Modifié le 04 octobre 2018 à 09:49

La présidentielle au Brésil "marque une impasse économique et politique"

L'invité de Romain Clivaz (vidéo) - Jean-Jacques Fontaine, journaliste
L'invité de Romain Clivaz (vidéo) - Jean-Jacques Fontaine, journaliste La Matinale / 9 min. / le 03 octobre 2018
Le Brésil vote ce week-end pour le premier tour de l’élection présidentielle. Un scrutin qui marque "une polarisation des extrêmes jamais vue" dans le pays, selon le journaliste Jean-Jacques Fontaine, établi à Rio de Janeiro.

Cette élection "ne va ni sauver, ni enfoncer le Brésil, qui est un grand pays. Mais elle marque une grave impasse économique et politique, qui fait qu'on se retrouve dans une situation très atypique, avec une polarisation des extrêmes qu'on n'a jamais vue, et surtout la fin d'un espèce de temps de consensus", estime Jean-Jacques Fontaine, journaliste suisse établi à Rio de Janeiro depuis 2007.

Pour lui, "le vrai moment de rupture a été la crise économique de 2008, dont les effets ont été différés par les grands événements que sont la Coupe du monde de 2014 et les Jeux olympiques de 2016". Au niveau politique, il parle d'un "centre totalement effondré" et de "deux candidats qui représentent deux extrêmes".

"Match nul" prévu

Il évoque notamment le "phénomène Jaïr Bolsonaro", 63 ans, ancien militaire et candidat de la droite dure, parfois surnommé le "Trump tropical". "La moyenne bourgeoisie, très touchée par la crise, voit derrière ce candidat une politique sécuritaire qu'elle pense pouvoir résoudre le problème".

Selon un sondage publié mardi, il y aurait match nul au second tour pour l'instant entre Bolsonaro et son principal adversaire, Fernando Haddad, 55 ans, ancien maire de Sao Paulo. Il a été désigné par le Parti des travailleurs comme remplaçant de Lula, l'ancien président déclaré inéligible en raison de sa peine de prison pour corruption.

"Vers un mandat de transition"

Mais pour Jean-Jacques Fontaine, "les choses vont peu changer quel que soit l'élu (...). Derrière le président il y a un Parlement. Aucun des deux candidats n'a la capacité aujourd'hui de rassembler une majorité. Il y a entre 36 et 38 partis qui se présentent... il faudra composer des majorités au cas par cas".

"La différence, c'est le discours. Bolsonaro a le champ libre à l'extrême droite. Haddad est un peu l'otage du fait qu'il est le remplaçant de Lula" et du fait que son Parti des travailleurs tend davantage "vers l'extrême gauche", estime le journaliste. 

Son pronostic pour la présidentielle, c'est "plutôt un mandat de transition - qui peut durer, ça sera peut être plusieurs mandats - jusqu'à ce qu'un paysage politique se recompose".

>> Lire aussi: "Le Brésil est une démocratie en danger"

Propos recueillis par Romain Clivaz

Adaptation web: Jessica Vial

Publié le 03 octobre 2018 à 09:38 - Modifié le 04 octobre 2018 à 09:49

Fernando Haddad, monté en flèche

Fernando Haddad n'a été officialisé candidat que le 10 septembre, et en vingt jours, cet ancien ministre de l’Éducation et ancien maire de Sao Paulo a gagné quinze points dans les sondages. Il doit son succès en grande partie au capital politique de l’ancien président Lula, qu'il remplace.
Depuis le début de sa campagne, il s'attaque à la principale proposition de son adversaire: la libéralisation du port d'armes.

>> Le reportage d'Anne Vina lors d'un meeting du candidat à Rio:


De son côté, le président du Parti social libéral Jaïr Bolsonaro est privé de campagne sur le terrain après avoir été poignardé le 6 septembre pendant un bain de foule.