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"Si tu ne pars pas, tu peux mourir": quand la violence conjugale touche les seniors

Un couple de seniors se promène sur la Sechseläutenplatz face à l’opéra de Zurich (image d'illustration). [Dominic Steinmann - Keystone]
Un couple de seniors se promène sur la Sechseläutenplatz face à l’opéra de Zurich (image d'illustration). [Dominic Steinmann - Keystone]
Souvent passée sous silence, la violence conjugale concerne pourtant aussi les personnes âgées. Les femmes en sont majoritairement victimes. La RTS a recueilli le témoignage d'une septuagénaire qui a vécu trois ans d'enfer.

Si la violence conjugale est taboue en soi, la violence conjugale au sein des couples âgés est un tabou dans le tabou. Difficile d'en estimer l'ampleur, puisqu'aucune statistique n'existe passé l’âge de 70 ans.

Les victimes sont souvent très discrètes et les plaintes rares. Pour les professionnels, l’isolement des aînés, la dépendance financière ou encore la peur du regard des autres pourraient expliquer cet état de fait.

Pourtant le phénomène est bien réel; une journée d’étude y a d'ailleurs été consacrée au mois de janvier à Lausanne. On y apprenait notamment que la violence contre les hommes augmente avec l’âge mais que, même après 65 ans, les femmes restent majoritairement victimes.

Une violence psychologique commence. Et après, tout à coup, une claque arrive pour une raison complètement inconnue.

Victime de violences conjugales à la soixantaine

La RTS a pu rencontrer l’une de ces femmes chez elle. Aujourd'hui âgée de 70 ans, elle raconte son histoire -sous couvert d'anonymat- pour libérer la parole et faire évoluer les choses.

>> Ecouter son témoignage:

Ici la Suisse.
Ici la Suisse - La violence conjugale chez les séniors est encore un grand tabou / La Matinale / 5 min. / le 5 mars 2020
 

Son ex-mari et agresseur, elle le rencontre à l'âge de 63 ans. "Ça a commencé comme une histoire d'amour normale", se souvient-elle. "Il était très gentil, attentionné (...). Lui veuf, moi divorcée, je me disais qu'un nouveau départ dans la vie pouvait être possible."

Son compagnon insiste pour qu'ils se marient. Et c'est à partir de là que les choses commencent à prendre une autre tournure. Une violence psychologique s'installe dans un premier temps: peu à peu, elle est coupée de ses amis et de ses centres d'intérêt. "Et après, tout à coup, une claque arrive pour une raison complètement inconnue".

Trois ans d'enfer vont s'ensuivre. "Quand on reçoit des coups, on est un peu anesthésié parce qu'on est surpris", décrypte-t-elle. "On est dans un autre monde, (...) on n'arrive plus à se rendre compte que ça nous arrive vraiment". La septuagénaire compile par écrit tous les coups reçus dans un agenda. "C'était pour moi un exutoire", confie-t-elle.

Le déclic pour partir, "l'effet psychologique de révolte", survient après une énième violence dans la chambre conjugale, après que son conjoint lui a mis un oreiller sur la tête pour étouffer ses cris. "Je me suis dit 'si tu ne pars pas, tu peux mourir'", raconte-t-elle.

Elle estime qu'être indépendante financièrement a été sa chance. En 2017, son ex-mari est condamné pour lésions corporelles et injures.

Un début de sensibilisation

Interrogée par la RTS, la présidente de la Société suisse de gérontologie Delphine Roulet Schwaab souligne l'absence d'initiatives pour sortir de l’ombre ces seniors victimes de violences.

Les professionnels du secteur commencent tout juste à être sensibilisés à la question, mais les médecins de famille ont un rôle très important a jouer pour repérer les situations problématiques, estime-t-elle.

Pour Delphine Roulet Schwaab, il faudrait aussi travailler sur la communication avec des campagnes ciblées via internet, mais aussi dans certains lieux comme les pharmacies ou les transports publics.

Virginie Gerhard / ptur

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