe Girard

Adaptation web: Sylvie Ravussin

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La réaction de Smood aux critiques d'Unia

Les grévistes de Smood dénoncent leurs conditions de travail, notamment les rémunérations. D'après une évaluation d'Unia, le salaire de 19 francs annoncé par Smood ne se monte qu'à 15,40 francs l'heure, une fois pris en compte tous les frais à charge des livreuses et livreurs, spécialement ceux des véhicules privés utilisés pour les livraisons.

La rédaction d'On en parle a contacté Smood afin de connaître sa position face aux reproches d'Unia et a reçu une réponse écrite dont voici des extraits: "Il semble qu'Unia ait dit à la presse beaucoup de contre-vérités sur Smood et nos activités". La société a travaillé avec Syndicom afin de développer une convention collective de travail pour le secteur de la livraison. Elle "déplore les méthodes d'Unia, qui visent à déstabiliser plutôt qu'à engager un changement social".

Smood laisse aussi entendre que d'autres améliorations des conditions de travail sont possibles, mais à condition que les autorités et les syndicats les fassent appliquer à l'ensemble du secteur. 

Interpellée sur la question des pourboires, Smood répond que 100% des pourboires vont à leurs employés.