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Mobilisation exceptionnelle à Cuba pour la liberté d'expression

Mobilisation exceptionnelle à Cuba pour la liberté d'expression. [Jose Mendez - Keystone]
Mobilisation exceptionnelle à Cuba pour la liberté d'expression / Le Journal horaire / 26 sec. / le 28 novembre 2020
Près de 200 artistes cubains étaient rassemblés vendredi soir face au ministère de la Culture pour demander davantage de liberté d'expression. Cette mobilisation s'est organisée après l'expulsion violente du collectif d'artistes San Isidro qui réclamaient la libération d'un chanteur de rap emprisonné.

Cette mobilisation pacifique de plus d'une dizaine d'heures, agrémentée de lectures de poésies et de chant de l'hymne cubain, est exceptionnelle dans ce pays dotée d'un gouvernement communiste. Le droit à manifester n'y est accordé que de façon très sporadique.

Elle survient après l'expulsion violente, la veille au soir, de 14 jeunes Cubains, membres ou sympathisants du Mouvement San Isidro, un collectif d'artistes, d'universitaires et de journalistes. Ils étaient retranchés depuis 10 jours dans leur local du centre historique de La Havane et une partie d'entre eux disaient être en grève de la faim.

Droit au désaccord

Vendredi soir, une délégation de 30 représentants des manifestants ont été reçus par le vice-ministre Fernando Rojas, après avoir patienté depuis la mi-journée devant le siège du ministère. Tard dans la soirée, la réunion était toujours en cours.

Parmi leurs revendications, approuvées par les artistes à main levée figurent la liberté de création et d'expression, le droit au désaccord et la fin de la répression et du harcèlement contre les artistes.

A quelques dizaines de mètres, un grand nombre d'agents de la Sécurité de l'Etat et de policiers en uniforme étaient en poste, a constaté un journaliste de l'AFP.

Mobilisation liée aux réseaux sociaux

Vendredi en début de soirée, l'acteur et réalisateur Jorge Perrugoria, connu pour son rôle dans "Fraise et chocolat" (1993), et Fernando Pérez, considéré comme le meilleur réalisateur cubain actuellement, se sont joints aux manifestants.

Jusque-là inconnu du grand public, le Mouvement San Isidro a gagné en notoriété, y compris au-delà des frontières, grâce à son action amplement diffusée en ligne. Derrière son coup d'éclat, un double phénomène: l'internet mobile, arrivé fin 2018, qui a révolutionné la vie quotidienne des Cubains et permis aux voix critiques de mieux se faire entendre, via les réseaux sociaux.

Cet épisode survient aussi après des mois de tension entre artistes indépendants et gouvernement autour du décret-loi 349, qui les oblige à s'enregistrer auprès d'une institution officielle.

"Fatigue" des artistes

Le collectif voulait dénoncer l'emprisonnement d'un de leurs membres, le rappeur Denis Solis, arrêté le 9 novembre et condamné à huit mois de prison pour "outrage" à l'autorité. Pour justifier leur intervention, les autorités ont allégué un danger de propagation de l'épidémie de Covid-19, car un journaliste et écrivain cubain, Carlos Manuel Alvarez, collaborateur du Washington Post et du New York Times, aurait enfreint les protocoles sanitaires en se joignant aux membres du collectif.

Au moment de cette intervention, de nombreux Cubains ont dénoncé le fait que l'accès aux réseaux sociaux comme Facebook ou Insagram était soudainement bloqué. "Ce qui s'est passé avec le Mouvement San Isidro est une illustration très concrète" du manque de liberté d'expression, selon Renier Leyva.

Tania Bruguera, une artiste protestataire populaire, a fait part d'une "fatigue" chez les artistes en raison de "la mauvaise politique où la répression est la solution à tous les problèmes alors que nous sommes ici pour chercher une réponse".

Tests PCR et quarantaine

Après leur arrestation, les 14 membres de San Isidro ont été soumis à des tests PCR et on leur a ordonné de rentrer chez eux, le local du mouvement ayant été fermé par les autorités, selon les militants. Vendredi soir, le chef du mouvement, qui avait refusé d'obéir, restait détenu: Luis Manuel Otero Alcantara, 32 ans.

Les manifestants réclament de savoir où il se trouve, un procès juste pour Denis Solis, une "transparence institutionnelle" du ministère de la Culture et un débat public autour du décret 349. Dans un communiqué, Amnesty International a demandé la libération d'Alcantara, le qualifiant de "prisonnier de conscience".

ats/jfe

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