Modifié le 29 octobre 2018 à 21:06

Etats-Unis, Italie et Brésil, le national-populisme à la conquête du monde?

Un partisan de Bolsonaro célèbre la victoire de son candidat à la présidentielle au Brésil en portant un masque du président américain Donald Trump.
Un partisan de Bolsonaro célèbre la victoire de son candidat à la présidentielle au Brésil en portant un masque du président américain Donald Trump. [AP Photo/Nelson Antoine - Keystone]
L'arrivée au pouvoir de leaders tels que Donald Trump aux Etats-Unis, Matteo Salvini en Italie et Jair Bolsonaro, élu dimanche au Brésil, bouscule le jeu politique traditionnel dans plusieurs démocraties. Mais de quoi s'agit-il?

Jair Bolsonaro avait été surnommé le Trump des tropiques pendant sa campagne. Le président américain a été l'un des premiers à l'appeler après sa victoire. Et c'est sur Twitter que celui qui succédera à Michel Temer en janvier a résumé la conversation:

(Traduction: Nous venons de recevoir un appel du président des Etats-Unis, Donald Trump, qui nous félicite pour cette élection historique!")

"Au Brésil aussi, les citoyens ont renvoyé la gauche à la maison", s'est réjoui - sur Twitter également - le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini:

Mais, hormis un usage frénétique du même réseau social, qu'ont donc en commun ces trois leaders politiques? Ils représentent - avec d'autres - une forme de national-populisme.

Pouvoir personnifié et rhétorique populiste

Jair Bolsonaro, Donald Trump et Matteo Salvini se distinguent tous par un pouvoir personnifié et une rhétorique populiste, voire démagogique. Ils multiplient les discours sécuritaires, les prises de position martiales ou encore les propos nationalistes et anti-immigration. Et ils partagent la même volonté d'affaiblir les contre-pouvoirs: presse, justice et partis d'opposition sont systématiquement dénigrés.

La démocratie représentative classique est en recul

Jean-Yves Camus, politologue

Ces tendances, observées dans des contextes forts différents, ne se limitent pas aux frontières du Brésil, des Etats-Unis ou de l'Italie. Aux Philippines, Rodrigo Duterte rentre également dans cette catégorie. Comme lui, Jair Bolsonaro veut laisser la police exécuter les criminels sans procès.

En Europe, d'autres pays sont gouvernés par des nationaux-populistes. La Hongrie, par exemple, où le Premier ministre Viktor Orban revendique le terme de démocratie illibérale. Autrement dit, un régime centralisé, avec des élections démocratiques, mais aussi des critiques incessantes contre les droits de l'Homme et le libéralisme.

>> Ces scrutins qui ébranlent les démocraties. Cliquez sur le pays choisi pour plus d'infos:

Une tendance à nuancer

"Il y a un risque à parler de vague national-populiste planétaire puisqu'on mélange des phénomènes très différents", nuance le politologue Jean-Yves Camus à la RTS.

Spécialiste de l'extrême droite, il rappelle que le national-populisme désignait à l'origine les partis qui combinaient dimensions nationaliste et identitaire ainsi qu'appel du peuple. Le Front national de Marine Le Pen en est un parfait exemple. Le leader a dans ce cas la fonction d'incarner les vertus du peuple, conçu comme entité homogène, par opposition aux élites corrompues.

Et si Jair Bolsonaro, Matteo Salvini ou Donald Trump peuvent chacun à leur façon être rattachés à cette définition, l'effet de leur arrivée au pouvoir dépend fortement du système dans lequel leur programme s'insère.

>> L'entretien avec Jean-Yves Camus dans le 19h30:

Jean-Yves Camus, politologue, spécialiste de l'extrême droite, en direct de Paris
19h30 - Publié le 29 octobre 2018

Tristan Dessert et Juliette Galeazzi

Publié le 29 octobre 2018 à 20:21 - Modifié le 29 octobre 2018 à 21:06