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Des transports publics gratuits ne diminuent pas forcément la pollution

Zoom (vidéo) - Rendre les transports publics gratuits en Suisse Romande [RTS]
Zoom (vidéo) - Rendre les transports publics gratuits en Suisse Romande / RTSreligion / 2 min. / le 25 août 2021
L'idée d'une gratuité des transports publics se répand en Suisse romande. Au-delà de l'aspect social, l'un des arguments avancés est l'écologie. Mais favoriser ce mode de déplacement ne diminue pas forcément la pollution.

Des initiatives populaires en faveur d'une gratuité des transports publics ont été lancées à Fribourg et à Neuchâtel. Et mardi, la récolte des signatures a débuté dans le canton de Vaud.

>> Lire: L'initiative vaudoise pour la gratuité des transports publics est lancée

Pour évaluer l'évolution de la pollution atmosphérique en lien avec cette gratuité, il s'agit d'abord de savoir qui se rabat sur les transports publics dans ce cas de figure.

S'il s'agit des automobilistes, on a effectivement une baisse des émissions de CO2. Mais s'il s'agit de piétons ou de cyclistes, ces émissions augmentent. Il ne sert en effet pas à grand-chose de remplir davantage les bus s'il y a toujours autant de voitures sur les routes.

La gratuité attire surtout les cyclistes

Frédéric Héran a étudié le cas de la ville de Dunkerque, dans le nord de la France, qui a rendu ses transports publics gratuits en 2018. Interrogé mercredi dans La Matinale de la RTS, cet économiste des transports et urbaniste à l'Université de Lille conclut que la mesure n'a pas un très grand effet sur les automobilistes.

"Les cyclistes sont ceux qui sont le plus attirés par les transports publics", souligne-t-il. "A Dunkerque, par exemple, où tous les calculs ont été faits, on a une baisse de 12% de la part modale des déplacements à vélo à cause de la gratuité des transports publics, une baisse d'à peu près 3% des déplacements à pied et d'à peu près 3% aussi des déplacements en voiture".

Le constat de Frédéric Héran est clair: rendre les transports publics gratuits n'a pas ou que très peu d'impact positif sur l'environnement.

Le choix des automobilistes lié aux contraintes

Pour encourager les automobilistes à abandonner la voiture, il faut des contraintes et de bonnes dessertes. Les spécialistes en mobilité sont assez unanimes sur la question. Cela peut être la suppression de places de parc, par exemple.

Il faut aussi développer l'offre de transports publics. Ceux-ci doivent être fréquents, arriver à l'heure et rouler dès tôt le matin jusqu'à tard le soir. Ces mesures seraient plus efficaces que la gratuité pour remplir les transports publics d'ex-automobilistes.

Le financement public en question

Mais cela coûte cher. Chaque nouvelle desserte est un investissement de la part des collectivités publiques. Et rendre les transports publics gratuits dans le canton de Vaud coûterait entre 300 et 350 millions de francs par année. Cela correspond à 3% du budget actuel de l'Etat de Vaud. Et il n'est pas forcément facile de trouver l'argent pour financer le développement de l'offre et la gratuité en même temps.

Philéas Authier/oang

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