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Face à l'urgence climatique, certains activistes se font plus radicaux

Des militants écologistes ont bloqué l'accès ferroviaire à la mine de charbon de Hambach en Allemagne. [Jonas Nolden - EPA/Keystone]
L'urgence climatique (2/3): rencontre avec des militants écologistes lausannois / Tout un monde / 12 min. / le 13 novembre 2018
Des voix toujours plus nombreuses s'élèvent pour dire que notre réaction n'est pas à la hauteur de l'enjeu climatique. Certains activistes sont même prêts à mettre leur intégrité physique en jeu, par exemple lors d'actions de désobéissance civile.

Il ne suffit pas d'aller faire ses courses à vélo ou de manger dans de la vaisselle biodégradable pour avoir de l'effet sur le changement climatique. Certains mouvements, comme Deep Green Resistance, né en 2011 aux Etats-Unis, appellent à des changements beaucoup plus radicaux. Ces activistes proposent de s'attaquer à la civilisation industrielle, responsable selon eux de la perte programmée du vivant.

On arrête, on bloque, on perturbe, on sabote tous ceux qui détruisent la planète.

Kevin Haddock, fondateur de Deep Green Resistance France

Quelle est la stratégie? "On arrête, on bloque, on perturbe, on sabote tous ceux qui détruisent la planète. Ils ont des noms, ils ont des adresses, ils avancent à visage découvert, on sait les repérer. C'est ceux qui déversent des pesticides dans l'environnement, des déchets toxiques dans les rivières, c'est ceux qui bétonnent, qui artificialisent les sols, qui coupent les forêts...", répond Kevin Haddock, fondateur de Deep Green Resistance France, dans l'émission de la RTS Tout un monde. Selon lui, les humains sont "prêts à sacrifier beaucoup de choses".

Usage de la force

Le mouvement Deep Green Resistance prône au minimum la désobéissance civile... Et parfois même une certaine violence, des sabotages, pas de violence à l'encontre des êtres humains, mais des machines.

Il faut que les gens se mettent dans l'illégalité pour arriver à faire échouer ces lois et ce système.

La comédienne Audrey Vernon en septembre 2015 à Paris. [Alexander Klein - AFP]
Audrey Vernon, comédienne

L'usage de la force est-il vraiment justifié? "Je pense qu'on est à cette limite là depuis très longtemps. Le problème de la légalité, c'est qu'on sait bien, dans l'histoire du monde et des Etats qu'il y a souvent des lois... légales mais immondes, qui sont à combattre (...) Et donc, il faut que les gens se mettent dans l'illégalité pour arriver à faire échouer ces lois et ce système", estime la comédienne Audrey Vernon, qui prône une approche de l'écologie plus radicale.

Mine bloquée

D'autres actions, partant du même constat de lenteur du monde politique sont aussi régulièrement menées par divers collectifs ou associations. Fin octobre, des activistes de toute l'Europe ont par exemple afflué près de Cologne, en Allemagne, pour un événement baptisé "Ende Gelände". Le but: bloquer physiquement une mine de charbon.

De jeunes Romands étaient parmi eux. "Ces 6500 personnes sont arrivées de toute l'Europe, il y avait des trains spéciaux qui étaient organisés. Tout le monde s'est réuni sur un camp autorisé par la police au dernier moment, ça faisait un immense camping de festival. Dans la journée qui précède l'action, il y a des entraînements: comment marcher en groupe, comment passer des barrages de police, comment résister face à une évacuation...", détaille Antoine, un Lausannois de 23 ans.

"Les gens sont très divisés par ce genre d'action. Ce n'est pas celle qui va rallier le plus de monde à la cause, mais c'est celle qui va la montrer à un grand panel de gens avec une vision un peu différente. Le but est vraiment médiatique, c'est de pouvoir montrer que des gens sont prêts à risquer gros - des emprisonnements, des bombes lacrymogènes... - en allant là-bas. Mais ce qu'on risque dans le futur, c'est beaucoup plus gros que cela!", estime de son côté Simon, étudiant en environnement de 20 ans.

Sujets radio: Blandine Levite

Adaptation web: Jessica Vial

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