Modifié le 15 mai 2019 à 11:44

Le manque de structures romandes pour délinquants mineurs dénoncé

Le centre de Pramont est la seule structure de ce type en Suisse romande.
Manque de foyers fermés en Suisse romande pour prendre en charge les délinquants mineurs. 19h30 / 2 min. / le 14 mai 2019
Le seul foyer fermé pour mineurs délinquants en Suisse romande s'avère insuffisant pour répondre à la demande. Les juges des mineurs et plusieurs députés romands dénoncent le manque de structures de réinsertion.

Le Centre éducatif fermé de Pramont, en Valais, accueille des mineurs qui ont commis une grosse infraction pénale. Ce foyer fermé a pour but leur réinsertion, mais il ne s'agit pas d'une prison: les jeunes ne savent pas quand ils quitteront ses murs.

"En prison, tu fais ton temps, tu ne dois rien à personne, le jour où tu sors tu sors, que tu aies travaillé ou pas que tu aies évolué ou pas", constate l'un d'entre eux dans le 19h30. "Ici, pour sortir, il y a des conditions. Il faut avoir fait une formation, un suivi thérapeutique... Il y a plein de trucs."

Le centre de Pramont est la seule structure de ce type en Suisse romande. Elle dispose de 24 places, réservées aux garçons, et c'est largement insuffisant. D’après les juges des mineurs romands, il manque en Suisse romande entre 15 et 20 places pour garçons et huit places pour filles.

"Des petites bombes à retardement en liberté"

La situation est donc critique. "Si on ne trouve pas de places pour contenir ces jeunes, nous avons des petites bombes à retardement en liberté", avertit Fabienne Proz-Jeanneret, présidente de l'Association latine des juges des mineurs. "Chaque juge doit essayer de trouver une solution individuelle au cas par cas, qui ne peut être satisfaisante puisque l’établissement n’existe pas."

Le code pénal des mineurs a changé en 2007 et les cantons avaient dix ans pour mettre en place les structures nécessaires. Mais aujourd’hui encore, elles sont insuffisantes en Suisse romande. La commission interparlementaire "Détention pénale" hausse donc le ton et appelle les cantons à créer plus de places en foyer.

"Il manque cruellement de places, en particulier pour les filles", souligne sa présidence Erika Schnyder. "Et depuis un certain temps, la conférence romande s’interroge sur les possibilités. Mais à part s’interroger, elle ne fait pas grand-chose pour faire avancer les structures."

"Je réfute" ce constat, dit Béatrice Métraux

Ce constat est rejeté par la conseillère d'Etat vaudoise Béatrice Métraux, en charge du dossier au gouvernement cantonal. "Je réfute le fait qu’il n’y ait pas grand-chose qui se passe, parce que le Valais propose 18 places supplémentaires, donc on va passer de 25 à 43. Ce n’est pas rien", insiste-t-elle. "Le projet neuchâtelois-fribourgeois avance bien", rappelle la ministre vaudoise. "Donc on aura quatre places supplémentaires. Nous prenons en charge les difficultés, nous répondons à ces difficultés, mais les processus parlementaires prennent du temps et ça ne se fait pas du jour au lendemain."

Selon ce décompte, il y aura donc quatre places supplémentaires d’ici 2021, et 18 d’ici 2030. En attendant, les juges des mineurs croisent les doigts, pour éviter un drame.

>> La Suisse alémanique ne fait pas face à ce problème, explications de Julien Chiffelle:

La Suisse alémanique ne fait pas face à ce problème. Julien Chiffelle explique la raison de ce retard romand.
19h30 - Publié le 14 mai 2019

Julien Chiffelle/oang

Publié le 14 mai 2019 à 21:35 - Modifié le 15 mai 2019 à 11:44

Toujours aucune place pour les filles

Les cantons romands et le Tessin se sont officiellement réparti les tâches en 2005. La responsabilité de créer un foyer fermé pour les filles échoit alors au canton de Neuchâtel. A l'époque celui-ci projette un centre de 16 places, dans le village de Dombresson. Mais ce projet sera finalement abandonné en 2016. Le ministre cantonal en charge de la justice Alain Ribaux défend aujourd'hui cette décision "le projet était ficelé, mais l'Office fédéral de la justice, tenant compte de la baisse massive de la criminalité chez les jeunes, a estimé que ce besoin n’était pas avéré." Un constat nuancé par ce même office, qui estime que c'est bel et bien le canton qui a finalement renoncé à poursuivre le dossier.

A la place, Neuchâtel prévoit d'ouvrir seulement quatre places dans une structure existante à Fribourg. Mais pas avant 2021. Or les juges des mineurs estiment qu'il faudrait huit places dans les plus brefs délais. "Les besoins des filles en Suisse romande ont été totalement négligés. Ça fait des années que nous attirons l’attention des autorités", regrette Fabienne Proz-Jeanneret, présidente de l'Association latine des juges des mineurs.

Pour les autorités, ouvrir un centre qui ne serait pas tout le temps plein présente de gros risques financiers. Mais les juges des mineurs rappellent que la criminalité augmente à nouveau, et que ces foyers fermés sont nécessaires pour éviter que ne s'aggravent les risques posé par certaines jeunes délinquantes.

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