Modifié le 11 octobre 2018 à 19:01

Faire moins d'enfants pour sauver la planète, solution ou provocation?

Faut-il faire moins d’enfants pour sauver la planète? La proposition crée la polémique.
Faut-il faire moins d’enfants pour sauver la planète? La Matinale / 1 min. / le 10 octobre 2018
"Avoir un enfant de moins" permettrait de fortement réduire son empreinte carbone, assure une étude, remise en avant lundi par l'AFP, et qui a offusqué bon nombre d'internautes. Avis d'une climatologue.

Comment réduire son impact sur le climat? Après la publication lundi du rapport alarmant du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la question des gestes éco-responsables a réémergé.

>> Lire aussi: Les experts du climat demandent des transformations "sans précédent"

Sur son compte Twitter, l'Agence France Presse (AFP) a republié un graphique issu d'une étude parue en 2017 dans la revue scientifique "Environmental Research Letters".

Celle-ci compare l'impact de différentes actions, comme le fait de recycler ses déchets, de renoncer à un vol transatlantique, ou encore d'être végétalien.

"Avoir un enfant en moins", comme le formule l'étude anglophone, est désignée comme celle ayant le plus d'impact, car elle permettrait d'éviter l'émission de 58,6 tonnes de CO2 par année.

De vives réactions

Cette conclusion n'a pas manqué de faire bondir des centaines d'internautes, offusqués de voir les enfants mis au même rang qu'un objet de consommation.

Parmi les réactions, certains internautes trouvaient logique de faire moins d'enfants pour préserver la planète.

Devant le flot de commentaires, l'AFP a dû rectifier le tir dans un second tweet: "Comme vous l'aurez compris, l'AFP ne vous invite pas à faire moins d'enfants."

"Clairement une provocation"

Les résultats de cette étude relèvent clairement d'une provocation, estime Martine Rebetez, géographe et professeur de climatologie à l'Université de Neuchâtel et à l'Institut Fédéral WSL.

Pour elle, faire moins d'enfants n'est pas une solution, surtout dans un pays comme la Suisse où il n'y a pas d'explosion démographique.

"La vraie question, c'est le mode de vie des gens en général qu'il faut changer. Mais à mon sens, il vaut mieux qu'ils soient heureux en ayant le nombre d'enfants qu'ils souhaitent pour arriver à être plus sobres dans leur manière de vivre."

Les résultats de cette étude sont également à relativiser selon les régions, rappelle la géographe. "Si vous prenez quelques millions de personnes dans les pays pauvres, ils n'émettent quasiment pas de gaz à effet de serre comparé à quelques centaines chez nous."

>> Ecouter les propos de Martine Rebetez, géographe et professeur de climatologie à l'UNINE et à l'Institut Fédéral WSL:

Entretien avec Martine Rebetez, climatologue à l'UniNE- Institut WSL
RTS
La Matinale - Publié le 10 octobre 2018

Reste que l'idée de moins se reproduire pour préserver la planète a trouvé des adeptes dans le monde. Certains se sont réunis sous le mouvement GINK, pour "Green inclinations, No kids" ("Inclination verte, pas d'enfants"), avec pour slogan: "Faites l’amour, mais pas de bébé. C’est mauvais pour la planète!".

Mouna Hussain/Anouk Henry

>> Voir aussi la vidéo sur les conseils pour réduire les émissions de CO2:

Conseils pour reduire vos emissions de CO2
L'actu en vidéo - Publié le 11 octobre 2018

Publié le 10 octobre 2018 à 10:20 - Modifié le 11 octobre 2018 à 19:01

Ne pas culpabiliser les individus

Si les individus sont encouragés à agir sur leurs moyens de chauffage, leur mobilité ou leur mode de consommation, il n'est pas pour autant question de les faire culpabiliser, mais de leur présenter "d'autres solutions", assure Martine Rebetez.

En revanche, rejeter la responsabilité sur les industries "participe à tout cet esprit qui consiste à dire que c'est aux autres de faire l'effort d'abord, avertit la climatologue. Il faut des contributions de tous les côtés."

>> Ecouter les propos de Martine Rebetez sur la responsabilité des individus: