Modifié le 16 octobre 2018 à 18:38

85% des parlementaires européennes ont subi des violences psychologiques

Une pancarte #MeToo sur un pupitre, lors d'un débat au Parlement européen sur les mesures à prendre contre le harcèlement sexuel.
Dans les Parlements européens, 85% des femmes sont victimes de harcèlement Le 12h30 / 1 min. / le 16 octobre 2018
Les femmes ne sont pas épargnées par le sexisme, les abus et les violences dans les Parlements nationaux européens, selon une étude dévoilée mardi à Genève. Elles sont 85% à avoir subi des violences psychologiques.

"Honnêtement, je ne pensais pas que les chiffres seraient aussi élevés. Mais il n'y a pas de raison que la situation soit différente dans le milieu parlementaire que dans un autre milieu professionnel, où les hommes sont plus nombreux que les femmes et où des fonctions de pouvoir s'exercent", a réagi mardi dans le 12h30 Liliane Maury Pasquier, conseillère aux Etats socialiste genevoise et présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui a mené cette étude.

L'Union interparlementaire et l'Assemblée avait révélé en 2016 la généralisation du harcèlement à l'encontre des femmes dans les parlements. Ce nouveau rapport enfonce donc le clou à l'échelle régionale.

"Ces milieux là ne sont pas paritaires (...), dans tous les niveaux parlementaires en Suisse et ailleurs. Cela induit malheureusement des comportements sexistes, dans un lieu qui se veut exemplaire de l'égalité entre femmes et hommes", regrette Liliane Maury Pasquier.

"Toute femme politique peut donner des exemples"

La socialiste genevoise assure que "toute femme politique peut donner des exemples" d'abus. Comme le montre l'étude, l'usage du terme violences psychologiques comprend les remarques sexistes, les commentaires à connotation sexuelle ou les publications humiliantes sur les réseaux sociaux. Mais cela va aussi beaucoup plus loin avec des menaces de viol ou de mort. Un quart des sondées déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel et 6% d'entre elles, d'agressions sexuelles.

Les victimes sont les parlementaires, mais encore plus fréquemment le personnel féminin des parlements. Les auteurs de ces commentaires ou de ces actes se trouvent du côté des collègues de parti, des électeurs ou des simples citoyens.

D'après Liliane Maury Pasquier, "ce type de comportement est peut-être encore plus fréquent pour les parlementaires plus jeunes".

Encourager les signalements

L'étude sur les Parlements nationaux européens montre toutefois que seule la moitié des femmes concernées ont signalé ces incidents. Et pour cause, les auteurs de l'étude dénoncent le manque de mécanismes existants dans les parlements pour les dénoncer.

La conseillère aux Etats Liliane Maury Pasquier (PS-GE).

En faisant qu'il y ait plus de femmes dans les parlements, on arrivera à inverser la tendance.

Liliane Maury Pasquier, conseillère aux Etats (PS/GE) et présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe

"En parlant, on doit trouver moyen de s'élever contre ça. Grâce à #MeToo, on va dans la bonne direction. Et en faisant qu'il y ait plus de femmes dans les parlements, on arrivera à inverser la tendance", suggère Liliane Maury Pasquier. Elle souligne aussi l'importance de mesures concrètes, par exemple "mettre sur pied des lieux de conseil pur les victimes, des lieux de plaintes: il faut libérer la parole, mais aussi lui donner la possibilité de se faire entendre".

"Beaucoup de paternalisme"

Adèle Thorens, conseillère nationale verte vaudoise, se dit elle "choquée" par ces nouveaux chiffres révélés par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. "Je les trouve ahurissants, ils sont extrêmement élevés. C'est difficile de dire si de tels chiffres peuvent être appliqués à la Suisse, mais ils doivent nous faire réagir", a-t-elle déclaré à la RTS dans l'émission Forum.

"Je n'ai jamais subi du harcèlement au sens fort du terme. Par contre, on est dans une atmosphère qui est souvent sexiste, il y a des remarques inadéquates. Il y a aussi beaucoup de paternalisme", a ajouté Adèle Thorens, qui siège à Berne depuis dix ans.

>> L'interview d'Adèle Thorens dans Forum:

La conseillère nationale Adèle Thorens (Verts-VD).
Christian Merz - Keystone
Forum - Publié le 16 octobre 2018

Propos recueillis par Nadine Haltiner

Publié le 16 octobre 2018 à 12:56 - Modifié le 16 octobre 2018 à 18:38