Modifié le 18 octobre 2018 à 14:46

Un nouveau navire lancé par la gauche italienne va au secours des migrants

Le navire Mare Ionio a été acheté par des activistes et députés de la gauche italienne.
La gauche italienne se mobilise avec un nouveau bateau pour sauver les migrants en mer La Matinale / 1 min. / le 17 octobre 2018
En opposition avec la politique du ministre italien Matteo Salvini, des politiques de gauche ont affrété un navire, le Mare Ionio, pour témoigner du sort des migrants en Méditerranée.

Contrairement aux précédents bateaux de sauvetage comme l'Aquarius, le Mare Ionio n'a pas été lancé par une ONG. Le navire a été acheté par plusieurs députés de la gauche italienne, qui ont également lancé la plate-forme "Opération Méditerranée" (Mediterranea Rescue).

La mission est soutenue par des activistes, des ONGs, mais aussi par plusieurs villes dont Palerme, Bologne, Amsterdam et Berlin. Grâce à la nationalité de ses propriétaires, le navire long de 37 mètres peut arborer le pavillon italien, et ainsi éviter les mêmes ennuis que l'Aquarius.

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En souvenir du drame de Lampedusa

Le bateau a été symboliquement inauguré le 3 octobre dernier, pour marquer les cinq ans d'un naufrage qui a coûté la vie à 400 personnes au large de Lampedusa et choqué l'opinion publique.

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Le Mare Ionio s'est élancé pour sa première mission de Sicile, en direction des côtes libyennes. Après avoir forcé les gardes-côtes italiens à intervenir ce week-end pour secourir 70 personnes, le navire a fait halte mardi à Palerme pour préparer sa seconde mission.

Ce navire n'enfreindra jamais les lois maritimes.

Erasmo Palazzotto, député italien de "Liberi ed Uguali"

"Nous faisons cela par désobéissance morale, au vu du climat insoutenable de racisme et de xénophobie – également institutionnel – qui traverse l’Europe", a expliqué à la RTS Erasmo Palazzotto, député du parti de gauche "Libres et Egaux" (Liberi ed Uguali).

>>Voir l'entier des propos du député italien en vidéo:

Erasmo Palazzotto, député italien de "Liberi ed Uguali" a lancé le Mare Ionio avec d'autres politiques de gauche.
L'actu en vidéo - Publié le 17 octobre 2018

Pour témoigner plus que pour sauver

S'il sauvera des vies en cas de nécessité, l'objectif principal du Mare Ionio est avant tout de témoigner du sort des migrants en Méditerranée, et d'ainsi contrecarrer la politique du ministre italien Matteo Salvini.

"Ces derniers mois, les gouvernements ont retiré leurs dispositifs de sauvetage en mer, ils ont aussi fermé les ports ce qui a empêchés les ONGs d’effectuer ce travail", dénonce Erasmo Palazzotto dans La Matinale jeudi. "Ils ont transformé le centre de la Méditerranée en un désert où les droits humains ne comptent plus."

L’absence de témoins permet qu’il y ait des naufrages, des hécatombes sans que personne ne soit au courant.

Erasmo Palazzotto, député italien de "Liberi ed Uguali"

Et c'est pour pallier ce manque que le Mare Ionio a été affrété, explique le député: "L’absence de témoins permet qu’il y ait des naufrages, des hécatombes sans que personne ne soit au courant. C’est avant tout pour raconter tout cela que nous y allons."

Mouna Hussain / Antoine Harari

Publié le 17 octobre 2018 à 12:52 - Modifié le 18 octobre 2018 à 14:46

Financement du navire

L'essentiel du budget actuel, évalué à 700'000 euros, a été réuni grâce à un prêt de la Banca Etica, pour lequel des associations et des parlementaires de gauche se sont portés garants.

Pour rembourser le prêt, le collectif a lancé jeudi un appel aux dons sur internet. la campagne de financement participatif a pour l'heure récolté plus de 157'000 euros.

Ports italiens fermés aux migrants

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 15'000 migrants sont morts ou disparus en Méditerranée centrale depuis le naufrage de Lampedusa de 2013. Dans le même temps, l'Italie a vu plus de 600'000 migrants débarquer sur ses côtes, tandis que ses voisins fermaient leurs frontières.

En 2017, le gouvernement italien de centre gauche a conclu des accords controversés en Libye pour freiner les départs et a cherché à limiter l'action des ONGs. Mais depuis juin, le nouveau ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini (extrême droite), refuse l'accès aux ports italiens aux navires, civils comme militaires, portant secours aux migrants.