Publié le 23 mars 2019 à 12:30

Les canons à neige, moins gourmands mais plus nombreux à l'avenir

Le bilan écologique des canons à neige (vidéo)
Le bilan écologique des canons à neige (vidéo) L'éclairage d'actualité / 3 min. / le 22 mars 2019
Alors que la saison de ski tire à sa fin, les canons à neige tournent encore à plein régime. Leur bilan écologique tend à s'améliorer, mais leur multiplication indique une hausse de la consommation d'énergie dans le futur.

La saison d'hiver se prolonge cette année malgré les températures très douces du mois de février. Ceux qui ont chaussé leurs skis le savent: une partie de pistes étaient couvertes de neige artificielle.

Afin d'assurer la viabilité des domaines de moyenne altitude, la plupart des remontées mécaniques ont en effet décidé de faire une priorité de leur équipement en canons à neige.

Eau et électricité

Les associations de défense de l'environnement critiquent régulièrement le bilan écologique de ces machines à cracher de l'or blanc installées sur tous les bords des pistes. Dans la recette de base, il faut l'électricité, et surtout beaucoup d'eau. Cet hiver, le contenu de 100 piscines olympiques a été déversé sur les seuls domaines vaudois de Gryon, des Diablerets et de Leysin.

L'eau pompée est transformée en neige, puis rendue à la nature lors de la fonte des neiges, soit une "opération nulle". De l'avis des hydrologues contactés, l'eau ne constitue pas un problème écologique.

Impact sur les ruisseaux

Les écologistes dénoncent toutefois un problème jugé crucial. "L'eau est souvent prélevée dans des cours d'eau, qui sont nombreux à être déjà à la limite de leur survie en termes de volume hydrique", pointe Marie-Thérèse Sangra, secrétaire régionale du WWF Valais.

Les cantons de Vaud et du Valais rappellent, eux, que la Loi fédérale sur la protection des eaux fixe des seuils minimaux pour le pompage et qu'ils sont respectés.

Reste que les experts préfèrent les bassins de rétension pour alimenter les canons aux prélèvements directs dans les rivières. Les bassins peuvent en effet être remplis quand l'eau est abondante, par exemple au printemps.

"Faux procès"

Une autre préoccupation est l'électricité utilisée pour faire fonctionner les canons et pomper l'eau. Un audit de 2012 a montré que l'enneigement mécanique des Alpes vaudoises et de Gstaad (BE) équivalait à la production d'énergie d'une éolienne durant une année.  

Mais de l'avis d'Eric Balet, administrateur délégué de TéléVerbier, les écologistes font un faux procès aux canons à neige. A Verbier, ces derniers représentent seulement 14% de toute l'électricité dépensée pour faire fonctionner le domaine, argue-t-il. "L'enneigement mécanique est une assurance qui permet de faire vivre des régions de montagne où il n'y a pour l'instant pas beaucoup d'autres alternatives", ajoute-t-il.

Economiser sur les quantités de neige

Sans compter qu'avec le temps, les canons à neige sont devenus beaucoup moins gourmands en énergie, selon les spécialistes. D'autres pistes sont également à l'étude. "Pour les stations, il y a un gros potentiel d'économie d'énergie sur les quantités de neige. Il faut en fabriquer moins", affirme Pirmin Ebner, collaborateur scientifique à l'Institut pour l’étude de la neige et des avalanches. "On peut y arriver notamment grâce à des mesures GPS, afin que les stations sachent exactement quelle quantité de neige il y a sur les pistes et combien elles doivent en fabriquer. Cela permettrait d'économiser jusqu'à un tiers de neige de culture", détaille-t-il.

Paradoxe, les installations sont donc toujours moins gourmandes en électricité, mais vont se multiplier. Les dépenses en énergie, loin de diminuer, vont donc même augmenter. Actuellement en Valais, 40% des pistes sont enneigées artificiellement, une proportion que les stations veulent faire progresser nettement ces prochaines années afin de rester compétitives.

Céline Fontannaz/kkub

Publié le 23 mars 2019 à 12:30