Modifié le 05 octobre 2018 à 08:27

Les Pays-Bas montrent les preuves de la présence d'espions russes en Suisse

La présentation des preuves recueillies par le ministère néerlandais de la Défense a eu lieu le 4 octobre à La Haye.
La présentation des preuves recueillies par le ministère néerlandais de la Défense a eu lieu le 4 octobre à La Haye. [Bart Maat - ANP*AFP]
Les Pays-Bas ont annoncé jeudi avoir expulsé quatre espions russes présumés, qu'ils soupçonnent d'avoir voulu pirater l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Des agents russes qui ont transité par la Suisse.

Dans une ambiance digne de la guerre froide qui prévaut depuis l'empoisonnement de l'ex-espion russe Sergueï Skripal au Royaume-Uni, les autorités néerlandaises ont révélé comment les agents russes avaient positionné un véhicule truffé d'équipements électroniques sur le parking d'un hôtel proche du siège de l'OIAC, à La Haye, dans le but de pirater son système informatique.

Les Pays-Bas, qui ont bénéficié de la coopération de la Grande-Bretagne, ont identifié et expulsé les présumés agents russes. Ils ont pu récupérer un ordinateur portable dans leur voiture. Selon eux, toute l'opération a été coordonnée par le renseignement militaire russe.

Des liens avec la Suisse

Deux des agents russes expulsés par les Pays-Bas sont également visés par une enquête du Ministère public de la Confédération, ouverte en mars 2017. Ils sont soupçonnés d'avoir essayé d'organiser une "cyber-attaque contre l'Agence mondiale antidopage", située à Lausanne.

>> Lire aussi: Enquête du Ministère public après la cyberattaque visant l'Agence antidopage

Or les documents publiés par le ministère de la Défense néerlandais attestent de la présence en Suisse de ces agents russes. Ils ont utilisé le réseau wifi de deux hôtels lausannois, le Lausanne Palace et Alpha Palmiers, entre le 20 et le 22 septembre 2016, alors que la réunion du comité exécutif de l'Agence antidopage a justement eu lieu le 21 septembre.

On apprend aussi que les agents russes ont à nouveau transité par la Suisse le 18 avril 2018, soit cinq jours après leur tentative de piratage à La Haye. Signe de l'envergure du réseau, l'ordinateur portable retrouvé était également relié au Brésil et à la Malaisie. "Habituellement, nous ne divulguons pas ce type d'opération de contre-espionnage", a déclaré la ministre néerlandaise de la Défense, Ank Bijleveld, jugeant la situation "extrêmement inquiétante".

La Russie ironise

Pour la première fois, le renseignement militaire russe (GRU), c'est-à-dire le Kremlin, a été aussi spécifiquement mis en cause jeudi par la Grande-Bretagne. Londres l'accuse d'être responsable de l'empoisonnement de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia le 4 mars à Salisbury.

Ces accusations ont été accueillies avec ironie par Moscou. "De manière indiscriminée, ils ont mélangé tout dans un seul flacon. -- Peut-être est-ce un flacon de parfum Nina Ricci? (en référence au flacon de Novitchok, ndlr) -- Le GRU, les cyber-espions, les +hackers du Kremlin+, l'Agence mondiale antidopage. C'est un sacré mélange pour un parfum", a plaisanté la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

L'Australie s'est jointe à Londres en dénonçant comme inacceptables les cyberattaques russes. "L'armée russe et son bras de renseignement, le GRU, est responsable de cette cyberactivité malveillante", a affirmé le gouvernement australien. Canberra précise être parvenu à cette conclusion sur l'avis des agences australiennes de renseignement et en consultation avec ses alliés.

>> Des agents russes présumés inculpés aux Etats-Unis:

Le siège du renseignement militaire russe, le GRU, à Moscou.
Natalia Kolesnikova - afp
La Matinale - Publié le 05 octobre 2018

agences/ta

Publié le 04 octobre 2018 à 19:22 - Modifié le 05 octobre 2018 à 08:27