Modifié le 09 novembre 2018

En Afrique, la pratique de l'excision sur les jeunes filles décline

Des filles kenyanes, qui ont fuit leur foyer pour échapper à l'excision, posent avec la fondatrice de l'association Nanana Winbridge Education Center.
En Afrique, la pratique de l'excision en fort recul chez les fillettes La Matinale / 1 min. / le 09 novembre 2018
La pratique de l'excision, une mutilation des organes génitaux féminins, est en recul chez les fillettes de moins de 14 ans en Afrique. Une étude montre ce déclin sur les trois dernières décennies.

Selon les estimations de l'UNICEF, 200 millions de femmes et d'enfants à travers le monde ont subi des mutilations génitales, dont 44 millions chez les moins de 15 ans. C'est précisément les fillettes dans cette tranche d'âge qui font l'objet d'une étude publiée mercredi dans le magazine BMJ Global Health.

>> Lire aussi: Les mutilations génitales font 200 millions de victimes, selon l'Unicef

Les données démographiques de 27 pays d'Afrique, plus deux du Moyen-Orient (Irak et Yémen) ont été rassemblées pour observer l'évolution de la pratique de l'excision sur une période allant de 1990 à 2017.

Recul massif en Afrique de l'Est

En ressort une tendance à la baisse de l'excision sur le continent africain. Ce déclin est particulièrement marqué en Afrique de l'Est, où le taux de fillettes mutilées est passé de 71,4% en 1995 à 8% en 2016, soit une baisse moyenne de 7,3% par année.

Une même diminution, mais moins marquée, est constatée en Afrique du Nord (-4,4% par an) et en Afrique de l'Ouest (-3% par an). A l'inverse, les mutilations génitales sont en hausse de 13,7% dans les régions d'Irak et du Yémen, passant de 1% en 1997 à 15,9% en 2013. Sur dix ans, la pratique se montre stable en Afrique centrale (+0,2%).

Trente ans de lutte

Pour les chercheurs, ce recul est le fruit des campagnes nationales et internationales des trois dernières décennies, avec notamment l'interdiction de cette pratique dans de nombreux pays.

"L'école a joué un rôle absolument essentiel, explique à la RTS Isabelle Gillette Faye, sociologue et directrice du Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles féminines (GAMS). Mais ce sont aussi les campagnes de formation des professionnels sanitaires et sociaux, la sensibilisation de leaders religieux et un travail auprès des femmes, des hommes, des jeunes, etc."

>> Ecouter les propos d'Isabelle Gillette Faye, directrice du GAMS, sur les raisons du déclin de l'excision:

Un logo appelant à la fin de la pratique de l'excision.
Siegfried Modola - Reuters
La Matinale - Publié le 09 novembre 2018

Une vision partielle du phénomène

Les participants à l'étude pouvant craindre des sanctions, certains pourraient ne pas avoir déclaré l'excision de leurs enfants. Les chiffres de l'étude sont donc à relativiser, d'autant plus qu'ils ne prennent en compte que les moins de 14 ans et se cantonnent au continent africain.

Les données manquent pour d'autres pays où les mutilations génitales sont une réalité, comme en Inde, en Thaïlande, en Israël, en Malaisie ou en Indonésie. Dans ce dernier pays, le nombre de femmes mutilées est estimé à plusieurs dizaines de millions.

Mais, dans ces régions, les études de recensement sont soit inexistantes, soit la question de l'excision en est bannie, comme l'explique la sociologue Isabelle Gillette Faye: "Certains pays refusent qu'on pose la question à leur population, car ils pourraient être jugés comme des sauvages et des barbares."

>> Ecouter les propos d'Isabelle Gillette Faye, directrice du GAMS, sur le manque de données dans certaines régions:

Dans certains pays, les mutilations génitales féminines sont en diminution.
Unicef/Keystone
La Matinale - Publié le 09 novembre 2018

Malgré son déclin dans certaines régions, les chercheurs avertissent que la tendance peut toujours s'inverser et appellent à faire de la lutte contre l'excision un enjeu majeur de santé publique.

Mouna Hussain / Isabelle Cornaz

Publié le 09 novembre 2018 - Modifié le 09 novembre 2018

La Suisse pas épargnée

Les chercheurs de l'étude rappellent que l'excision existe également en Europe, en raison de la migration de populations pratiquant ces mutilations. En Suisse par exemple, le nombre de filles et femmes excisées ou menacées de l'être est passé de 6000-7000 en 2001 à 15000 en 2013, selon des chiffres de l'UNICEF.

"Il faut sans doute admettre que la plupart des mutilations sont pratiquées dans le pays d’origine durant les vacances d’été", avance l'organisation, qui n'exclut cependant pas que des excisions puissent avoir lieu sur le territoire suisse.